Entre les remakes et le public, ce n’est pas toujours une belle et grande histoire d’amour mais plutôt un interminable récit de haine à répétition. Au point que le mot même de « remake » prend parfois une tournure péjorative. Et pour cause, la reproduction d’œuvres cinématographiques donne souvent un résultat frustrant, décevant, et à l’intérêt tout relatif quand il s’agit d’une relecture d’un classique du 7ème art adoré par le plus grand nombre, qui n’aime pas qu’on touche à sa relique. Mais avant de s’attaquer à la liste non exhaustive des cancres de l’exercice, il faudrait d’abord spécifier ce qui distingue un bon d’un mauvais remake.
Copie (trop) conforme ou informe ?
Il est de coutume de qualifier de bon remake celui qui offre une relecture moderne ou un sérieux coup de rajeunissement à une œuvre préexistante (encore faut-il que cette dernière justifie d’un dépoussiérage) ou une nouvelle approche esthétique et narrative d’un film sans en trahir l’esprit. En résumé, un bon remake serait potentiellement celui qui obéirait à l’adage « faire du neuf avec du vieux ». Plus facile à dire qu’à faire au vu des nombreux malheureux exemples qui parsèment l’histoire du cinéma.
D’une part parce qu’au lieu de s’attaquer à des titres ratés mais au potentiel riche (et cela ne manque pas), les producteurs se réfugient généralement dans la facilité en remaniant classiques de renoms, impérissables et autres intouchables avec à la clé des copies fadasses ne faisant que réactualiser le contexte sans apporter d’éléments personnels ou neufs, terminant irrémédiablement dans l’ombre de leurs glorieux aînés. Les jeunes générations avides de nouveautés ignoreront sans doute les originaux mais quels cinéphiles avertis préfèrent La Vérité sur Charlie de Jonathan Demme à Charade de Stanley Donen ? Le Guet-Apens de Roger Donaldson à celui de Sam Peckinpah ? Le Meurtre parfait d’Andrew Davis au Crime était presque parfait d’Alfred Hitchcock ? Sûrement très peu de monde.
La plupart du temps inférieur à son modèle (Le limier de Kenneth Branagh, Le jour où la Terre s’arrêta de Scott Derrickson), inutile (Fanfan la tulipe de Gérard Krawczyk), chaotique (Rollerball de John McTiernan et sa gestation contrariée), infantile (Paranoiak, relecture adolescente et puérile de Fenêtre sur cour) ou dépossédé de la force de l’original (Assaut sur le central 13), le remake trouve rarement la plaidoirie juste pour convaincre les connaisseurs. Et ce n’est pas faute d’essayer, même quand l’exercice de recopiage est poussé à son paroxysme. A l’instar du Psycho de Gus Van Sant, « hommage » en couleur fait au Psychose d’Alfred Hitchcock imité au cadre près, et du Funny Games U.S. de Michael Haneke, censé faciliter son export sur le territoire américain. Des arguments qui n’ont pas convaincu tout le monde.
Contrefaçons étrangères
Ce dernier exemple d’un réalisateur s’attaquant personnellement au remake de l’un de ses propres films demeure un cas assez inhabituel perdu au milieu de la masse, mais pas exceptionnel. L’un des plus connus étant sans doute Takashi Shimizu et ses multiples refontes de Ju-On /The Grudge qui passèrent avec plus ou moins de bonheur la douane occidentale.
