Le grand public a découvert Gilbert Melki en 1997 dans La vérité si je mens ! Reour sur le parcours discret d'un acteur talentueux.

Par Gilles BOTNEAU - publié le 17 janvier 2010 à 18h44
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Le grand public a découvert Gilbert Melki en 1997 dans La vérité si je mens !, film qui, en son temps, connut  un véritable succès. Contre toute attente, d'ailleurs. En effet, Thomas Gilou, en compagnie d'une petite équipe de comédiens alors constituée de Bruno Solo, Richard Anconina, José Garcia, Elie Kakou, Amira Casar, Aure Atika, Vincent Elbaz ou bien encore Richard Bohringer, réalisa avec ce film l'une des meilleures comédies françaises de la fin du XXe siècle, drôle et originale sans véritable star. Parmi le casting, Gilbert Melki, sorti de nulle part, ne s'attendait pas à une reconnaissance aussi rapide mais finalement hautement justifiée. Et si l'on n'entend pas beaucoup parler de lui aujourd'hui, cela ne signifie pas pour autant qu'il ne tourne pas. La preuve cette semaine avec la sortie d'un film particulièrement réussi, Complices, dans lequel il partage le haut de la l'affiche aux cotés d'Emmanuelle Devos et du jeune Cyril Descours. L'occasion rêvée de revenir en détails sur le parcours (discret, cela va sans dire) du fabuleux Gilbert Melki.

 

Complices de Frédéric Mermoud
 
UNE BRUTALE EXPLOSION
Né au sein d'une famille juive pied-noire, Gilbert Melki est avant tout le neveu du comédien Claude Melki (comparé lors de ses débuts à Buster Keaton en raison de son physique, rien que ça), vu notamment dans L'acrobate, Le Pistonné ou bien encore Subway. Ainsi, dès l'âge de 20 ans, Gilbert décide de s'orienter vers la comédie. Il suit alors une formation à la Comédie de Caen puis à l'Atelier de Blanche Salant de Paris. Mais rapidement déçu par le milieu, le jeune acteur prend finalement ses distances avec la profession et part vivre quelques années en Italie. C'est donc en 1992 seulement (à l'âge de 34 ans, donc) que Gilbert Melki apparaît pour la toute première fois sur grand écran. Ce sera dans Betty, signé Claude Chabrol. Le rôle n'y est pas très important mais permet en revanche au comédien de faire une entrée particulièrement prestigieuse dans le monde du Septième Art. Ses partenaires ont en effet pour nom Marie Trintignant, Stéphane Audran ou bien encore Pierre Vernier, le tout sous la direction du plus grand spécialiste du polar à la française. Malgré tout, les contrats se font rares et Gilbert Melki tarde à réapparaître au sein d'un générique. Ainsi, il lui faut attendre près de cinq ans avant de se voir proposer le personnage de Patrick Abitbol dans le désormais culte La vérité si je mens ! Triomphe absolu. Gilbert Melki hérite d'un rôle extrêmement charismatique, un homme à la fois riche, puissant, séducteur et caractériel. L'acteur s'y investit littéralement. Il compose une véritable personnalité, entre parodie (Robert de Niro et Marlon Brando réunis) et prestance. Il devient l'incarnation-même de la classe, celle de l'homme moderne. Par ailleurs, il propose un duo d'une efficacité redoutable avec l'excentrique José Garcia, lui aussi encore peu connu du public cinéphile. Dès lors, la carrière de Melki est lancée. Son nom n'est peut-être pas encore sur toutes les lèvres, mais la France entière garde en mémoire son physique et sa voix si atypiques. Reste désormais à lui offrir des rôles à sa démesure. Ce n'est pas chose gagnée...
 
UN ENCHAINEMENT CHAOTIQUE
Des propositions, Gilbert Melki n'en manque plus. Hélas, ce ne sont pas forcément les meilleures. A la fin des années 90, l'acteur enchaîne une série de comédies généralement anodines, à la limite du nanar. Pourtant, au premier abord, rien ne laissait présager de tels « désastres ». En 1997, il croise Vanessa Paradis, Jean Réno et Jeanne Moreau dans Un amour de sorcière, oeuvre des plus pathétiques s'il en est, signée René Manzor. Il poursuit avec Richard Berry dans une comédie de boulevard à peine potable intitulée Une journée de merde. En résumé, une succession d'échecs, tant publics qu'artistiques. Melki, de nature timide et discrète, perd peu à peu de sa crédibilité. Il peut néanmoins compter sur le soutien de ses amis. Bruno Solo et Vincent Elbaz l'appellent pour participer au tournage de Grève party sous la direction de Fabien Onteniente (à une époque où le cinéaste portait encore un réel regard sur notre société, et ce, bien avant de rencontrer l'épuisant Franck Dubosc). L'oeuvre n'a rien d'extraordinaire en soi mais pose tout de même d'importantes questions quant à la grève et ses conséquences sur notre beau pays. Entre temps, le comédien tourne un court-métrage dirigé par Olivier Nakache et Eric Toledano, futurs metteurs en scène de Nos jours heureux et, plus récemment encore, de Tellement proches. En 1999, Gilbert Melki retrouve son cinéaste fétiche, le dénommé Thomas Gilou, et joue face à Antoine de Caunes dans Chili con carne. A oublier. La même année, il croise à nouveau le regretté Elie Kakou, quelques mois avant sa triste disparition, sur le plateau de Monsieur Naphtali. Une fois de plus, Melki peine à convaincre, la faute à un scénario inexistant et une mise en scène bâclée. 1999 se termine tout de même avec éclat, grâce à une participation remarquée dans le magnifique Vénus beauté (institut) réalisé par Tonie Marshall. Une lueur d'espoir quant à la suite de sa carrière ? 

