Nous traversons une période assez étrange ou des icônes de notre jeunesse s'éteignent. L'impitoyable course du temps nous renvoie à nos souvenirs. Nous apprenions hier la disparition de
Patrick Swayze, que l'on savait atteint d'un cancer grave. Il s'est encore récemment rappelé à nous dans la série The Beast. Il est surtout un comédien attachant, révélé par
Dirty Dancing. A l'adolescence, nous fûmes nombreux à nous repasser inlassablement la cassette vidéo de
Point Break de Kathryn Bigelow, à nous émouvoir devant l'histoire d'amour de
Ghost ou devant le parcours du médecin qu'il campait dans
la Cité de la joie de Roland Joffé. S'il a connu une certaine éclipse dans les années 90, il est de ceux pour qui on garde une grande tendresse. Rendons-lui hommage en évoquant son parcours.
Né au Texas en 1952 d'un père champion de rodéo et d'une mère chorégraphe, c'est d'abord par ses talents de danseur et ses aptitudes physiques que le jeune Patrick fait son entrée dans le monde du spectacle. Après s'être consacré à la gymnastique à l'université, il entame au début des années 70 une carrière fondée sur sa passion de la danse apparaissant notamment sur Broadway dans des productions de
West side story et
Grease.
Hollywood remarque bientôt le jeune homme. Il décroche ses premiers rôles dans
Skatetown en 1979 puis un peu plus tard, en 1983, dans cette véritable pépinière de jeunes talents qu'est
Outsiders de
Francis Ford Coppola (où apparaît également le jeune Tom Cruise). Dès lors, la carrière de Swayze est lancée. On le voit sous l'oeil de
John Milius dans
l'Aube rouge, ainsi que dans une série à succès, rappelant fort
Autant en emporte le vent, Nord et sud (le temps de deux saisons à partir de 1985). Il tire partie de ses capacités physiques dans
Youngblood en 1986 sur fond de hockey et de romance.
C'est en 1987 que l'acteur accède soudainement au statut de star en incarnant le prof de danse de
Dirty Dancing. Il avait certes de longue date des prédispositions pour le rôle. Inoubliable Johnny Castle (et idole des jeunes filles en fleurs d'alors), il entraîne sa jeune élève (Jennifer Grey) jusqu'à ce qu'elle soit une danseuse accomplie, dans un final mémorable. La romance est touchante et sucrée, portée par une B.O qui connaît également un succès immense (Patrick poussant la chansonnette sur « She's like the wind »). Figure plus romantique que jamais, on le trouvera à l'affiche d'un autre triomphe en 1990,
Ghost de Jerry Zucker où il est un homme assassiné, parvenant à vivre une histoire d'amour plus forte que la mort avec sa belle compagne,
Demi Moore. Le mélo est réussi et le succès immense. Le comédien confirme son statut d'idole.
Swayze apparaît également dans des films d'action, d'abord dans
Un flic à Chicago de John Irvin, puis en videur charismatique dans
Roadhouse en 1990. C'est en 1991 qu'arrive un autre rôle iconique, celui de Bodhi, surfeur aussi fascinant qu'imprévisible dans
Point Break. Acceptant dans sa bande le jeune
Keanu Reeves, flic infiltré venu démasquer la bande de braqueurs, Swayze incarne un surfeur mystique, idéaliste et illuminé, un brin fanatique, en quête de la vague de sa vie. Puis il change de registre en incarnant en 1992 le héros de
la Cité de la joie, venu se réfugier en Inde pour retrouver un sens à sa vie et oeuvrer dans un dispensaire pour soigner les nécessiteux.
Arrivé au sommet de sa gloire au début des années 90, la suite est plus chaotique. Swayze connaît des problèmes personnels et sa filmographie s'en ressent. On l'a vu dans
Un père en cavale aux côtés de
Halle Berry en 1993, ou abordant un monde de western fantasmatique dans
Les légendes de l'ouest en 1995. Mais sa gloire est alors chancelante. Il fait une apparition toutefois assez remarquée dans un rôle inattendu de drag queen, à l'affiche de
Extravagances en 1996. Il a incarné un camionneur tourmenté dans
Black dog en 1998, ainsi qu'un contre-emploi intéressant dans
Lettres à un tueur en 1999. Mais il est alors cantonné à des séries B.
Ce n'est qu'au début du nouveau millénaire qu'il participe de nouveau à des projets marquants, comme dans
Donnie Darko de Richard Kelly où il incarne la norme étriquée des adultes opposés à des adolescents tourmentés dans cette critique acerbe du politiquement correct. Il renoue également avec le genre de la comédie romantique qui a fait sa gloire (dans
Coup de foudre pour toujours avec
Mélanie Griffith) ou participant à
Waking up in Reno. Il revient à ses premières amours en remontant sur les planches, dans
Chicago et
Guys and dolls. Au cinéma, il joue dans une autre comédie musicale,
One last Dance en 2003. Il fait une apparition clin d'oeil dans
Dirty Dancing 2 en 2004 et assume fièrement tout ce qu'il a pu représenter. La même année, on le voit à l'affiche d'un film indépendant et ambitieux, mêlant des destins reliés entre eux par un accident de voiture,
11h14, avec
Hilary Swank.
Ces dernières années, tout semblait indiquer un retour de l'acteur (notamment dans
Secrets de famille aux côtés de Rowan Atkinson et Kristin Scott Thomas). Jusqu'à ce que sa terrible maladie, longtemps tenue secrète, ne soit révélée au début de l'année dernière. On a alors découvert Swayze, amaigri, bouleversant, déterminé à combattre son mal. Il a tenu encore très récemment un rôle d'agent du FBI endurci dans la série The Beast.
Il est toujours émouvant de voir un artiste disparaître, quelqu'un qui a tutoyé des sommets glorieux, qui est entré dans nos vies et a représenté de beaux moments de cinéma. Mais l'émotion est plus vive encore quand un homme ne s'est pas rendu à la fatalité et a vécu de toutes ses forces et jusqu'au bout. Pour tout cela,
Patrick Swayze a notre admiration et notre respect.