Soirée de joyeux délire au programme avec le nouveau mezze d’Edouard Baer, qui respecte merveilleusement l’esprit cabaret, en invitant sur scène talents inédits et vieux bretteurs. Le spectacle, fort de son succès, est prolongé aux Folies Bergères : courez-y !!!
Ceux qui avaient l’habitude de passer leur soirée du dimanche dans la grande salle du Rond-Point en période de Grand Mezze ne seront pas dépaysés : l’esprit et les potes d’Edouard sont à nouveau conviés pour célébrer la folle histoire de ce Luigi Prizzoti, dont la naissance n’a rien à envier aux
Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola. Une mère rabelaisienne, un père dépassé par les événements, une cohorte de poupons en plastique et un Luigi expulsé à l’âge adulte des jupes de sa mamma : le ton est donné, délirant, foutraque et attachant.

Ce nouveau spectacle est toutefois beaucoup plus écrit que le numéro auquel se livrait le duo Baer/Rollin : à l’exception du prologue, improvisé chaque soir par Monsieur Edouard (la dernière à La Cigale était un régal !) on sent que les transitions ont été soigneusement travaillées pour éviter de faire sombrer l’ensemble dans un trop joyeux bordel. Pour autant, l’ambiance est bien à la fête et au music-hall, avec son orchestre, ses chants, ses danses, ses marionnettes et sa superbe chaleur humaine. La musique est entraînante, les voix impressionnantes, la poésie omniprésente et la galerie de talents grandiose. On retrouve donc une partie des coups de cœur du Grand Mezze (notamment Atmen Kelif et Nader Boussandel) mais aussi les fidèles d’Edouard : Léa Drucker, également à la mise en scène, et Jean Rochefort, dans un numéro de mime simplement énorme.
Du côté des nouveaux venus, un coup de cœur immédiat : l’Oiseau bleu (Arnaud Aymard), que l’on attend très vite dans son propre spectacle pour une version longue de ce grand numéro de poésie absurde et décadente. Mention spéciale aux travestis de la bande et aux artistes tout droit sortis du Cirque du Soleil, qui font baigner l’ensemble du show dans un esprit proche des spectacles d’Alfredo Arias. Même goût de la démesure, du kitsch, d’une certaine grossièreté des effets, et même hommage à la culture populaire, italienne du côté de Baer: Fellini et Ferreri ne sont pas loin.

Et même si le maître de cérémonie laisse la part belle à ses invités, on craque pour son hilarant numéro d’imitateur ringard. C’est toute la caricature de l’époque Bébête Show qu’il incarne, avec des textes faisant la part belle aux jeux de mots les plus bas de gamme et aux mimiques les plus basiques. Pas de doute, c’est pour lui que le public est venu, pour son joyeux cynisme, son allure d’éternel adolescent et son absolu sens du ridicule.
Edouard, on t’aime !