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L'histoire : "Après une longue séparation, Blanche Dubois vient rejoindre sa soeur, Stella, à La Nouvelle-Orléans. Celle-ci vit avec son mari, Stanley, ouvrier ..."
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Grands Classiques : Un Tramway nommé désir

Par Nicolas HOUGUET - 06 février 2010 - 1 commentaire(s)

S’il est un film fondateur et intemporel, c’est bien celui là. De ces perles que le cinéma sait parfois créer, qui sont classiques et qui gardent une force d’émotion intacte. Un Tramway nommé désir est le fruit d’une collaboration magique : celle de Marlon Brando et d’Elia Kazan (symbiose avec un metteur en scène que l'acteur ne rencontrera que trop rarement par la suite, avec Bertolucci ou Coppola). On y trouve aussi le plus grand rôle de Vivien Leigh. Il est la meilleure évocation au cinéma de la fièvre qui hante la pièce deTennessee Williams…

 

Tout est réussi dans ce film. Pourtant, c’est un huis clos qui se déroule quasiment dans un seul décor. Mais, jamais, grâce à son intensité, il n'inspire une impression d’ennui ou de théâtre filmé. Il dégage un sentiment d’intensité de tous les instants et d’incandescence, près de soixante ans après sa sortie (en 1951). Des personnages extrêmes qui vous prennent aux tripes et ne vous lâchent pas.

 

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L'histoire:

 

Blanche Dubois rend visite à sa sœur Stella, mariée à Stanley Kowalski, homme impulsif etfacilement violent. On se rend compte très vite que Blanche est ruinée. Elle a perdu sa demeure de « Belle rêve » et son emploi de professeur à la suite d’une aventure avec l’un de ses élèves. Elle a dû aussi se faire plus ou moins payer pour ses charmes ou entretenir par « la bonté des inconnus ».Tout ça l’a laissé souillée, nerveusement fragile, toujours romanesque mais aussi profondément mythomane. Elle veut occulter ce passé peu glorieux. Stanley reste insensible à ses minauderies et voit simplement qu’elle a dilapidé les biens de sa femme (donc les siens). Il passe son temps à la harceler pour la démasquer. Ils’échine à découvrir et à dévoiler le passé trouble de cette femme instable. S’estimant lésé, il fera tout pour la détruire.

 

Stanley

 

D’abord il y a Brando, que l’on a qualifié à juste titre de plus grand acteur de son temps et influence majeure sur le jeu de comédien moderne. Toujours dans la force brute, dans la violence suggérée et prête à faire irruption à chaque instant, il dégage quelque chose d’animal et d’effrayant, tant il est dans le naturel, en opposition parfaite avec le personnage de Vivien Leigh, et accessoirement en opposition totale à ce qu’il était dans la vie.

 

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Marlon Brando n’avait en effet que mépris pour cette brute imprévisible, insensible, mesquine et cruelle, si « prêt du bonnet » et à l’impulsivité barbare. Être associé et confondu avec son personnage Stanley Kowalski l’a entrainé à ne pas apprécier ce rôle et ce qu’il en avait fait. Peut-être était-ce à cause de la brutalité des sentiments que ça l’avait incité à explorer. Son hurlement de bête sauvage blessée lorsque sa femme le chasse (« hey Stellaaa ! ») reste pourtant profondément gravé dans l’histoire du cinéma.

 

A le revoir, même maintenant qu’il est associé à Don Corleone et à pléthore d’autres grands personnages, on ne peut qu’être admiratif devant sa présence à l’écran, criante de vérité. Il donne vie et ambivalence à ce personnage qui aurait pu être profondément antipathique. Brando lui apporte une sorte de sensibilité, un bon sens instinctif et bourru, qui, malgré sa cruauté, nous permet de le suivre sans trop le détester (alors qu’il est odieux). Après tout, Blanche Dubois est objectivement dure à supporter. Brando est magnétique.

