CHOIX N°1 THE LOVED ONES
L'histoire: Brent, un lycéen beau et glabre de 17 ans, est kidnappé par une camarade secrètement amoureuse qui, accompagné de son père, va lui faire vivre un bal de fin d'année redoutable entre deux coups de perceuse.
Bien que toujours inédit en France (en DVD comme en salles), The Loved ones, décrit comme un croisement original entre une comédie de John Hugues et Massacre à la tronçonneuse, s'avère la nouvelle sensation du cinéma de genre australien après Wolf Creek (dans un genre totalement différent).
On sait que le film sur l'adolescence donne lieu à des bluettes insignifiantes à base de roucoulades sentimentales et de clichés laborieux. Un peu moins régulièrement, des cinéastes plus malins n'utilisent la toile de fond ado que pour en dévoiler l'envers du décor avec son cortège de dépressions identitaires et d'affects torturés. C'est le cas de Sean Byrne qui, pour son premier long-métrage, prend un prétexte de teen-movie pour venger les opprimés du lycée et torturer les play-boys glamours. Brent, un lycéen beau et glabre de 17 ans, est kidnappé par une camarade secrètement amoureuse qui, accompagné de son père, va lui faire vivre un bal de fin d'année redoutable entre deux coups de perceuse. L'argument est simple et la manière dont il est décliné est à la fois prodigieuse et inattendue, toujours sur le fil. Son atout, c'est un scénario très malin qui ménage autant les gags que les rebondissements et charrie des émotions parfois totalement contradictoires. Au premier degré, cela tient de la parodie teen spirit (la chambre parfumée et le journal intime de l'adolescente, les tensions incestueuses, la gaucherie des ados dans leur tentative de drague, le puritanisme des bals de fin d'année). Mais, derrière les images et donc les apparences, il reste une douleur indicible (le sexe sans passion, l'autodestruction, la mélancolie morbide).
A un âge où la découverte de la sexualité a son importance, le film traite également des ravages de l'imagination et de la cristallisation du désir (le titre "the loved ones"/ "ceux que l'on a aimés"). Si l'adolescente séquestre le plus beau garçon du bahut, c'est parce qu'il ne la regarde pas et méprise sa sensibilité de vierge suicidée. Si elle le torture, c'est uniquement pour que ce pur fantasme sexuel lui appartienne et qu'il se soumette à ses volontés les plus humiliantes - histoire qu'il devienne aussi monstrueux qu'elle. L'inévitable scène du repas familial a des allures de cauchemars Lynchiens avec des monstres ordinaires, descendants de la famille de Massacre à la tronçonneuse. Mais l'essentiel réside dans tout ce qui est caché. Une fois qu'il révèle les secrets, le film rend la réalité plus dérangeante. On peut déceler en creux le portrait d'une communauté aux prises avec des contradictions morales et des pulsions inavouables.Sans se prendre au sérieux, Byrne veut conserver l'humour coûte que coûte qui joue autant sur la stupéfaction générée par les atrocités (ça pousse le bouchon assez loin) que la dimension absurde (le climax final automobile - que l'on ne révèlera pas). Il a suffisamment compris les enjeux du film de terreur pour pouvoir faire mine de s'en détacher et les servir avec encore plus d'efficacité. Celui qui subit ce calvaire (Xavier Samuel qui tourne actuellement le troisième chapitre de Twilight) conserve la même tête d'adolescent endormi d'un bout à l'autre et c'est le spectateur qui est amené à souffrir pour lui.
INTERVIEW SEAN BYRNE The Loved ones a fait sensation au festival de Sitges l'an passé. A l'origine de ce phénomène, il y a Sean Byrne, un jeune Australien, qui avait envie de réaliser un film d'horreur sans budget prohibitif dont l'identité repose sur un mélange de déchirement amoureux, d'horreur soudaine, d'héroïsme ahuri et de romantisme de dernière minute. Il n'était alors qu'au balbutiement d'un incroyable buzz.
Comment est né The Loved Ones?
Je voulais créer une fusion possible entre Carrie (Brian de Palma, 1976) et Evil Dead (Sam Raimi, 1981) en situant un bal de fin d'années dans une maison hantée par des psychopathes et en faisant des éléments inhérents au phénomène (le décor kitsch, la robe du soir, la piste de danse et le couronnement du roi et de la reine) des instruments de tortures. Au premier stade de l'écriture, j'ai eu l'image d'un adolescent en sang, attaché à une chaise, au milieu des ballons jonchant le sol. Cette situation amenait à être développée: qui est ce mec ? Pourquoi est-il là ? Comment va-t-il réussir à s'en sortir?
Quelles sont vos influences?
Richard Linklater (Dazed and confused), James Cameron (Terminator), la comédie musicale Footloose et Walt Disney. Pour la scène de torture, je me suis inspiré de Reservoir Dogs, en misant sur la propension du spectateur à imaginer plus que ce qu'il se passe réellement. Pour la scène du repas en famille, je citerai David Lynch (Eraserhead et Twin Peaks, surtout) et Tobe Hooper (Massacre à la tronçonneuse). Et puis comment échapper à Mad Max, de George Miller qui proposait mieux que ce qui était possible avec le budget initialement pourvu.
Quelle est la part autobiographique?
Je me souviens que les meilleurs moments lors du bal de fin d'année se déroulent généralement avant de se rendre sur le lieu, la « before » dans la voiture. Créer ce personnage d'ami en retrait, un peu gauche, était ma manière de venger tous ceux qui, au moment de passer à l'acte, perdent leurs illusions en se rendant compte que la fille avec eux les considèrent juste comme de «bons camarades».
L'atout de The Loves Ones, ce sont les personnages plus substantiels que dans les productions horrifiques du tout-venant.