Et en la matière, la reprise d’œuvres étrangères (en grande majorité par les Etats-Unis) constitue un important vivier de spécimens à ne pas imiter : La loi du milieu devenant le pâle Get Carter, The Wicker Man de Neil LaBute venant grossir la pile de nanars de Nicolas Cage, Jude Law fait un pauvre Irrésistible Alfie à côté de son prédécesseur Michael Caine, les Joyeuses funérailles de Frank Oz remaniées à la sauce black (le balourd Panique aux funérailles) seulement trois ans après sa sortie… La France n’est pas en reste puisque les cas déplorables se ramassent (c'est peu dire) à la pelle : Notre Cage aux folles devient The Birdcage, Le Grand blond avec une chaussure noire évolue en Homme à la chaussure rouge, L'appartement se transforme en Rencontre à Wicker Park, la Diabolique Sharon Stone se fracasse contre Les Diaboliques de Clouzot, Oscar comprend que L'embrouille est dans le sac, Nikita prend pour Nom de Code Nina, Neuf mois donne naissance à un jumeau baptisé Neuf mois aussi et Les visiteurs fond un tour aux Etats-Unis toujours sous la direction de Jean-Marie Poiré, sans vivre le rêve américain et sans avoir su briser la barrière des cultures. A l'inverse du Dîner de Cons complètement repensé, remanié, et réaménagé en The Dinner, mais hélas avec un résultat non moins catastrophique.
Horribles remakes
Le phénomène s'est amplifié en ce début de 21ème siècle avec une autre tendance: le regain d'intérêt des adolescents pour le cinéma horrifique. Jamais à cours (de recyclage) d'idées, Hollywood y a trouvé un important vivier de matières brutes à formater à volonté. Que ce soit du côté de l'Asie et de son folklore spectrale trop exotique pour être importé tel quel (Dark Water, The Eye, Pulse ersatz de Kaïro, Terreur sur la ligne, One Missed Call, Les intrus...), ou de son propre héritage.
Et si la production mondiale est fréquemment malmenée par l'industrie de l'entertainment US, les classiques horrifiques locaux ne sont pas forcément traités avec plus de tact et de respect. A ce niveau là, aucun chef d'œuvre n'est à l'abri : Robert Wise doit se retourner dans sa tombe en voyant ce qu'est devenu sa Maison du diable (le démonstratif Hantise), Tom Savini s'est pris une méchante gifle en voulant reproduire La Nuit des morts-vivants de George A. Romero qu'on imagine peu satisfait de The Crazies, reproduction plus argentée de son toujours vivace La nuit des fous vivants. Et encore plus de voir Day of the Dead se ramasser pendant que son original continue de faire l'admiration des fans. Tout comme le piteux Hitcher produit par Michael Bay ne remplacera jamais le film culte de Robert Harmon, ni La Malédiction 666 du tâcheron John Moore ne fera oublier La Malédiction de Richard Donner, l’embarrassant Fog des années 2000 celui de John Carpenter ou encore la faiblard Freddy – Les griffes de la nuit détrôner, le fer de lance de la filmographie de Wes Craven, pourtant pas de toute fraîcheur.
On peut encore en citer bien d'autres (13 fantômes, Invasion, Amityville, Le beau-père, Meurtres à la Saint-Valentin uploadé pour la 3D, Prom Night : Le bal de l'horreur), passés sous le rouleau compresseur hollywoodien aimant à en amoindrir ou a en expurger la violence graphique et la teneur contestataire (politique la plupart du temps) d'un genre qui fut en marge du système il n'y a pas encore si longtemps.
Ceux qu’on craint d’avance
Considérant la longue liste établie de ratages, il est normal que les cinéphiles se mettent automatiquement sur la défensive dès que l'annonce d'un nouveau remake circule sur le Net. Et on n'a pas fini de craindre le pire pour l'avenir. Dans les prochains mois sortira entre autres un nouveau Total Recall confié au yesman Len Wiseman (Die Hard 4 – Retour en enfer), tandis que sont annoncés depuis de longue date les remakes du Cercle Rouge par Jaume Collet-Serra (remplaçant les plus légitimes John Woo et Johnnie To), Highlander que vient d'abandonner Justin Lin, Le voyage fantastique produit par James Cameron mais hypothétiquement dirigé par Shawn Levy, Les oiseaux par Martin Campbell, My Fair Lady par John Madden, une version live d'Akira qui patine sérieusement dans la semoule et Chromosome 3 de David Cronenberg (devant plancher en personne sur un nouveau traitement de sa Mouche – revisitant elle-même La mouche noire), confié entre les mains de Breck Eisner (The Crazies). Les erreurs s’accumulent mais aucune leçon ne semble avoir été retenue… sauf occasionnellement. Ça c’est une autre histoire…

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