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UNE CARRIERE DESORMAIS INSTALLEE ENTRE CINEMA D'AUTEUR ET GROSSES PRODUCTIONS
Le début des années 2000 va se révéler décisif dans la suite de son parcours professionnel. En 2001, il se laisse diriger par Marion Vernoux, scénariste de Vénus beauté (institut), à l'occasion de son nouveau film en tant que cinéaste, Reines d'un jour. L'oeuvre est une réussite à différents niveaux, mélangeant humour et émotion avec un talent rare, aidée par un casting d'une très grande intelligence, de Karin Viard à Sergi Lopez, en passant par Jane Birkin, Victor Lanoux ou bien encore Hélène Fillières. Gilbert Melki doit se contenter une fois encore d'un rôle secondaire mais chacune de ses apparitions se montre d'une pure drôlerie. Amant désabusé, il développe son personnage de Casanova des Temps Modernes avec une décontraction et une misogynie irrésistibles.
Pour son premier film en tant que metteur en scène, le comédien Antoine de Caunes réserve un rôle particulièrement fort à Gilbert Melki, celui de Dogman, personnage totalement barré, une sorte de rasta spécialisé dans l'élevage de chiens de combat. Un contre-emploi qui permet à Melki d'élargir sa palette de jeu. Mais c'est bien évidemment la sortie tant attendue de La Vérité si je mens ! 2 qui relance définitivement la carrière du comédien. Non seulement le film se montre plus abouti que le premier volet, aussi bien dans l'écriture que la mise en scène ou l'enchaînement des gags, mais en plus le personnage de Patrick Abitbol (et de son fameux cousin) devient l'une des véritables vedettes du long-métrage. Son duo avec José Garcia entre définitivement dans l'Histoire. Si leur face à face présente une certaine tradition bien de chez nous, à savoir un meneur constamment aux prises avec un boulet, il réserve tout de même de grands moments de comédie sur fond de répliques cultes (« Patrick, je vais mourir ! - Bien sûr, c'est moi qui vais te tuer », « Ma BM, ma BM, ça voulait dire qu'on était riche... »). On ne s'en lasse pas.
Par la suite, et à la surprise générale, Gilbert Melki se réfugie principalement dans le cinéma d'auteur. Il excelle alors dans la fameuse trilogie écrite et réalisée par Lucas Belvaux, Un couple épatant, Cavale et Après la vie, où comment, après un simple petit mensonge, tout peut se dérégler. Selon le cinéaste, lors de leur première rencontre, "Quand je l'ai vu arriver, quand il a passé la porte, déjà c'était troublant, au bout d'une demi-heure de discussion, c'était évident". A l'arrivée, un choix des plus judicieux.
 
En 2002, il prend plaisir à travailler pour la seconde fois sous la direction de Tonie Marshall (Au plus près du Paradis, ndlr), avant d'atteindre l'un des summums sa carrière, en interprétant le père de Momo dans le bouleversant Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, une sorte de fable, de voyage initiatique mis en scène par François Dupeyron. Melki livre une prestation bouleversante, emplie d'émotions et de mystère. L'acteur confirme alors son talent et poursuit devant la caméra d'André Téchiné (Les Temps qui changent), de Patrice Leconte (Confidences trop intimes), d'Alain Corneau (Le Deuxième souffle), et de Benoît Mariage (Cowboy). Sur les traces de son oncle, Gilbert Melki travaille également avec Luc Besson, face à Jamel Debbouze dans Angel-A, une oeuvre aussi sombre que mineure dans la carrière de l'un ou de l'autre. Il n'en délaisse pas pour autant la comédie : en 2005, il entre dans l'univers totalement déluré de Valérie Lemercier (Palais Royal !) et y interprète même l'amant de la comédienne. Après quelques films sans grande importance, Melki fait à nouveau parler de lui en apparaissant au casting plus que prestigieux de la méga production Largo Winch, aux côtés de Tomer Sisley et de Kristin Scott Thomas. Un nouveau succès public à son palmarès. En 2010, le comédien sera à nouveau sous les feux des projecteurs. Outre Complices, Gilbert Melki apparaîtra dans un polar (L'Avocat, de Cédric Anger) et une comédie populaire (Le Mac, de Pascal Bourdiaux). On parle également d'un troisième opus à La Vérité si je mens ! mais les auteurs ont semble-t-il choisi de prendre leur temps. Affaire à suivre...


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