En fait, nous avons travaillé de telle manière que les personnages ne soient pas claquemurés dans les archétypes du film d'horreur. Au contraire, nous voulions leur donner une étincelle de vie, avec toutes les ambiguïtés que cela génère. L'ambiance sur le tournage était très détendu mais je répétais sans cesse aux comédiens que s'ils ne s'impliquaient pas dans leurs personnages et se contentaient de poser, alors personne n'aurait la moindre émotion ou empathie pour eux. Grâce à eux, j'emmène le spectateur derrière les portes fermées où l'on trouve les sociopathes et je lui propose d'être le témoin de tout : des moments de tuerie comme des vicissitudes de la vie de tous les jours. Le contexte est tellement barré que les moments du quotidien sont parfois plus éprouvants que les scènes montrant de l'horreur pure. Métaphoriquement, pour rester dans l'esprit du film, ça montre comment chacun doit apprendre à devenir un bon assassin. Dans n'importe quel film d'horreur, blesser quelqu'un peut faire mal. Dans The Loved Ones, blesser peut être drôlement réaliste.
LE BAL DES BOMBASSES
Le casting est l'autre atout de The Loved Ones. La preuve...
XAVIER SAMUEL (Brent)
Xavier Samuel n'a que 26 ans. Sean Byrne l'a découvert dans un film australien : September, de Peter Carstairs et lui trouve suffisamment de charisme pour lui confier le rôle principal. Bien que bâillonné et attaché à une chaise pendant une bonne partie du récit, ce jeune acteur révèle la bête cachée derrière son regard de playboy glabre, sans avoir à prononcer le moindre mot. Vu dans Twilight 3 - Hésitation, de David Slade.
ROBIN MCLEAVY (Princesse)
Robin McLeavy est plus connue comme actrice de théâtre. Selon Byrne, elle trimballe autant de solitude, de folie que de sex appeal. Dans The Loved Ones, elle joue « Princesse », une fille élevée par un père moralement douteux. Rose bonbon au-dehors, noir désir au-dedans.
VICTORIA THAINE (Holly)
Byrne l'a trouvée tellement incroyable pendant les auditions qu'il n'avait plus besoin de chercher : elle était Holly. Il a eu raison. Dans The Loved Ones, elle est suffisamment douée pour révéler la profondeur insoupçonnée d'une nana, ordinairement condamnée à être la petite amie du footballeur local. Avant de se faner comme une fleur.
RICHARD WILSON (Jamie) & JESSIE MCNAMEE (Mia)
Dans The Loved Ones, Richard Wilson incarne le meilleur ami de Brent. De la même façon que Victoria Thaine, il a été choisi pour l'intériorité de son jeu, en contraste avec un personnage qu'il aurait si facile de rendre superficiel et caricatural. Quant à Jessie, c'est l'objet de tous les fantasmes adolescents. Sean Byrne décrit Jessie McNamee comme «un putain d'oiseau cool avec une aile brisée» et c'était exactement ce qu'il recherchait.
CHOIX N°2 THE HUMAN CENTIPEDE
L'HISTOIRE : Spécialiste dans la chirurgie séparatrice des frères/soeurs siamois, le Dr. Heiter (Dieter Laser) décide de faire évoluer sa spécialité en suturant des êtres vivants entre eux. Il débute d'abord avec des rottweilers. Mais l'expérience étant un échec, il se tourne vers les êtres humains...
Tom Six a eu l'idée de The Human Centipede en se documentant sur les expérimentations dégénérées menées par les nazis sur les juifs et celles commises par les Japonais pendant la guerre sino-japonaise.
Un film comme Philosophy of a Knife (Andrey Iskanov, 2005) avait franchi le cap de l'explicite avec autant de virtuosité que de complaisance dans la mise en scène des tortures. Afin de se démarquer, Tom Six trouve une alternative habile en jouant avec les nerfs du spectateur. Pour lui, le chirurgien de son premier long métrage devait être un vieux nazi allemand. Cela peut paraître cliché mais c'est une manière de se moquer des préjugés et des archétypes. Ce parti-pris fonctionne à double-tranchant et annonce immédiatement la couleur de The Human Centipede qui navigue entre parodie et horreur. Le psychopathe Dr. Heiter, qui s'est réfugié loin de son pays d'origine, séquestre des victimes pour créer un «mille-pattes humain» en coupant les nerfs de leurs jambes pour qu'elles ne puissent pas marcher et surtout en cousant l'anus de la première personne à la bouche de la deuxième et l'anus de la deuxième à la bouche de la troisième. A l'arrivée, ça forme un mutant de sang et d'excréments. Afin de tester la validité de cette opération (réunir les trois tubes digestifs en un seul), Tom Six a demandé conseil à un chirurgien qui lui a confirmé en retour que c'était totalement faisable. L'expérience fonctionne comme prévu et cette réussite va provoquer chez Dr. Heiter une ivresse durable. Ce qui peut lui arriver après importe peu puisqu'il est parvenu à ses fins.
Au-delà de l'aspect provocant, il y a toujours une dimension tragique lorsqu'un film traite de la dégradation de l'homme par un homme. C'est le même schéma depuis Salo et les 120 journées de Sodome, de Pasolini, qui reste un modèle d'abjection pour tous les cinéastes spécialisés dans les déviances. Sans aller jusqu'au bout de son argument, Tom Six ne tombe pas dans ce qui aurait été facile (la boucherie obstétricale explicite) et conserve de bout en bout un ton assez dérangeant, ménageant la tension efficacement pendant une première partie avant de passer aux choses sérieuses. Dans la peau du chirurgien dont le passé est résumé par des photos collées sur des murs blancs, Dieter Vegas, un acteur d'outre-Rhin connu dans des rôles très différents, ressemble à Michael Shannon avec cinquante ans de plus. Grâce à lui (sa mine pâtibulaire de vieux requin blanc, ses expressions flippantes, son regard perçant), le film gagne un surplus d'ambiguïté. Sans doute pour éviter de paraître sérieux ou théorique, il se prive d'une réflexion plausible sur la nature du mal qui l'aurait rendu encore plus mortifère. Selon le souhait du réalisateur, c'est la première partie d'une trilogie. La deuxième qui devrait montrer une chaîne de quinze victimes dont les bouches sont cousues aux culs des autres, serait déjà en préparation. Mais, passé l'effet de surprise, il faut faire attention à ne pas devenir soi-même un phénomène de foire.
