Par David Brami - publié le 23 avril 2007 à 00h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h35 - 0 commentaire(s)
Jeudi 19 Avril, soirée d’ouverture du festival Jules Verne Aventure. Rob Stewart, venu présenter son film en avant-première avec son producteur Tyler MacLeod, prend la parole :

« J’avais 22 ans quand j’ai commencé ce film et je ne savais absolument rien de la création cinématographique, mais j’étais très motivé car je voulais faire savoir que les requins étaient exterminés. J’étais photographe animalier. Le film nous a mené à visiter plus de 15 pays sur 5 ans. Au départ, le métrage était supposé être un magnifique film sous-marin sur les requins, vide de présence humaine. Mais pendant la création du film, tout ce qui pouvait mal tourner a effectivement mal tourné, et nous avons fini par retourner les caméras vers nous pour éviter d’aller en prison. Tout cela m’a forcé à devenir réalisateur et cette aventure de 5 ans fut pour moi la chose la plus gratifiante de toute ma vie ».



Dès les premières images, le talent de photographe et l’amour de la mer transpirent de l’écran. Les couleurs et la sérénité de ce monde sous-marin nous berce doucement vers des fonds peuplés de créatures que l’on croirait sorties d’un bestiaire imaginaire. Nous sommes dans les îles Galapagos. Et loin des clichés, on découvre un animal timide, presque peureux, ne se laissant que difficilement approcher : le requin.

Rob Stewart, fasciné par ce poisson depuis tout jeune, nous montre un animal bien loin des légendes meurtrières ou de la peinture hollywoodienne usuelle. Malgré la qualité de l’image (le film est tourné en HD), on est plus émerveillé que pris de panique par ces eaux grouillant de requins marteaux. Rarement l’animal n’aura été filmé aussi sereinement.. Et s’ajoute à la majesté du spectacle, une mine d’informations qui fait voler en éclat tous nos préjugés.

Malgré la maturité sexuelle très tardive de l’animal (25 ans), celui-ci est un des plus anciens que la Terre ait jamais porté. Ainsi, le requin est le gardien des mers et le régulateur de sa faune depuis plus de 400 millions d’années. C’est à son contact que se sont formées et développées les espèces aujourd’hui habitant nos fonds marins. Très peu d’espèces de requins ont la possibilité de se nourrir autrement qu’en gobant des poissons dont la taille n’excède pas celle de leur bouche et ils sont de toutes façons assez intelligents pour ne pas perdre de temps et d’énergie à chasser des êtres qu’ils auraient un mal fou à consommer. C’est une des raisons pour lesquelles l’homme ne présente pour lui qu’un intérêt extrêmement limité, et que ces attaques sont principalement dues à des erreurs de jugement de l’animal, l’humain ressemblant parfois de loin à la forme d’une otarie.



Celui que l’on surnomme parfois le « mangeur d’homme » n’est ainsi responsable que d’une moyenne de 5 morts humaines par an et est donc beaucoup moins meurtrier que d’autres animaux déjà protégés tels que le crocodile ou l’éléphant. Et pourtant, 90% des requins peuplant les mers ont disparu lors de ces 50 dernières années. Alors que Rob découvre l’étendue du trafic d’ailerons de requin, second trafic le plus rentable après celui de la drogue, c’est l’électrochoc : certains pêcheurs utilisent des lignes chargées d’hameçons s’étalant sur plusieurs kilomètres et dans lesquelles s’étranglent les animaux, incapables de respirer, détruisant aveuglement rapidement l’équilibre des écosystèmes marins.


Décidé à réagir, Rob laisse de côté la photographie et embarque avec son matériel vidéo à bord du navire d’un activiste réputé dans la défense brute mais efficace des requins, un dénommé Paul Watson. Commence alors un périple chargé d’images tantôt magnifiques, tantôt révoltantes sur les méthodes de pêche et l’immensité du trafic d’ailerons. L’équipe ira même jusqu’à filmer clandestinement des usines de traitement, poursuivie par les mafias et autres services gouvernementaux dont ils avaient pourtant le soutient au début de leur aventure.



Le documentaire, alternant prises de vues de l’aventure avec nombre d’images d’archives parlantes, génère un réel électrochoc et une véritable prise de conscience quant à la place du requin dans l’équilibre fragile de la planète, et démystifie dans les grandes largeurs cette aura menaçante de l’animal, maintenue par certaines organisations officielles qui, sous le poids de mafias locales et d’un commerce qui se mesure en milliards de dollars, n’ont d’autre choix que de céder aux lois du marché.

A travers de nombreux sacrifices et poussé par la conviction fondée qu’il est nécessaire et urgent de réagir face à cette situation, Rob Stewart nous offre un film poignant, juste dans son propos et parsemé de visions souvent magiques, parfois insoutenables, qui témoignent d’une partie souvent occultée mais pourtant majeure des grands problèmes écologiques de notre époque. Et qu’importe si certains contres arguments du réalisateur sont parfois moins pertinents, les séquences montrant cet amoureux de la mer plonge en apnée et réduisant son rythme cardiaque pour pouvoir approcher sans l’effrayer l’objet de sa fascination, valent tous les discours.
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