Après s'être fait la main sur des publicités pour la télévision locale puis avec la comédie indépendante Coffee & Donuts, Adam Green a rejoint en 2006 le clan des prometteurs maîtres de l'horreur grâce à Hatchet. Hommage fendard au cinéma gore des années 80 où se croisent quelques légendes du genre (Tony Todd, Robert Englund,...), le film rencontre un tel plébiscite que le jeune réalisateur reçoit de nombreuses propositions et, depuis un Spiral tourné en 2007, est attaché à des projets très variés (la comédie God Only Knows, une série pour Nickelodeon produite par Jack Black, un film d'animation Aquaman pour DC Comics,...). Dû néanmoins à un heureux concours de circonstances, ce n'est pas avec ces oeuvres que Green fera prochainement parler de lui mais bien avec Frozen. Un petit thriller horrifique s'étant si vite mis en place que, avant même de s'en rendre compte, Adam Green se gelait le séant en février dernier dans les montagnes de l'Utah, pour tourner ce qui rappellerait à coup sûr de très mauvais souvenirs au Jean-Claude Dus des Bronzés font du ski.
Frozen suit ainsi trois amis partis aux sports d'hiver et qui, par manque de liquidités, choisissent une toute petite station de ski pour avaler quelques descentes. Mauvaise idée car la surveillance n'y est pas très poussée et, une fois la nuit tombée, les vacanciers se retrouvent abandonnés sur un télésiège, perchés à plus de vingt mètres de haut. Et s'il aurait peut-être été possible de lutter contre le froid glacial durant une nuit, les trois amis réalisent avec horreur que la petite station ne rouvrira pas avant plusieurs jours... Ce pitch, l'idée en vient à Adam Green alors qu'il est en tournage au Canada pour Grace, que finance sa société ArieScope Pictures. Réfléchissant aux accidents pouvant se produire lorsque l'on est au ski, il se remémore alors ses jeunes années, quand lui et ses amis truandaient pour profiter d'une de ces stations de ski n'ouvrant que deux jours par semaine. L'inspiration fait le reste et tandis que tout le monde s'active sur le premier long-métrage de Paul Solet, Green rédige le scénario de Frozen dans un coin du plateau.

L'explication de la mise en branle précipitée du projet on la trouve alors, en partie, dans un scénario se déjouant habilement des difficultés de ce genre de films concept, avec une situation unique et originale dont on doit user des possibilités jusqu'à la corde. Ce que semble avoir plutôt bien réussi Adam Green, motivé par l'idée de ne jamais laisser de répit au spectateur. "En fait, l'histoire ne perd pas de temps parce qu'avec un froid pareil, ce n'est pas comme si vous alliez rester tranquillement assis et débattre des choix qui s'offrent à vous. Je veux dire, vous vous rapprochez de la mort à chaque minute qui passe, donc les personnages de Frozen s'essayent à différentes choses très rapidement". Mais malgré toute leur inventivité et leur courage, difficile de lutter contre l'imagination d'un scénariste inventif et ne désirant rien d'autre que de leur faire fondre la neige sous les skis. Et la situation d'aller sans cesse de mal en pis pour les trois amis, les confrontant à des choix de plus en plus extrêmes. "C'est vraiment de là que vient l'idée : jusqu'où iriez-vous pour vous sortir d'une situation très dangereuse en sachant les conséquences que cela entrainerait ? Sauteriez-vous en ayant la certitude de vous retrouver les deux jambes cassées une fois en bas ?". Ou bien encore, comme nous pouvons l'imaginer lors d'un final traumatisant et gore, seriez-vous prêts à dévorer vos proches pour survivre ? A ceci près que, de l'avis de son auteur, Frozen n'aura rien à voir avec le flots de sang de Hatchet et ne devrait écoper que d'un PG-13. Pression du producteur ? Pas du tout, puisqu'il s'agit en fait d'avoir cette fois une approche ultra-réaliste -et non gratuitement démonstrative- de l'horreur.