INTERVIEW TOM SIX
Tom Six n'a pas réfléchi à deux fois avant de se lancer dans la gueule du loup, autant par goût du risque que par amour des défis impossibles. Il s'est demandé dans un premier temps comment il était possible de représenter cette forme d'abjection au cinéma. Rapidement, lui viennent le concept du « mille-pattes humain » (trois personnes ont la bouche cousue au postérieur d'une autre) et le créateur de cette expérimentation punitive (un chirurgien dégénéré). Pour caractériser ce personnage, Tom Six repense à Marathon Man (inoubliable «Is it safe ?») et à ses plus grandes frayeurs (les docteurs nazis durant la Seconde Guerre Mondiale). En additionnant ces éléments, il élabore une intrigue ténue, au caractère potentiellement dérangeant.
Comment est née l'idée d'un tel concept?
Tout est parti d'une mauvaise blague potache que je balançais souvent à ses amis : « vous savez comment il faudrait punir ceux qui commettent des actes dégueulasses sur les enfants ? Il faudrait coudre leur bouche aux culs des gros camionneurs. Ce serait une vraie punition ! » Une fois la saillie lancée, ils ont tous eu la même réaction: c'est tellement dingue et dégueulasse que ça ferait une super idée de film d'horreur.
Quel en est le but?
Je voulais me moquer de films comme Saw que je trouve répugnants. Les deux filles s'enferment presque sciemment dans un piège. N'importe qui se serait déjà enfui rien qu'en voyant la tête de Dieter Laser, à qui j'ai d'ailleurs demandé de forcer le trait pour paraître encore plus effroyable. Ce n'est qu'après, une fois que l'opération a eu lieu, que le récit change de ton et devient un cauchemar plus sauvage.
Quelles sont vos références?
J'aime les premiers longs-métrages de David Cronenberg (Frissons, Rage et Chromosome 3, en particulier) pour les mutations organiques plausibles et Salo ou les 120 journées de Sodome, de Pier Paolo Pasolini. Un chef-d'oeuvre!
Est-ce exact que vous allez faire une suite encore plus trash?
C'est prévu, mais j'attends d'avoir plus de moyens pour parvenir à mes fins.
CHOIX N°3 : THE LOST
Bien mésestimé, The Lost est un grand petit film qui a révélé le talent indéniable de Chris Sivertson, dont la cote est hélas retombée dès son film suivant, le thriller I Know Who Killed Me, avec Lindsay Lohan, film sacrifié sur la table de montage, ratage évident mais qui ne méritait pas les tombereaux de mépris qui lui sont tombés dessus (le film a battu le record du plus grand nombre de Razzies Awards, jusque là détenu par le Showgirls de Paul Verhoeven). Des petits films indépendants de cet acabit, ça ne court pas les rues !
Au générique, on reconnaît toute une batterie de seconds couteaux typés (Michael Bowen, Ed Lauter, Dee Wallace Stone, Misty Mundae), tous plus ou moins issus de la série B ou Z, qui ancre d'entrée le film dans un univers à part. Celui de Ray Pye, un jeune paumé qui se prend pour une rock star et qui traîne son mal de vivre dans un petit bled de l'Amérique profonde. Un soir, alors qu'il est en train de vider des cannettes de bière avec deux amis, un garçon et une fille totalement sous son emprise, il surprend deux campeuses lesbiennes et leur tire dessus. Quelques années plus tard, alors que la seule survivante vient de décéder après quatre ans de coma et que Ray Pye a fait jurer le secret à ses amis, la police ressort l'enquête et cherche à titiller Pye, suspect principal d'un crime aussi sordide que gratuit. Le jeune homme, de plus en plus miné par ses névroses et son passif, est désormais une bombe à retardement ambulante qui menace d'exploser au moindre incident...
De son plan d'ouverture, où la caméra colle littéralement au train d'un Ray Pye à la démarche résolue mais un poil chancelante, à son plan final, où le visage ravagé du jeune homme hurle sa folie destructrice à la face du spectateur, The Lost ne lâche pas son personnage principal, ne s'autorisant que quelques apartés sur des protagonistes secondaires pour mieux dépeindre la vie de la petite communauté dont Ray Pye va irrémédiablement changer le quotidien. Apartés parfois cocasses (voir le personnage de vieux séducteur incarné par Ed Lauter ou l'imitation du Robert Shaw des Dents de la mer par Michael Bowen), parfois émouvantes, qui fonctionnent comme autant de respirations à l'intérieur d'un récit avant tout axé sur la description d'un cheminement inexorable vers la folie et la mort. D'ailleurs, plus le film avance et plus Sivertson semble faire fusionner ses images avec la psyché déliquescente de son héros, multipliant jump-cuts, transparences et accélérations, notamment lors des crises de rage de Pye. De même avec la bande-son, les chansons rock qui accompagnent les exploits du héros reflétant avant tout son état d'esprit, et notamment l'impression de puissance et de libération qui l'habite lors du déchaînement de violence final. On notera d'ailleurs au passage l'interprétation survoltée, constamment sur le fil du rasoir, du jeune Marc Senter, qui habite le rôle de Ray Pye avec une intelligence et une abnégation plutôt rares, totalement au service du projet de son metteur en scène. Bref, voilà un grand petit film qui en remontre à beaucoup de petits grands et qui a révélé le talent indéniable de Chris Sivertson. Hélas, la cote de ce dernier est retombée dès son film suivant, le thriller I Know Who Killed Me, avec Lindsay Lohan, film sacrifié sur la table de montage, ratage évident mais qui ne méritait pas les tombereaux de mépris qui lui sont tombés dessus (le film a battu le record du plus grand nombre de Razzies Awards, jusque là détenu par le Showgirls de Paul Verhoeven). Des petits films indépendants de cet acabit, ça ne court pas les rues !
