Par - publié le 22 juin 2006 à 10h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h01 - 5 commentaire(s)
Après la parenthèse du Concile de Pierre (sortie prévue le 15 novembre prochain), Guillaume Nicloux devrait mettre un terme à sa trilogie policière initiée par les excellents Une affaire privée et Cette femme-là avec La clé qui, non, n'a rien à voir avec l'édifice éponyme de Tinto Brass. Guillaume Canet coupable, Emma de Caunes et Marion Cotillard complices.



Tout a commencé avec le remarquable Une Affaire privée, un polar d’exception qui impressionnait par son atmosphère bizarre, sa galerie de personnages déjantés, son introduction saisissante, son dénouement surprenant… Avec Cette femme-là, fausse suite dans laquelle la flic Balasko se noyait dans ses obsessions noires et confirmait un registre émotionnel trop souvent oublié depuis Trop belle pour toi, de Bertrand Blier, il a accentué ses marottes. Les films policiers made in Nicloux ne ressemblent pas aux autres calibres du genre. Dans ces enfers teintées de fantastique (réminiscences Polanskiennes pour Une affaire privée, réminiscences Lynchiennes pour Cette femme-là), le tragique et le grotesque, l’humour et l’angoisse, le drame et la poésie se côtoient pour provoquer des interactions stimulantes.



Dans Une Affaire privée, on suivait la ténébreuse enquête d’un détective privé (Thierry Lhermitte) à la recherche d’une disparue. Au bout du parcours, il finissait par se perdre et se faire avoir alors que l’évidence était sous ses yeux. Dans Cette Femme-là, Nicloux reprend le même schéma, la même tonalité absurde et angoissante, le même style d’enquête barrée et le même genre de protagoniste. Au détective je-m’en-foutiste qui alignait clopes sur clopes succédait une femme-flic, véritable paradoxe ambulant, à la fois forte et fragile, inflexible et sensible que l’on sentait au bord de la crise et de la dépression. Attristée depuis la mort de son fils, elle était engluée dans une mélancolie qui contaminait le film. Que ce soit dans Une affaire privée ou Cette femme-là, l’intrigue, fouillée et ambiguë, fonctionne en parfaite adéquation avec une atmosphère torve dans laquelle le personnage principal doit se repérer. Il fait la rencontre d’une multitude de personnages dont les buts sont indécis. Parfois, ils viennent éclaircir certains points et font avancer l’enquête ; d’autres fois, ils servent juste à brouiller les pistes et à semer de faux indices. Dans tous les cas, ce sont des suspects adéquats qui en savent toujours trop sur la question. Dans ces deux films, Nicloux révélait un goût pour les personnages secondaires (un nombre impressionnant d'acteurs venus faire une apparition aussi brève que marquante) et surtout la musique d'Eric Demarsan, d'une puissance horrifique insoupçonnée (la bande-son de L'armée des ombres reprise pour le générique des Dossiers de l'écran a marqué une génération pour l'angoisse qu'elle suscitait).


Les points communs entre les deux films sont tels que, dans Cette femme-là, les personnages principaux finissaient par se croiser dans un hôpital, lors d’une séquence clin d’œil, où Maniéri (Thierry Lhermitte, venu faire un cameo hilarant, comme Darroussin dans la boîte échangiste) racontait qu’il sortait d’une enquête terrible (celle d’Une Affaire Privée). Ce qui est sûr, c’est qu’il ne risque plus de revoir de sitôt la vénéneuse Marion Cotillard dont la sensualité irradiait l’écran et troublait le spectateur. Cet exemple d’allusion est plaisant parce qu’on se dit qu’on sera sans doute amené à retrouver des personnages de Cette Femme-là dans les prochains films du cinéaste, comme si tous formaient une grande famille qui n’a de cesse de s’agrandir. Bonne pioche: La clé, troisième volet de la trilogie policière de Guillaume Nicloux, sera avec... Marion Cotillard, qui incarnera (peut-être) le personnage de Rachel Siprien. Ou un double. Qui sait ? L'univers de Nicloux est empli de détails louches et de personnages aux identités morcelées. Lhermitte et Balasko en profiteront pour faire une apparition dans leurs rôles respectifs, histoire d'amplifier les correspondances.



Produit une nouvelle fois par Frédéric Bourboulon, cet ultime épisode aura pour héros un jeune homme incarné par Guillaume Canet. Celui-ci se lancera à la recherche de son père disparu, mais cette quête tournera au cauchemar. Sur son chemin, une foultitude d'individus (ce qui signifie cameos réjouissants à foison). Emma de Caunes et Jean Rochefort compléteront le casting de cet exquis cadavre dont le script sera cosigné par Pierre Trividic, à qui on doit notamment l'excellent film fantastique français Dancing, adaptation du Horla de Maupassant très étrange qui sera passé en long, en large et en travers la semaine prochaine dans Le coin du cinéphile. Que de très grandes nouvelles. Le film, vite.
Vos réactions


logAudience