Par Vivien Lejeune - publié le 20 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 20 octobre 2009 à 18h48 - 1 commentaire(s)
Harry Potter et le Prince de sang mêlé semblait être le roman le plus « scénarisé » de toute la saga de J.K. Rowling… Bien que dense, il propose une trame narrative moins éparpillée que ses prédécesseurs et s’appuie essentiellement sur l’évolution du relationnel entre les personnages (l’éternel trio Harry, Ron, Hermione en proie aux affres de l’adolescence d’une part, et le lien - de plus en plus profond - entre Harry et Dumbledore de l’autre) ; tout en nous dévoilant progressivement le sombre passé de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Alors que les bases de l’affrontement final se mettent lentement en place, David Yates et son scénariste Steve Kloves font quant à eux le choix assumé de rester fidèle au petit monde de Poudlard et d’y consacrer la majeure partie de ce sixième long-métrage, au détriment évident de la noirceur des révélations contées dans le livre. Alors… réelle contrainte d’adaptation ou bien simple peur de s’aventurer un peu trop loin des « codes » établis de ce qui doit rester un gentil film familial ?



Si la question reste ouverte, le spectacle n’en est pas moins époustouflant et cette nouvelle aventure cinématographique s’inscrit parfaitement dans la continuité des premiers chapitres, auxquels chaque réalisateur a su apporter sa vision et son propre univers esthétique. Du classicisme flamboyant des deux premières pierres posées par Chris Columbus aux éclairages ternes et cendrés de Mike Newell pour La coupe de feu, en passant l’étonnante (et toujours inégalée) caméra portée du très innovant Alfonso Cuaron sur Le prisonnier d’Azkaban, chaque nouvelle année de vie et d’apprentissage du jeune sorcier aura - sans jamais faillir - avant tout misé sur la grande qualité d’un cinéma de genre où l’évasion et l’exaltation restent les maîtres mots et où tout semble soudain devenir possible. Mais l’arrivée de David Yates depuis L’ordre du Phénix et son engagement futur jusqu’à la deuxième partie des Reliques de la mort auront donc mis un terme à ce pourtant judicieux sens du renouveau qu’avaient jusque là entrepris la production…



Son attachement aux jeunes acteurs et son aisance à travailler avec eux le poussent logiquement à privilégier le quotidien de Poudlard et son sens de la comédie (L’ordre du phénix étant largement dominé par les frasques poussives de Dolores Ombrage et les amourettes adolescentes prenant amplement le dessus sur le terrifiant passé de Voldemort dans Le prince de sang-mêlé) au lieu d’intensifier la part obscure de l’œuvre originale et de faire de la saga Harry Potter une anthologie de plus en plus adulte, ce que s’attelait pourtant à faire J.K. Rowling. Ici, même le retour tant attendu du quidditch à l’écran devient d’ailleurs une simple ressource comique, focalisée sur Ron… Ainsi découvre-t-on Harry, tranquillement assis dans un snack, à « flirtouiller » avec une serveuse au lieu d’ouvertement « péter les plombs » et de tourner en rond chez les Dursley, comme il le fait dans le livre, en ruminant les tragiques évènements ayant récemment conduit à la mort de Sirius Black.


Adaptation d’un roman de 720 pages en film de 2h30 oblige : les coupes sont nombreuses (et inévitables) mais - il faut bien l’avouer - pas toujours judicieuses. Comme pour La coupe de feu, la famille Dursley est donc la première à disparaître à nouveau du récit. Mais, bien que regrettable, ce premier raccourci reste assez anecdotique au regard de l’évincement quasi-total des implications « politiques » faisant suite au volume précédent… Exit donc les entrevues de Fudge, puis Scrimgeour, avec le premier ministre moldu.



Très rapides également (bien que véritablement spectaculaires) les attaques londoniennes par les armées de Voldemort… Réduites au minimum les inquiétudes d’Harry face à l’étrange main noircie de Dumbledore… Totalement absents, ses doutes relatifs à l’identité du fameux Prince de sang-mêlé, dont il se convainc peu à peu qu’il s’agit en fait de son propre père. Et enfin (et surtout) : particulièrement insuffisants les voyages dans le passé trouble de la vie de Tom Jedusor. Là où le film se contente de deux très brefs souvenirs sur la jeunesse de Voldemort (alors que la bande-annonce arborait fièrement ces évènements), le livre n’hésite pas à y consacrer une bien plus large place. On y apprend notamment qu’il est né dans un orphelinat après que sa mère, Merope Gaunt, descendante de Salazar Serpentard, fut abandonnée par l’homme qu’elle avait jadis séduit grâce à la magie : le moldu Tom Jedusor senior. Très affaiblie, elle meurt seulement quelques jours après l’accouchement. Renfermé, Tom grandit en associable et ne se contente pas de voler quelques objets à ses petits camarades comme le montre le film… Déjà bien plus terrifiant, il les effraie littéralement, se joue de leur naïveté et n’hésite par exemple pas à pendre leurs animaux de compagnie ! Une fois à Poudlard, sa quête puis son rejet de ses origines en partie moldu le feront définitivement basculer vers le Mal : pour créer les Horcruxes, il doit commencer à tuer… On attendait aussi le retour des deux elfes de maison, mais Dobby et Kreattur répondent également aux abonnés absents, malgré le rôle important qu’ils jouent dans la découverte des agissements suspects de Malefoy.



Pour les puristes, il apparaît évident que tous ces raccourcis commencent à faire beaucoup… Mais il ne faudrait pas oublier que le dernier roman, Harry Potter et les reliques de la mort, sera judicieusement proposé en deux long-métrages. David Yates aurait-il donc fait le choix de faire du Prince de sang-mêlé l’équivalent du calme avant la tempête ? Pour l’heure, rien n’exclut en effet de retrouver certains de ces « oublis » dans les prochains films. Vu l’implacabilité et la noirceur du roman, il serait d’ailleurs bien mal venu de continuer d’édulcorer ainsi ces aventures en faveur des plus jeunes… Espérons que la production n’oubliera pas que Harry a grandi, et que son public aussi.
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