EN PLUS...
Les amateurs de son oeuvre l'auront sûrement remarqué, l'écrivain Jack Ketchum intéresse beaucoup le monde du cinéma.
Auteur d'une poignée de récits éprouvants (parmi lesquels The girl next door ou The Lost), Jack Ketchum est aussi l'auteur de Red, récit d'une vengeance pas comme les autres. Celle de Ludlow, un vétéran habitant une paisible ville, qui n'a plus que pour seul compagnon son chien Red. Quand celui-ci est abattu froidement par une jeune graine de tueur, forcément, le vieux Ludlow voit rouge... Un vieil homme solitaire (Brian Cox) vit avec son chien dans une maison de campagne. Ce chien, qui s'appelle Red, est sa seule raison de vivre et la seule chose au monde qui le rattache à sa femme défunte. Alors qu'il pèche au bord de l'eau, sa quiétude est agressée par trois adolescents désœuvrés. L'un d'eux sort un fusil et plombe le chien sous les yeux traumatisés de son maître. Sous le choc, il est bien décidé à retrouver les jeunes responsables pour leur faire payer. Oui mais comment ? S'ensuit une lente descente aux enfers qui va prendre des proportions inouïes dans la petite bourgade jusque là paisible. D'un bout à l'autre, Red fonctionne sur un rythme inerte, étrangement atone, comme endormi alors qu'il est censé se dérouler des événements intenses. Mais cette torpeur est moins un effet de style ou une volonté de minorer le suspense pour jouer la carte de la sobriété stylistique que le fruit d'une incompatibilité entre un cinéaste trop radical (Lucky McKee) et ses producteurs trop exigeants, bien décidés à ce que ce dernier respecte le cahier des charges. Brian Cox, acteur brillantissime, lui-même coproducteur de Red (il serait intéressant de savoir comment il est intervenu dans cette affaire de divergence artistique et s'il a soutenu McKee ou pas), donne une vraie consistance à son personnage de papy cowboy cabossé qui se complait aveuglément dans une vengeance pour sauver l'honneur de son chien et à travers lui tout ce qu'il incarne (le reste de sa famille, décimée par les vicissitudes). Une longue scène de confession où tout un pan de vie est résumé à travers un monologue éclaircit les motivations jusqu'au-boutistes de cet homme. Mais dès lors que l'on sort de ce portrait, les autres caractères n'ont pas de place pour exister et les acteurs ne peuvent pas les défendre même s'ils sont excellents. Bien que tourné comme un téléfilm propre sur lui, Red est pourtant loin d'être une purge à oublier au plus vite. Entièrement centré sur la performance touchante de Brian Cox, sûrement conscient de tenir là l'un de ses plus grands rôles, Red décrit avec force la psychose d'une micro-société rongée par le remords ou la violence. Logique donc que lorsque les choses se gâtent, que la poudre parle, cette dernière ne serve finalement pas d'exutoire. Pas une réussite totale, au final, mais une intéressante variation sur un thème qu'abordait le Gran Torino de Big Clint.
The Girl Next Door de Gregory Wilson est également tiré d'un roman de Jack Ketchum. Le nouveau Stephen King pour les amateurs de bonnes soirées Halloween?
Des éléments très certainement hérités du roman original préparent ingénieusement le terrain au spectacle auquel nous allons assister. Très tôt sont ainsi explicitées cette violence inhérente aux jeux d'enfants mais aussi la candeur dans laquelle baignaient les Etats-Unis d'alors, juste avant que ne soit propagée la "peur du Rouge", surtout dans ce genre de petites villes de province ("même le Mal paraissait être le Bien"). En s'inspirant donc d'un fait réel, Jack Ketchum a apporté à son histoire un réalisme nécessaire et qui, en plus, lui permet de mettre en lumière la part d'ombre qui peut se cacher derrière ces façades soignées. Mais ce que nous retiendrons surtout de l'intelligence de l'écriture, c'est la caractérisation qui est faite du personnage de Ruth, la tante psychotique. Parce qu'il s'agit au premier abord d'une véritable salope (pardon pour l'expression, mais il n'y a pas d'autre mot), le portrait qui est dressé d'elle est très certainement le plus fouillé parmi l'ensemble des personnages, faisant d'elle sans conteste le rôle le plus intéressant. D'autant que tous les autres, hormis David dont les interrogations et l'évolution psychologique comptent pour beaucoup dans l'histoire, sont traités de manière un peu trop monolithique. Mais pas Ruth, dont la "plus complexe qu'il n'y paraît" personnalité se dessine par petites touches toutes plus révélatrices les unes que les autres.
S'il jouit donc d'une origine prestigieuse, The Girl Next Door n'est malheureusement au final qu'un téléfilm plus malsain que ce que l'on peut voir d'ordinaire à la télévision, bénéficiant heureusement d'un scénario solide et cela même si sa morale de fin est un peu douteuse. L'ensemble se suit donc honnêtement et se révélera un entraînement parfait pour ceux qui n'osent pas encore tenter l'aventure du torture-porn plus extrême !
CHOIX N°4 : FROZEN
L'HISTOIRE : Frozen suit trois amis partis aux sports d'hiver et qui, par manque de liquidités, choisissent une toute petite station de ski pour avaler quelques descentes. Mauvaise idée car la surveillance n'y est pas très poussée et, une fois la nuit tombée, les vacanciers se retrouvent abandonnés sur un télésiège, perchés à plus de vingt mètres de haut.