 

Dans les acteurs qui l’ont suivi, beaucoup se sont réclamé de son influence jusqu’à s’inspirer totalement de son jeu avant d’imposer leur marque (James Dean, les débuts de Newman, entre autres). Brando, c’est l’irruption de d’un souffle nouveau dans l’art d’être acteur. Kazan a dit que lors de la production théâtrale de cette pièce (dont il assumait également la mise en scène), alors que l’histoire est celle de Blanche qui sombre dans la folie, le jeune homme avait un tel charisme qu’il la faisait sienne, que les gens venaient pour lui, qu’il transformait la représentation en « Marlon Brando show ». Ce dernier l'a jouée pendant longtemps à New York (à partir de 1947), et c'est grâce à ce rôle qu'il est entré dans la légende. On retrouve d'ailleurs dans le film la troupe qui officiait dans la pièce, àl'exception notable de Jessica Tandy, remplacée par Vivien Leigh par la volonté des studios.

 

Blanche

 

Dans le film, le personnage de Blanche prend un relief étrange grâce à Vivien Leigh. Car comme l’a écrit Brando dans ses mémoires (Les chansons que m’apprenait ma mère), elle est Blanche. De par sa carrière d’abord, et son rôle le plus marquant jusqu’à celui-ci, celui de Scarlett O’Hara dans Autant en emporte le vent : Blanche, c’est une Scarlett dépressive, qui n’aurait pas réussi à garder sa terre et se réfugierait dans un monde imaginaire pour ne pas affronter l’horrible vérité. C’est une beauté fanée qui a eu son heure de gloire et l’a laissé filer, elle n’a plus maintenant que les poses et les manières pathétiques d’une ancienne « reine du bal », obsédée par le temps qui passe et fuyant les lumières vives qui révèleraient trop crûment son visage. Elle boit et ment pour entretenir son monde d’illusions d’où Stanley la tire, de plus en plus violemment, sans égard pour sa fragilité psychique.

 

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Lorsqu’on connaît un peu la vie de l’actrice, ce rôle devient plus émouvant encore. Elle-même maniaco-dépressive et s’identifiant à l’excès aux rôles de femmes torturées qu’elle interprétait, elle souffre déjà à cette époque de sautes d’humeur graves qu’elle tente de calmer par l’alcool, elle a également la hantise du temps qui passe. Elle est marquée par la perte inexorable de son grand amour Lawrence Olivier. A côté de l’intensité sauvage de Brando, la tragédie de cette femme est bouleversante. Car il ne s’agit plus tout à fait de fiction. Lorsqu’elle a ce regard perdu à la fin, on se dit qu’elle connaît ces tourments, qu’il ne s’agit plus vraiment de cinéma. Ce qui rend ce film d’autant plus dérangeant. Mais pas indécent comme le sera plus tard le Visage du plaisir.

 

Elle est donc Blanche Dubois, jusqu’aux minauderies de sa beauté fanée, jusqu’aux flash-back sur sa jeunesse qui ressemble à celle de cet ancien rôle glorieux dont l'ombre la poursuit. Cela concoure à faire de cette prestation, sans doute le plus grand rôle de sa carrière, autant par sa performance que par ce qu’elle représente en tant qu'actrice.

 

Obsessions de Tennessee

 

On trouve ici toutes les obsessions qui courent dans l’œuvre de Tennessee Williams, presque toujours traitant de marginaux et de la folie au sens clinique du terme. Tous les personnages sont sur le fil du rasoir, sur les nerfs, au bord del’hystérie. Ils boivent beaucoup. Ils sont tous torturés, perturbés. Les rapports entre eux sont tendus, fiévreux. Même Stella qui aime son mari agit comme une droguée accro qui ne peut pas décrocher du désir qu'elle éprouve pour cet homme brutal. Même les sentiments, qui ailleurs seraient banals, prennent ici un caractère étrange et malsain, glauque. La proximité de la folie, menace permanente sur les personnages donne un caractère étrange à tout ce qu’ils traversent.

