Par Gwenael Tison - publié le 19 novembre 2007 à 17h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h30 - 3 commentaire(s)
Pierre Granier-Deferre, réalisateur français émérite, vient de nous quitter à l'âge de 80 dans la nuit de vendredi à samedi. Le cinéaste parisien né le 22 juillet 1927 auteur d'Adieu Poulet, La Veuve Couderc ou Le Chat était hospitalisé à Paris depuis plusieurs semaines.



En véritable artisan du cinéma français, il offrit au 7e art français parmi ses plus beaux films durant les années 1960 et 1970. Deux décennies flamboyantes où le réalisateur mit en scène les plus grands acteurs francophones de l'époque. Jean Gabin, Philippe Noiret, Simone Signoret, Patrice Dewaere, Romy Shneider, Michel Picolli, Alain Delon, Charlotte Rampling, Yves Montand, Jean-Louis Trintignant, Nathalie Baye, Veronique Jannot, etc. La liste est aussi longue que prestigieuse.
L'homme sera inhumé au père Lachaise ce vendredi où la communauté du cinéma français lui rendra un dernier hommage.
Un cinéaste discret qui lors de ses rares apparitions publiques se montrait avec un gros cigare aux lèvres. Fortement influencé par le cinéma de Jacques Becker qui lui donna enfant l'intime conviction de passer à la réalisation, Pierre Granier-Deferre réussit à rentrer à L'IDHEC non sans mal, étant reçu bon dernier, "15ème sur 15", comme il aimait à le souligner. Mais cela ne l'empêcha pas rapidement une fois ses études à l'IDHEC finies de consacrer une décennie entière à faire sa main sur de véritables tournages. Il commença donc comme assistant-réalisateur sur une bonne vingtaine de films durant les années 50 aux côtés des prestigieux Marcel Carné (notamment sur L'air De Paris en 1953) et Jean Paul Le Chanois (Papa, Maman, La bonne et moi en 1954, Le Village Magique en 1955, Les Evadés la même année).


Au moment où la nouvelle vague éclate, il réalisera sont premier film en 1962 Le Petit Garçon de l'ascenseur, une adaptation d'une nouvelle de Paul Vialar. Un long métrage au style racé et classique qui affirme la ligne directrice que va suivre Pierre Granier-Deferre, se détournant totalement de la nouvelle vague. Il collabora avec l'illustre Michel Audiard sur La Métamorphose des Cloportes en 1965, une adaptation de la nouvelle de Simenon, mettant en scène ses premières stars : Lino Ventura et Charles Aznavour. Le succès critique et public confirma son talent, enchaînant les films, jusqu'à sa grande rencontre en 1970 avec Jean Gabin avec La Horse.
Les deux hommes éprouveront un profond respect mutuel qui les amena à se côtoyer en dehors des plateaux de tournage. Il poursuit sa collaboration avec Gabin l'année suivante avec Le Chat offrant un des derniers grands rôles à l'acteur. Une nouvelle fois Pierre Granier-Deferre signe une adaptation d'une nouvelle de Simenon. Le film fut plébiscité au festival de Berlin raflant le prix du meilleur acteur et de la meilleure actrice pour Simone Signoret.
Pierre Granier-Deferre réalisera presque chaque année de grands films, tantôt des comédies, tantôt des drames, mettant à chaque fois en scène de véritables monstres sacrés comme Yves Montand en 1973 avec Le Fils, Alain Delon dans La Race des Seigneurs, et le superbe Adieu Poulet avec Lino Ventura et Patrick Dewaere.
Près de 25 longs métrages en l'espace d'une trentaine d'années, où Pierre Granier-Deferre chercha continuellement à mettre en scène l'affrontement psychologique des personnages, jouant souvent sur l'ambigüité de leur comportement, délaissant les séquences d'action. L'approche intimiste provoquait une densité à ses histoires si bien qu'elles ne lassent jamais. Il s'essaie même à certains films plus alambiqués comme La Noyade interdite de 1987 avec Philippe Noiret et Guy Marchand plongeant le spectateur dans une sombre histoire d'un tueur en série. Une facette que le public bouda, mais qui a posteriori montre une audace surprenante venant d'un réalisateur à l'approche pourtant très classique.
Sa passion pour les enquêtes policières le poussa vers la fin de sa carrière à consacrer son métier de cinéaste à la réalisation pour le petit écran de près d'une dizaine d'épisodes de la série Maigret entre 1995 et 2004 mettant en scène Bruno Crémer.
Un grand homme que le cinéma français regrettera et qui laisse derrière lui de grands et beaux films français comme on n'en fait plus de nos jours.
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