Inconnu en dehors des Etats-Unis, Adam Green s'est imposé en une poignée de films comme un réalisateur à suivre de très près. Sa marque de fabrique ? Des petits films d'horreur qui se font remarquer de festivals en festivals, qui permettent de rembourser un budget microscopique, et qui atteignent une position de films cultes assez vite. Son premier essai dans le genre était l'hommage au slasher des années 80 avec Hatchet, film débile et ultra-gore. Son deuxième long, coréalisé avec Joel David Moore (Norm d'Avatar), était Spiral, une très intéressante plongée dans l'esprit d'un timide maladif. Mais Frozen élève la barre à un tout autre niveau. Pour une fois, Green n'est pas limité par son budget, car il n'en a pas besoin pour raconter son histoire. Une histoire simple reposant sur le fameux pitch « ça pourrait arriver à tout le monde » : trois amis sont coincés sur un remonte-siège au milieu de la nuit.
Bien heureusement, le film ne devient pas un Open Water à la montagne, c'est à dire un film horriblement mal réalisé et complètement chiant. C'est bien là toute la réussite de son Frozen : Green utilise son décor, la simplicité de l'histoire et trois comédiens exceptionnels pour nous transporter totalement. Tous ceux qui sont allés à la montagne au moins une fois dans leur vie connaissent cette phobie de se retrouver coincés, et il suffit à Green de quelques plans pour emballer une situation intense. Dès que le remonte-siège s'arrête et que les lumières de la station s'éteignent, le spectateur est emporté par l'histoire et les personnages. Le fait que Green réalise son film avec une grande classe y est pour beaucoup : les effets old school, l'absence relative d'effets spéciaux abondants et l'originalité du film marchent à merveille. Pas d'écran vert, pas de câbles, pas de tromperie : nos trois héros sont bel et bien sur un remonte-siège, meurent de froid, et cette réalité est saisissante. Ce travail porté sur le sens du détail et comment mettre en scène cette aventure qui tourne à l'horreur ne fait pas tout. La moitié de la réussite du film est à mettre sur le dos du trio en têtes d'affiches, tous impeccables et très crédibles. Que ce soit dans une introduction où pour une fois les jeunes adultes ne sont pas des gros fêtards abrutis qui se mettent dans un pétrin parce qu'ils sont idiots (ici, ils veulent juste profiter une dernière fois de la montagne avant de repartir), ou quand ils sont coincés sur ce petit télésiège, le spectateur est complètement impliqué car il éprouve une sympathie hors-norme pour Dan, son meilleur ami Joe, et sa fiancée Parker. Les scènes que l'on a l'habitude de voir dans les films d'horreur (et même dans Hatchet) ne sont pas de mise. Il n'y a pas de jalousie, pas (ou peu) d'engueulades, et jamais quelqu'un n'essaie de s'imposer en tant que leader. La réalité est bien là : le télésiège est trop haut pour qu'un d'eux puisse sauter sans s'exploser les jambes, le froid leur glace le visage, leur peau commence à geler, le câble métallique peut couper leurs doigts.
Le travail de Kevin Zegers (L'Armée des Morts), de Shawn Ashmore (X-Men 2) et de la nouvelle venue Emma Bell (Supernatural) est de nous montrer à quel point cette situation semble impossible à gérer, et que toutes les issues semblent mortelles. Le réalisme de leurs interprétations dépasse le « que feriez-vous si vous étiez sur ce télésiège ? ». Vous n'y pensez même plus tant vous voulez les voir trouver une solution par eux-mêmes, sans jamais penser (du moins pas avant le générique de fin) à ce que vous auriez fait dans cette situation. Évitant ainsi toute forme de grand-guignolesque, Green signe un film pur qui reste sur son sujet (et sur son télésiège). Le réalisateur a plusieurs fois l'occasion de sortir de ce cadre claustrophobe suspendu à un simple fil en métal, mais choisit toujours ce qui prime : l'émotion qui se dégage de ses acteurs. Il n'y aura pas de poursuites, pas de déferlement de gore, pas vraiment d'action. Et c'est ce qui rend Frozen encore bien meilleur. Il est difficile de parler du film sans en raconter les péripéties, et c'est pourquoi il doit être vu dans les meilleures conditions possibles. Ne regardez pas la bande-annonce, ne lisez pas les critiques sur internet (celle-ci étant certifiée sans spoilers, vous êtes sains et saufs !), et croisez les doigts pour que le film soit distribué en France. Accessible et intense, il pourrait bien s'agir du meilleur film d'horreur de l'année 2010.
CHOIX N°5 SERBIAN FILM
A Serbian Film, de Srdjan Spasojevic, plonge dans l'univers sordide du porno snuff, comme une conséquence de plusieurs années d'exactions et de guerre du Kosovo.
Au départ, on suit un acteur porno serbe sur le déclin (Srdjan Todorovic, repéré dans Chat noir, chat blanc d'Emir Kusturica), vivant paisiblement avec sa femme et son garçon de cinq ans. Un jour, il se voit confronté, grâce à une ancienne collègue consciente de sa nécessité de gagner de l'argent, à une proposition alléchante. En échange d'une somme colossale, il doit participer au tournage d'un porno spécial dont il ne sait rien du scénario. Sans le savoir, il signe un pacte avec le diable et se retrouve en plein snuff où les participants ont été recrutés dans des quartiers miséreux et dont les principales victimes se révèlent des femmes et des enfants. En toile de fond, c'est la crise Serbe qui frappe les plus démunis et poussent ceux qui tentent de se sortir d'un système impitoyable dans leurs ultimes retranchements. Srdjan Spasojevic, à la fois co-scénariste, producteur et réalisateur, se défend d'appartenir à cette mouvance basée sur la dégradation et le voyeurisme en expliquant que le genre était un moyen de tirer la sonnette d'alarme sur un pays sans repères, au ban de la communauté internationale depuis l'éclatement de la Yougoslavie, affaibli par les guerres civiles. Mais aussi sur l'impossibilité de faire un cinéma différent en Serbie: «C'est comme si nous étions des marionnettes... Il y a cinq ans, le scénariste et moi-même, nous nous sommes rencontrés pour créer ensemble un film reposant sur nos frustrations. Nous ne voulions pas provoquer pour provoquer, nous voulions juste mesurer notre liberté en allant le plus loin possible». Sur place, il semblerait pourtant que A Serbian Film suscite moins de débats. Apparemment, le directeur de Film Serbia Center, principal organe culturel et cinématographique de l'État, aurait confessé à son sujet que «la violence montrée à l'écran était nécessaire pour traduire l'histoire du pays et des troubles qu'il traverse» (sic).
