Joli film de guerre bien friqué,
Flyboys est produit par le mésestimé Dean Devlin, connu comme étant le bourrin de l'ancien duo Devlin-Emmerich, et à qui l'on doit quelques classiques du film introspectif tels que
Stargate, Independence Day et
Godzilla (Emmerich ayant été -ne riez pas- l'intello du couple). Adaptation romancée des exploits de la célèbre escadrille Lafayette (groupe de jeune pilotes américains, engagés auprès de la France durant la Première Guerre Mondiale), le film s'inscrit pleinement dans ce discret courant néo-classique qui tente de mixer le film d'aventure hollywoodien des années 50 aux effets spéciaux numériques dernier cri et au son Dolby qui arrache ta gueule, un courant incarné notamment par le Joe Johnston de
Hidalgo, avec lequel
Flyboys entretient d'ailleurs quelques similitudes esthétiques.
Tout est là : Amitiés viriles et chevaleresques, jeune premier un peu tête brûlée (James Franco, fils de bouffon vert), jeune et belle paysanne française en péril, caporal cynique au passé traumatique, capitaine français guindé mais rigolo (Jean Reno
of course), fieffé salaud de pilote allemand aux allures de Baron dans son avion noir éclatant. Devlin n'ayant pas lésé sur la logistique, la reconstitution a de quoi faire cligner de l'oeil n'importe quel Jean-Pierre Jeunet : vues aériennes imprenables sur les fronts de la Meuse, attaque de Zeppelin au-dessus du Paris d'époque, colonnes de figurants costumés dans des gares surchargées, et bien sûr, le clou du spectacle, les dogfights aériens qui ont bénéficié de toutes les attentions techniques et artistiques (gros travail de CGI et maquette, la plupart du temps tout à fait convaincants). On serait même tenté de considérer que ces combats en plein ciel (au nombre de six) rythmés par les claquements de mitraillette et les vrombissements de moteur, offrent des enjeux humains nettement plus fins et plus élaborés que ceux que nous servent les scènes dialoguées intermédiaires. Néanmoins, Tony Bill met suffisamment de soin à cadrer et découper ces séquences pour nous faire oublier, si ce n'est excuser, le manque occasionnel d'épice narrative (cet homme aime beaucoup les mouvements de grue; ça tombe bien, nous aussi).

Evidemment, les amateurs de classicisme authentique préfèreront peut-être se diriger vers le
Lafayette Escadrille de William Welman, qui traitait du même sujet avec une rigueur plus fordienne. Car ici, les vieux coucous début de siècle ont des pointes de vitesse qui frôlent parfois le Mach 3, les explosions de Zeppelin ont été commandées par le même homme qui avait fait péter la Maison Blanche il y a dix ans, et le compositeur Trevor Rabin (qui semble avoir appris le solfège depuis son calamiteux
Armageddon) n'hésite pas à faire monter les crescendos d'orchestre toutes les deux minutes. Mais soyons honnêtes, cette hypertrophie participe pleinement du plaisir coupable que procure ces aventures extraordinairement prévisibles. Preuve radicale de l'attrait populaire de
Flyboys, les hommes de la sécurité chargés de surveiller la salle (nous sommes apparemment de vilains pirates en puissance prêts à inonder Internet de fichiers avi) oubliaient parfois de scruter en notre direction pour se perdre dans la baston pyrotechnique qui inondait l'écran de sa chevalerie
old-fashioned.
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