Dans sa courte mais déjà étoffée carrière, Heath Ledger aura connu quelques rôles marquants qui en faisaient aujourd'hui l'un des plus brillants acteurs de sa génération. Ses prestations dans
Les Frères Grimm et surtout Brokeback Mountain, ainsi que sa performance désormais encore plus attendue dans The Dark Night l'avaient propulsé au rang des acteurs qui comptent. Pourtant, le plus beau souvenir que je conserve de ce jeune homme à l'apparence réservée, aux faux airs de Robert Redford, c'est ce personnage inoubliable et terriblement attachant qu'il interprète dans
Candy de Neil Armfield (encore inédit chez nous). Il forme aux côtés d'Abbie Cornish un couple sublime, respirant à la fois bonheur et désespoir. Un film particulièrement émouvant qui rend hommage à l'immense talent de Ledger. C'est une évidence et un crève-coeur : nous assistions à la naissance d'un grand acteur. RIP
Laurent Tity
Un chevalier fougueux et beau gosse; un fils pas bien dans sa peau qui se tire une balle dans la tête après avoir dit à son père que ce dernier ne l'avait jamais aimé; un des frères Grimm; une des multiples facettes de Bob Dylan; un méconnaissable Seigneur; un cow-boy sublime bouleversé par un regard; puis, un souvenir. Un mélange de robustesse et de fragilité qui résumait ce comédien en pleine ascension. Avec
The Dark Knight, il s'apprêtait à tout exploser. Je partage la tristesse générale et ne comprends pas. Sorry Angel, sorry so...
Romain Le Vern
Découvert dans
Chevalier et
The Patriot, Heath Ledger a failli être contenté aux rôles de blondinet un brin rebelle. Cependant, ses goûts pour les personnages torturés le firent tenir des rôles dans
A l'ombre de la haine,
Le pacificateur ou encore
Ned Kelly. Cette persévérance éclate avec
Le secret de Brokeback Mountain qui surprit bon nombre de personnes, moi compris. Heath Ledger s'en est allé avec sa prestation du Joker dans
The Dark Knight dont les premiers échos l'annonce époustouflante. Nul doute que beaucoup compareront le tour de piste du nemesis du Chevalier de Gotham avec les derniers pas de danse d'un des acteurs les plus prometteurs de sa génération. R.I.P. Health et va rejoindre River Phoenix.
André Cote
Il y a des acteurs dont ont attend beaucoup. Pas parce qu’ils sont en permanence en tête d’affiche ou parce qu’ils sont surmédiatisés, mais tout simplement parce que leurs performances valent toujours qu’on s’y attarde, leur charisme magnétique poussant tout un chacun à s’intéresser à des œuvres a priori atypiques. Heath Ledger était de cela, et quel douleur de devoir écrire cette phrase au passé. Quel plaisir c’était de le voir apparaître, même dans un rôle mineur, au détour d’un plan dont il illuminait le cadre. Bien évidement on retiendra la montagne et la foret enchantée, mais les bas-fond de Los Angeles et même les allées de Rome avaient une autre saveur en sa présence. Rien que l’annonce de sa présence dans le prochain Batman avait quelque chose d’électrisant. Un quelque chose que l’on savourera avec d’autant plus d’attention, tel le testament artistique d’un artiste qui préférait s’abstenir plutôt que de cachetonner sans raison. On dit souvent que les meilleurs s’en vont en premier... la tristesse, elle, reste.
David Brami
Le Secret de Brokeback Mountain et son personnage de cow boy tourmenté par sa sexualité était important. Heath Ledger était dense, pouvait épouser des univers extrêmement troubles et complexes (comme celui d'
A l'ombre de la Haine). Alors bien sûr, on l'a vu dans des films plus oubliables (
The Patriot ou
Les Frères Grimm), mais l'impression qui domine dans son jeu d'acteur c'est cette densité qui domine, cette faculté à épouser des psychologies riches, à épouser l'intériorité fragile de ses personnages aux antipodes de ce qu'on pouvait projeter sur son physique. Dernièrement il se joignait avec brio à la chorale de l'étincelant
I'm not there et suggérait la vie familiale compliquée de Bob Dylan. On va bientôt le découvrir dans la peau du Joker. C'était un acteur à l'approche extrêmement raffinée, qui pouvait rendre avec justesse et sobriété les tourments de l'âme humaine et c'est en cela qu'il était émouvant. Subsiste aussi l'immense impression de gâchis qui vous étreint lorsqu'un homme de 28 ans encore plein de promesses disparaît.
Nicolas Houguet