Avant A Serbian Film, il y a eu dans la production serbe Zone of the dead, un film de zombie complètement raté et surtout The Life and Death Of A Porno Gang qui annonçait la couleur extrême. Ce film de Mladen Djordjevic se focalise sur des acteurs de porno théâtral qui musardent à travers la campagne, meurtrie par la guerre, et basculent inéluctablement dans l'univers du snuff. Comme s'ils étaient les produits de leur environnement. A Serbian Film est parcouru par une image filée du viol, comme si en dirigeant un personnage, il pouvait le manipuler impunément. Un moyen pour lui de fustiger l'absence de soutien du gouvernement, le refus de l'autorité. Les effets spéciaux - notamment lors de la scène du viol du nouveau-né - ont été assurés par Miroslav Lakobrija, décrit par le réalisateur comme un "Tom Savini Serbe". A ceux qui supposent la surenchère crapoteuse et complaisante, Spasojevic répond qu'il amplifie la réalité et accumule sciemment tous les problèmes. Amoureux du cinéma de genre, en particulier de cinéma américain des années 70, il utilise des métaphores organiques (utiliser un corps pour le mettre à nu et lui faire faire des choses) comme David Cronenberg en son temps, sa vraie influence sur A Serbian Film : «Je voulais retrouver le cinéma américain post-Viêtnam des années 70 où les convulsions et les traumatismes de l'époque ont provoqué des chefs-d'oeuvre et convoqué des talents comme Brian De Palma, Martin Scorsese, John Carpenter, John Milius, Paul Schrader... C'est la même démarche plus tard et ailleurs.». Au niveau des influences, Spasojevic revendique celles de Roman Polanski, Brian de Palma, William Friedkin, en particulier Cruising - que des cinéastes fascinés par l'ambiguïté sexuelle et morale, la claustration, la schizophrénie. En termes d'écriture, les inspirations restent Garth Ennis, Grant Morrison et Warren Ellis, des auteurs de roman graphique: «Si je devais chercher un film qui provoque la même réaction que A Serbian Film, ce serait Cannibal Holocaust. On a perdu l'habitude de faire des films comme ça, qui osent repousser les limites. Mais on n'avait pas cette idée en tête. On avait juste une histoire à raconter. Mes films préférés sont ceux dans lesquels je ne sais pas dans quelle direction cela va évoluer. L'art ne devrait connaître aucune limite car il s'agit d'une expression cathartique et donc libératrice. Plus l'art est sauvage, plus la réalité devient un soulagement».
INTERVIEW ALEKSANDAR RADIVOJEVIC, SCENARISTE
A Serbian Film reste le scandale cinéma de 2010. Mais pourquoi une telle haïne?
Quelles sont vos influences ?
Videodrome, de David Cronenberg. Les parallèles sont évidents, ne serait-ce que dans la nature du sujet et le concept d'un snuff movie politique manipulateur. C'est aussi l'un de mes films préférés. L'atmosphère et la morale du récit viennent en revanche d'Angel Heart, d'Alan Parker. J'ai également pensé à des grands films malades et dépressifs des années 70 où, à chaque fois, un personnage est condamné à l'avance. Tout le reste vient surtout du sentiment d'urgence, de la nécessité impérieuse de représenter une réalité déplaisante que l'on a essayé de mixer aux codes du film d'horreur.
Pour vous, le snuff movie relève du mythe ou de la réalité?
Il doit en exister. Mais je n'en ai jamais vu sauf des faux dans les Face à la mort. Eli Roth a certainement entendu parler d'une réalité, à savoir que des hommes riches payent pour exaucer des fantasmes morbides, pour réaliser ces deux Hostel. Sans le savoir, il a touché quelque chose de concret.
Quelle est la pire vidéo que vous ayez vu?
Probablement celle que PETA a diffusée sur Internet, montrant des massacres commis sur des chiens et des chats par des chinois. C'est du sadisme, dans ce qu'il a de plus intolérable. J'ai été tellement écœuré que je ne veux plus jamais revoir ça.
Que voudriez-vous que le spectateur retienne de A Serbian Film?
Qu'il a vécu une expérience et que ce choc a besoin d'être digéré. Le film concentre beaucoup de haine et de frustration, en dépeignant un environnement hostile. Au-delà des images, il faut que le spectateur réalise que l'on parle avant tout de la dépravation du monde actuel. Il peut aussi le prendre comme une réflexion sur le cinéma, en réaction aux documentaires politiquement corrects tronquant la réalité pour maintenir des illusions.
Partagez-vous l'idée que plus l'art est violent, plus la réalité devient un soulagement?
C'est exactement ça. A serbian film a une fonction cathartique : il ne montre pas la réalité mais une réalité amplifiée par le cinéma rassemblant toutes les mauvaises énergies. Le cinéma doit servir de douche froide et ne constitue pas nécessairement qu'un simple moment agréable à passer.
CHOIX BIS : DEAD SNOW
Un pur ride bis, à consommer obligatoirement en troupe pour en apprécier les effets.
