Ecclectisme quand tu nous tiens. Tel semble en effet être la volonté d’
Isabelle Huppert, présidente du Festival de Cannes 2009 qui loin d’un jury 100% ciné, a souhaité s’adjoindre les services de l’écrivain et dramaturge britannique, Hanif Kureishi. Un spécialiste de l’écrit et habile observateur des moeurs de ses semblables qui s’est depuis longtemps attiré les bonnes grâces du monde du 7e Art.
Cinéma et littérature vont souvent de pairs. Et s’associent pour le meilleur comme pour le pire. «
Réaliser un film ou écrire un livre, c’est s’offrir en cible aux balles crépitantes des spectateurs ou des lecteurs ». Kureishi parle en connaissance de cause. Auteur de romans, nouvelles, scenarii et pièces de théâtre, ses œuvres ont rarement suscité l’indifférence. Sans doute parce que, anticonformiste dans l’âme, Kureishi sait viser juste…
Né à Londres en 1954 d'un père pakistanais et d'une mère anglaise, Hanif Kureishi passe son enfance et sa jeunesse dans la banlieue londonienne xénophobe des années 60. Avec son père, également écrivain, il se lance très vite dans l’écriture. Plus tard, étudiant la philosophie à l'Université, il vit au quotidien ce même racisme ordinaire qui cherche à lui nier sa quête d’appartenance à la société britannique. Une prise de conscience identitaire qui deviendra très vite un de ses thèmes de prédilection.
Pour l’heure, il collabore au Royal Court Theatre. Et signe bientôt le scénario, en 1984 de
My beautiful Laundrette. L’histoire d’un gay pakistanais dans le Londres des années 80 sur fond d'homophobie et de racisme que porte à l'écran le réalisateur Stephen Frears. Un premier essai en forme de coup de maître : le film remporte le New York Film Critics Best Screenplay Award. Avant d’être nommé aux Oscars pour le prix du meilleur scénario. Une réussite que retrouve le tandem, trois ans plus tard, avec
Sammy et Rosie s'envoient en l'air qui parle cette fois de préjugés ethniques.
Malgré le succès, Kureishi préfère toutefois s’orienter vers une carrière de romancier. Et continue, à travers ses livres, à s’interroger sur l’immigration et l’intégration via sa propre appartenance anglo-pakistanaise et londonienne. Un questionnement que l’on retrouve dans ses premiers romans :
Black Album et
Le bouddha de banlieue qui remporte le Whitbread Prize du meilleur premier roman en 1990 (avant d’être adapté sous la forme d'une série télévisée ; une BO de David Bowie en prime !).
Chroniqueur contemporain, Kureishi, entre cynisme et humour noir, livre ainsi le visage d’une autre Angleterre. Et surtout de sa capitale, Londres. Tant cette ville garde une place privilégiée dans l’œuvre de l’auteur. Conteur du quotidien, les romans de Hanif Kureishi reflètent une société britannique en pleine déliquescence. Mais animée par la foi d’une faune urbaine cosmopolite et désabusée.
Sa production littéraire devient du coup une source d’approvisionnement reconnue pour le cinéma. En 1997, c’est son premier recueil de nouvelles qui est adapté par le réalisateur Indien Udayan Prasad avec son film
My Son the fanatic, une réflexion sur l’intégrisme en Angleterre. En 2001, c’est le succès de son roman
Intimité (sur les thèmes de la sexualité et de la famille) que met en scène Patrice Chéreau. Avec à la clé, la même reconnaissance artistique : le film remporte successivement l'Ours d'or du meilleur film, l'Ours d'argent de la meilleure actrice pour Kerry Fox, le Prix Louis Delluc et une nomination au César du meilleur réalisateur en 2002.
Une fois de plus, les personnages atypiques et terriblement humains de Kureishi ont nourri à merveille l’univers cinématographique. À l’instar, en 2003, de
The Mother, portrait d'une vieille dame en pleine renaissance amoureuse, à son tour adaptée sur grand écran par le réalisateur Roger Michell. Et qui vaut à son interprète, Anne Reid, le Prix de Meilleure Actrice, en Angleterre.
Fait Commandeur de l’Empire Britannique pour son oeuvre littéraire, Kureishi apparaît aujourd’hui comme un incontournable de la littérature contemporaine britannique (et plus largement anglo-saxonne). Un écrivain pragmatique dont les écrits sont le parfait reflet doux-amer de son époque. Un observateur brillant et juste, loin de toutes considérations « politiquement correctes ». Mais apte à révéler la véracité d’une réalité crue que beaucoup ne préfèrent pas voir. Avec en prime, un réservoir de personnages et de situations plus vraies que nature. Et que le 7e Art ne peut ignorer.
En figurant parmi le jury cannois de cette cuvée 2009 (Kureishi a déjà été membre jury au Festival de Venise en 1992), la présidente
Isabelle Huppert s’offre ainsi les services d’un œil aiguisé et intègre qui saura, sans nul doute, faire honneur à cette 62ème édition.