Quant au producteur, pas de soucis de ce côté-là : inaugurant sa nouvelle société A Bigger Boat avec Frozen, Peter Blocks est à 100% derrière un Adam Green qu'il connaît depuis ses années chez Lionsgate. "C'est génial parce que c'est un film important pour lui" explique le réalisateur. "Les fois passées j'ai vraiment dû me battre pour obtenir ce que je voulais mais ce coup-ci, avec Peter à bord, je sais que nous sommes entre de bonnes mains. D'ailleurs, il est allé jusqu'à affronter la montagne et la neige à nos côtés". Soutenu ainsi, Adam Green peut alors se permettre de peaufiner la préparation de son film et en particulier le casting, lui qui est d'ordinaire prompt à ne travailler qu'avec des amis. Une pratique impossible ici car l'intrigue fonctionnera en grande part grâce au jeu des comédiens, l'intensité qu'ils sauront injecter dans les scènes, et le réalisateur doit par conséquent se résoudre à trouver les interprètes parfaits pour la difficile mission qui s'annonce. Les rôles masculins principaux reviennent ainsi à Kevin Zegers (L'Armée des Morts) et Shawn Ashmore (Les Ruines), tandis que l'indispensable touche féminine sera du fait de Emma Bell (The Bedford Diaries). Mais comme on ne se refait pas, Adam Green engage de nouveau Kane Hodder comme coordinateur des cascades et en profite pour confier un petit rôle à celui qui a par quatre fois interprété le boogeyman Jason Voorhees !
Tout ce petit monde s'est alors réuni sur les pentes de la montagne Snowbasin et y est resté presque un mois durant, Green ne voulant rien concéder à sa quête du réalisme le plus absolu. Pas de studio, pas de fond vert, les acteurs seront bel et bien perchés sur le télésiège comme leurs personnages ! Douze heures quotidiennes à affronter le vent glacial, le vertige et l'engourdissement, encore plus tant que les trois amis ne se sont pas défaits de leurs lourds skis. Mais le reste de l'équipe n'est pas mieux logé et découvre très vite combien il va être dur -techniquement parlant pour commencer- de filmer à 20 mètres de hauteur quand on est déjà à une altitude correcte. "Tout ce qui concernait ce film était un challenge, et nous avons dû être très inventifs pour trouver des solutions à nos problèmes". Comme par exemple assembler des grues-maison préalablement transportées pièce par pièce à la force des bras jusqu'au plateau, aucune route n'y conduisant, ou bien bricoler une nacelle de fortune sur laquelle Green et son directeur de la photographie Will Barratt s'installent et filment au péril de leur vie. Mais le pire lorsque l'on tourne en extérieur, c'est bien sûr cette indomptable et impitoyable météo, et l'équipe de Frozen en a copieusement fait les frais. Avec d'entrée de jeu une tempête de neige à vous geler un mouflon, suivie de conditions exécrables faisant regretter à tous que la tente de repos soit si éloignée du lieu de tournage. Et quand le soleil fait son apparition, l'équipe ne se réjouit qu'un temps car elle voit son plateau enneigé s'amoindrir d'heure en heure, comprenant que leur matériel ne permettra plus d'atteindre le télésiège ! Dur, dur de tourner en montagne, une expérience que Green ne regrette en rien mais qu'il ne réitérerait pas pour tout l'or du monde.
Cela devrait pourtant se relever payant puisque, aidé par le succès de Hatchet et un scénario accrocheur, les distributeurs se disputaient Frozen avant même qu'il ne soit mis en boîte. Dès l'American Film Market de 2008, GreeneStreet Films International vendait ainsi les droits d'exploitation pour le Royaume-Uni, l'Espagne, le Brésil, le Moyen-Orient, la Scandinavie ou même la France, sous la bannière de Metropolitan. "Ça prouve que quand vous avez un concept fort et des gens connaissant le genre, il y a un marché pour ce type de films" confiait Amy Beecroft, présidente de GSFI. Et l'envie de montagne qui nous gagne semblerait lui donner raison, renforcée encore par un teaser tout frais (forcément). En attendant, Frozen donnera à réfléchir aux skieurs américains dès cet hiver puisqu'il fera partie de la sélection Midnight du festival Sundance, qui se tiendra fin janvier, et sortira quelques jours plus tard (le 05 février) dans toutes les salles climatisées des stations d'outre-Atlantique !