 

Williams fut lui-même toute sa vie aux limites de la folie, en proie aux excès,un être très tourmenté qui rappelle fort Blanche Dubois. Stanley est son interprétation du monde réel qui l’agresse en permanence. Une réalité cruelle et sans fard, violente et dépourvue de tout raffinement. Et ces personnages que l'on pourrait croire assez naturalistes sont en fait beaucoup plus métaphoriques qu'il n'y parait. Blanche, c'est le symbole du rêve et de ses égarements. Stanley est le représentant du concret, de la chair, jusque dans son expression la plus abjecte. L'affrontement est l'anéantissement de la frêle Vivien Leigh a quelque chose d'inéluctable.

 

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Une ambiance étouffante domine, fascinante et très juste. On explore les travers de la nature humaine. Les protagonistes sont poussés à bout, jusqu'à exprimer leur inconscient le plus refoulé, par la description de rêves ou de souvenirs qu'ils voudraient oublier. On découvre leurs secrets dans une atmosphère à la fois très violente et très psychanalytique. Ce film plongé dans la nuit moite de la Nouvelle Orléans est l'adaptation flamboyante et définitive de l'équilibre qui fonde toute l'œuvre du dramaturge: entre la réalité la plus sordide et la représentation des névroses les plus élaborées, le combat entre le concret et l'abstrait. 


Kazan


Elia Kazan a été le grand découvreur du phénomène nommé Brando (un peu avant de révéler James Dean). Metteur en scène venu du théâtre et référence absolue dans les années 50, légendaire directeur d'acteurs, ce film est l'un de ses grands chefs-d'oeuvre (avant Sur les quais ou A l'Est d'Eden). Grâce à la promiscuité que permet le grand écran avec les comédiens, il s'attarde sur leurs sentiments en gros plans, met en valeur leur gestuelle: la sauvagerie animale de Stanley, le fragile équilibre toujours menacé de Blanche. Il use en habile manipulateur de leur nature profonde et obtient d'eux beaucoup plus qu'une interprétation classique.

 

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Kazan sublime les dialogues par les attitudes des acteurs, la manière dont ils appuient leur personnage par leur posture: la rude douceur de Karl Malden, le désir irrépressible et tourmenté de Stella, Kim Novak, pour son Stanley. Le tour de force du metteur en scène est celui-ci: à côté des invectives et des confrontations empoisonnées, il s'attarde sur les silences, les non dits. Il traque les expressions et leurs nuances sur des visages souvent dans la pénombre, dans un décor moite et loqueteux. Toujours cette balance entre la métaphore et le réalisme, commun aux styles de Tennessee Williams et de Elia Kazan.

 

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Ce film c'est aussi le témoignage d'une époque où le cinéma américain évoluait, des oeuvres sulfureuses, ambitieuses et intimistes que l'on pouvait y produire, bientôt balayées par l'exigence des grosses productions.


Kazan et Brando se retrouveront plus tard pour Viva Zapata!, puis l'incontournable Sur les quais. Avec ce Tramway nommé désir, c'était leur énergie que l'on découvrait comme un uppercut et une alliance de talents miraculeusement réunis. L'acteur s'imposait avant L'Equipée sauvage comme un révolutionnaire de son art et Kazan comme l'un des meilleurs directeurs d'acteurs de l'histoire du cinéma.


C'était avant les tourments du Maccarthysme qui allaient leur couter leur belle amitié. Avant aussi que le grand Marlon ne connaisse une longue traversée du désert et ne renaisse en inoubliable parrain. Et l'on assiste émerveillé au jeu dangereux de Vivien Leigh, qui se jette dans ce rôle qui porte en lui les hantises qui auront raison d'elle. Le désir est là, mais surtout une prémonition beaucoup plus sombre.


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  • tramwaynommedesir_22
    News Grands classiques
    Grands Classiques : Un Tramway nommé désir08 février 2010 - 1 commentaires

    Retour sur un film fondateur, entre névroses et réalité sordide, avec des acteurs en état de grâce, Marlon Brando et Vivien Leigh, admirablement dirigés par Kazan.

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