Un groupe d'étudiants part occuper ses vacances dans un chalet de montagne en Norvège. Sur place, ils ne tardent pas à recevoir la visite d'un vieil homme inquiétant, qui leur explique tout simplement que l'endroit est hanté par les fantômes d'un bataillon nazi, chassé voilà plus de 50 ans par une populace locale en furie. Bien entendu, les jeunes inconscients ne croient pas un mot de l'histoire, jusqu'à ce qu'ils fassent joujou avec les trésors de guerre de l'armée allemande... Ils ont été nombreux depuis vingt ans, les prétendants au trône de la comédie horrifique ultime, occupé sans contestation par le Braindead de Peter Jackson. Surprise, c'est peut-être bien d'un autre pays discret dans le domaine que vient l'un de ses plus sérieux challengers. Réalisé par un quasi-inconnu (Tommy Wirkola, auteur de la parodie balourde de Kill Bill, Kill Buljo), Dead Snow cumule tous les ingrédients qui ont fait le succès de la comédie zombiesque du gros barbu.
Passé une première demi-heure d'exposition qui ne dépasse pas le cadre de la comédie teenage potache, le film décolle littéralement avec l'arrivée de ces zombies nazis furibards, emmenés par un commandant foutrement cinégénique. Le cadre neigeux apporte un vent de fraîcheur à la lutte goresque qui s'engage entre des héros apeurés, mais pleins de ressources, et un bataillon prêt à les étriper au sens propre du terme. Dead Snow ne lésine ainsi pas sur les péripéties à base de vidage d'intestins, de décapitations inopinées et, cerise sur le gâteau, de massacre à la tronçonneuse particulièrement sauvage. Le film atteint un équilibre assez rare entre premier et second degré, grâce à un scénario qui une fois lancé, ne s'embarasse pas d'intrigues secondaires.
LES PROCHAINS BUZZ
THE WARD, de John CARPENTER
C'est le revival le plus attendu de l'année pour tout ceux qui aiment le cinéma de genre. Le coupable ? John Carpenter. The Ward marque le retour du cinéaste après Ghosts of Mars en 2001. Il faut dire que le retour de John Carpenter a été mûrement réfléchi et le cinéaste a pris le temps de revenir, après que les critiques concernant Ghosts of Mars l'aient touché. Pour The Ward, Carpenter a déclaré avoir eu " de nombreux choix à faire. Mais [il] a appris un tas de choses pendant ce tournage. " Au casting, nous retrouverons Amber Heard, révélée dans l'excellent film d'horreur Tous les garçons aiment Mandy Lane. Cette fois-ci, la scream queen sera Kristen, une belle jeune femme capturée dans un mystérieux hôpital psychiatrique. Elle ne se souvient absolument pas de son passé. Quatre autres femmes se retrouvent enfermées avec elle, sans le moindre souvenir également. Le lieu se révèle être de plus en plus effrayant et Kristen décide de s'enfuir.
THE PERFECT HOST, de Nick TOMNAY
John (Clayne Crawford) est un fugitif, il venait de commettre un vol dans une banque dans le but de payer des soins hospitalier pour sa copine (Megahn Perry) qui souffre à une jambe, car les assurances ne la couvrent pas. John, blessé à un pied suite à son vol, tente de trouver un endroit où il peut se cacher. Malheureusement pour lui, il tombe sur Warwickn (David Hyde Pierce), un personnage avec une imagination disjonctée. Warwick vit seul, mais pas totalement seul dans sa tête. Premier long-métrage de l'américain Nick Tomnay - en réalité le remake en version longue de son court-métrage The Host -, cousu sur un canevas connu (le prédateur est pris au piège par plus dangereux que lui), The Perfect Host veut marquer les esprits...
BLACK DEATH, de Christopher SMITH
Enfin ! Le génial réalisateur britannique Christopher Smith (Creep, Severance) débarque avec Black Death ! Alors que la première épidémie de peste bubonique ravage l'Angleterre, un jeune moine nommé Osmund (Eddie Redmayne) reçoit la mission d'accompagner un groupe de chevaliers, menés par le rustre Ulric (Sean Bean), pour enquêter sur d'étranges phénomènes se produisant dans un petit village reculé. Il semblerait en effet que, en ce lieu, les morts reviennent à la vie. Comprenant que cela est le fait d'un nécromancien ayant un lien particulier avec le village, ils se lancent à sa recherche et finissent bientôt par le trouver en la personne de la mystérieuse beauté Langiva (Carice van Houten). Mais quand Osmund, déchiré entre son amour pour Dieu et celui pour une jeune femme (Kimberley Nixon), accepte de passer un pacte avec la nécromancienne, l'horreur de son véritable voyage ne fait que commencer...
DREAM HOME, de Pang Ho-Cheung
Avec ce slasher ultra-violent, Pang Ho-Cheung impressionne par l'inventivité des meurtres, son sens de l'image (photographie léchée, très clinique et froide, usage des effets numériques intelligents), la vivacité du montage. La base sociale du script permet au cinéaste de dresser un terrible portrait du Hong-Kong contemporain avec ses loyers en hausse constante. Son film peut ainsi se voir comme une fable d'un immobilier aux tarifs exhorbitants. Son héroïne devient un monstre moderne, pur produit d'une société déraisonnée.
COLD FISH, de Sono SION
Sono Sion n'opère pas dans les catégories usuelles des fabricants d'images. C'est sans doute pour cette façon que ses oeuvres - les plus inventives que l'on ait vu depuis ces dix dernières années - sont constamment ignorées en France. Tout juste, Suicide Club a-t-il connu une sortie DVD. C'est son film le plus connu et le plus représentatif de sa démarche artistique : simuler les codes du fantastique et de l'horreur pour inviter à une réflexion mélancolique sur notre rapport aux autres. Ceux qui ont vu à la Mostra de Venise ce Cold Fish sont unanimes : c'est son meilleur film.
