Hommage à l'immense Satoshi Kon, chantre de la Japanimation, auteur d'oeuvres fulgurantes (Perfect Blue, Paprika).

Par - publié le 26 août 2010 à 13h20 ,
MAJ le 26 août 2010 à 13h22 - 0 commentaire(s)
Dans les années 80, Satoshi Kon découvre Dômu, de Katsuhiro Otomo, coup de griffe des années avant le choc nucléaire d'Akira, qui lui donne envie de devenir dessinateur. Diplômé de l'Université des Beaux-Arts de Musashino, il développe ainsi un univers barré aux tentations surréalistes et signe le manga one-shot Kaikisen (en France, Kaikisen, retour vers la mer) - il n'a alors que 27 ans et semble déjà hanté par des obsessions tenaces (la marginalité, l'onirisme, entre autres). De maître à disciple, de star à fan, les rôles s'inversent lorsque Katsuhiro Otomo le repère et l'embauche pour s'occuper du design des décors de l'OAV Roujin Z de Hiroyuki Kitakubo. Pour la première fois, Satoshi Kon découvre l'univers de l'animation et Otomo lui témoigne une nouvelle fois son admiration en adaptant en live son second manga : World Apartment Horror, mélange Polanskien d'angoisse et de burlesque évoquant dans une trame dense l'ostracisme des immigrés au Japon, préfigurant les clochards de Tokyo Godfathers (2003) - les deux films ayant d'ailleurs la même scénariste : Keiko Nobumoto. 
 
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Responsable des décors sur Patlabor 2 (Mamoru Oshii, 1993), Satoshi Kon poursuit sa collaboration avec Katsuhiro Otomo à travers le scénario du premier segment de Memories, un long métrage d'animation produit par le studio 4°C : Magnetic Rose, réalisé par Kôji Morimoto, le fondateur dudit studio. C'est non seulement la meilleure partie de l'ensemble mais aussi la plus substantielle grâce à la touche apportée par Satoshi Kon qui a effectué d'inévitables et bienvenues modifications au manga one-shot de Katsuhiro Otomo. C'est ce dernier - un véritable ange gardien - qui lui propose de passer à la réalisation en lui confiant un projet destiné au marché de la vidéo : Perfect Blue, l'adaptation d'un roman de Yoshizaku Takeuchi. Excité par le défi, il accepte et retravaille avec le scénariste Sadayuki Murai le matériau de base en conservant trois éléments clés imposés par la production («idole», «horreur», «stalker»). Autrement, il a les coudées franches et c'est cette liberté totale qui lui permet de transposer le thriller voyeuriste dans le cadre d'un film d'animation, comme un mélange animé de Lynch, De Palma et de giallo, et d'expérimenter à loisir en termes de narration et de montage dans un entrelacs de flash-back et de flash-forward. De jeunes cinéastes réalisent l'expression d'une telle créativité. Parmi eux, Darren Aronofsky qui ira jusqu'à reprendre des plans entiers dans Requiem For A Dream (2000). 
 
 
Perfect Blue Requiem for a dream
 
Sur sa lancée, Satoshi Kon propose Millennium Actress, toujours écrit par Sadayuki Murai, qui avec une narration aussi déstructurée que celle de Perfect Blue, offre une variation autour de Boulevard du Crépuscule (Billy Wilder, 1950), l'une des références du Mulholland Drive, de David Lynch en retraçant la vie d'une actrice et à travers elle, toute une époque de cinéma tout en jouant sur différents niveaux de réalité. Réalisé deux ans plus tard, Tokyo Godfathers marque une rupture avec ses récentes expérimentations et renoue avec ses premières thématiques en s'attachant à trois sans-abris, profondément affectés par la découverte d'un bébé abandonné dans une décharge. L'année suivante, on lui doit une série télévisée enthousiasmante : Paranoia Agent, comptant treize épisodes remarquablement écrits et animés, à travers lesquels il développe un univers onirique et rend hommage à l'imagination de l'animation, l'art de tous les possibles, son épanouissement et sa capacité d'émerveillement.
 
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Comme si cela coulait de source, comme s'il s'agissait de la dernière pièce du puzzle, Paprika, son dernier film, son chef-d'œuvre, constitue un aboutissement. Un film d'animation unique, aux portes de la quatrième dimension, ayant récemment influencé Christopher Nolan pour Inception. La nouveauté venait du recours à la 3D pour animer les personnages. Pour la dernière fois, Satoshi Kon examinait la dichotomie entre le rêve et la réalité. Par la suite, il voulait faire, selon ses propres mots, «des films étranges pour les enfants» (lire l'interview ci-dessous), un projet baptisé "The Dream Machine". Le fan, aujourd'hui triste, devra se contenter de voir ses oeuvres à répétition pour combler l'absence et il faudra s'en satisfaire : le foisonnement est tel qu'il nécessite que l'on y revienne à plusieurs fois avant d'épuiser toutes ses beautés. So long.  
 

Retrouvez l'interview de Satoshi Kon pour la sortie en salles de Paprika en 2006


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