THE DOOR, de Anno SAUL
D'ordinaire habitué à un registre plus léger (Kebab Connection, 2005), le réalisateur allemand Anno Saul a orchestré avec The Door un mélodrame fantastique qui brasse de grands thèmes (le deuil, la rédemption, la culpabilité). Bien que le traitement soit totalement différent, le postulat de base rappelle Antichrist (Lars Von Trier, 2009) : un enfant meurt au moment où son père et sa maîtresse font l'amour. D'emblée, le spectateur est happé par une tristesse de gueule de bois mortifère. Heureusement, le récit évolue vers d'autres sphères. En se perdant dans un dédale labyrinthique, le personnage principal franchit un portail lui donnant la possibilité de se racheter comme s'il passait un pacte Faustien. Coincé dans un paradoxe temporel, il devient quelqu'un d'autre et en même temps lui-même. Le revers de la médaille, c'est que ces doubles doivent tuer les anciennes versions d'eux-mêmes. Grand prix du dernier festival de Gérardmer
SLICE, de Kongkiat Komesiri
Tour à tour drame élégiaque, polar sanglant ne cachant pas son admiration pour le cinéma de Dario Argento et Brian de Palma, et suspense accrocheur calibré comme un film du samedi soir, Slice est une énorme révélation. Si les premières minutes de ce film thaïlandais sont consacrées aux agissements d'un mystérieux tueur habillé de rouge, le film de Kongkiat Komesiri bifurque rapidement vers la chronique touchante et intimiste d'une enfance brisée. Et nous fait découvrir, à coups de flashbacks, cette autre histoire qui entre en résonance avec un présent encore plus désenchanté. L'enquête dans Slice est menée comme un compte à rebours, et aboutit à un twist absolument incroyable, et pourtant d'une parfaite logique.
SAVAGE, de Brendan Muldowney
Paparazzi, Paul subit, en revenant d'un rendez-vous romantique, une agression sauvage dans une ruelle sombre. Battu, castré, il sort traumatisé de cette épreuve. Son parcours sonne familier pour quiconque a déjà vu un rape & revenge basique. Toutefois, ce premier film de Brendan Muldowney a l'intelligence d'appliquer ce schéma narratif à un homme pas très viril, privé d'un coup de toute masculinité. Et c'est en essayant, par tous les moyens, de la retrouver, qu'il va s'enfoncer dans un abîme de désespoir et de violence, qui culmine dans un final ultra brutal. Même si Savage manque de subtilité et d'équilibre (la performance de Darren Healy éclipse tous les autres personnages), c'est une oeuvre marquante et sans concessions.
INK, de Jamie Winans
Bien qu'il sorte de nulle part et malgré son petit budget (250 000 dollars), Ink a de la gueule, du début à la fin, Jamie Winans, qui cumule les postes de réalisateur, scénariste, producteur, monteur et compositeur, a créé un monde parallèle, où deux factions qui contrôlent nos rêves et cauchemars se battent pour récupérer l'âme d'une petite fille... Bourrée d'idées visuelles et de séquences d'anthologie (un combat en intérieur où tous les meubles brisés se reconstituent aussitôt, une « réaction en chaîne » hypnotique et spectaculaire), cette pure œuvre fantastique pâtit d'un montage hystérique, de filtres trop agressifs et de dialogues naïfs. Mais la puissance d'évocation et le caractère rafraîchissant du projet emportent au final l'adhésion.
SUPER, de James GUNN
Lorsque Frank D'Arbo, chômeur désespéré, découvre que son ex-femme junkie est à la merci d'un séduisant dealer, il ne trouve pas le courage de faire changer les choses. Suite à un inattendu don de Dieu, il se découvre du courage et afin de faire revenir son ex, il décide de combattre le crime sous le nom de Crimson Bolt, bientôt aidé par une employé de boutique de comics devenue son acolyte, Boltie. La nouvelle comédie de James Gunn (Horribilis) avec Ellen Paige, récemment vue dans l'excellentissime Inception.
VANISHING ON 7TH STREET, de Brad ANDERSON
L'histoire : Une mystérieuse panne des rendements mondiaux a amené la population à disparaître, ne laissant que leurs vêtements et leurs possessions. Un petit groupe de survivants est réuni dans une taverne sur la 7th Street, essayant de combattre l'apocalypse. Et rapidement ils réalisent qu'ils sont peut être les derniers êtres vivants, les ténèbres les ayant laissés seuls... Ce pitch, fort classique, est décrit comme un thriller psychologique étant donné qu'il se basera très longuement sur les relations entre les survivants et sur leur signification de l'existence. Et nous pouvons donc faire confiance à Brad Anderson, réalisateur du profond The Machinist, pour creuser dans ce sens, d'autant qu'il dirige Hayden Christensen, Thandie Newton et John Leguizamo, qui sont loin d'être des débutants.
RED HILL, de Patrick HUGHES
Un jeune shérif s'installe avec sa femme enceinte dans la petite bourgade de Red Hill afin de mener une vie tranquille. Le lieu est rapidement menacé par une horde de hors-la-loi patibulaires, évadés de prison. Après Wolf Creek et The Loved Ones, voici la nouvelle claque en provenance du pays de Hanging Rock dont l'atmosphère crépusculaire évoque les néo-westerns australiens à l'instar de The Proposition (John Hillcoat, 2005) et L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford (Andrew Dominik, 2007). Au casting, on retrouve Steve Bisley, mémorable dans le premier Mad Max, et surtout Ryan Kwanten, alias Jason dans la série True Blood.
INSIDIOUS, de James WAN
Un premier cliché du nouveau James Wan (Saw), paru sur le net il a à peine quelques semaines, confirme que le réalisateur ultra-doué est de retour et pour de bon ! L'histoire de son nouveau cauchemar ? Une famille découvre avec horreur que leur fils dans le coma attire les créatures maléfiques tandis que sa conscience reste prisonnière...

L'histoire : Brent, un lycéen beau et glabre de 17 ans, est kidnappé par une camarade secrètement amoureuse qui, accompagné de son père, va lui faire vivre un bal […]
