Dans Identité secrète, Taylor Lautner ne sait plus qui il est vraiment. Il n'est pas le seul, le cinéma regorgeant de héros usurpés, amnésiques ou schizophrènes.

Par Julien MUNOZ - publié le 27 septembre 2011 à 00h00 ,
MAJ le 27 septembre 2011 à 09h22 - 0 commentaire(s)

Depuis quelques années le concept même d’ « identité » semble sérieusement tarauder l’esprit des héros (et anti) du grand écran. Quoi de plus normal après tout pour un personnage de fiction que de se définir auprès de son public par son patronyme, souvent révélateur distinctif de sa personnalité. Enlevez-lui et c’est le naufrage existentialiste qui le submerge, l’accable, le pousse à partir en quête d’un nom, d’une idée de soi.

 

Matt Damon dans La vengeance dans la peau 

Pas étonnant, étant donné que c ‘est l’identité qui permet à l’individu de définir sa place dans la société : que ce soit humainement, sentimentalement, administrativement ou encore licitement. Savoir qui on est c’est pouvoir se positionner par rapport aux autres et vice versa. Sûr que la perte de cette fondamentale est un problème délicat à gérer. Dernièrement, Martin Harris (Liam Neeson dans Sans identité) a éprouvé toutes les peines du monde en étant exclu du rang social qu’il pense être le sien après l’accident de voiture l’ayant privé de son statut, de sa femme et de sa tranquillité morale. Idem pour l’espion traqué Jason Bourne (et avant lui, la femme d’action Charly Baltimore de Au revoir à jamais), tentant de se reconstruire en reconstituant le puzzle fracturé de ses souvenirs

 

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On remarque qu’au cinéma, perte d’identité va souvent de mise avec perte de mémoire. Le passé constitue une composante indispensable de notre « moi », la trace témoin de nos expériences et de notre vécu qui influe sur notre rapport au monde et notre devenir : ainsi l’amnésique Leonard Shelby de Memento dépossédé de sa remémoration immédiate, se retrouve piégé dans la répétition conditionnée d’une vengeance sans but. Exister coûte que coûte. Tel pourrait être l’adage du mutant Wolverine déambulant à travers le globe sans but avant de se réinsérer et de s’épanouir à l’intérieur d’un groupe (X-Men et 2). Tout comme Douglas Quaid/Howser (Total Recall) qui révèlera une nature plus encline à jouer le rôle du sauveur musclé de Mars que celui d’époux docile rêvant d’aventure. Peu importe s’il s’agit au final d’un fantasme bon marché dans ce cas particulier, la leçon à retenir c’est que dépossédé ou non de ses repères caractéristiques, l’être humain a la faculté d’être ou de ne pas être un automate au parcours pré-établi.

 

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Celui-ci peut malgré tout se libérer d’un handicap tel que la perte d’identité, s’en accommoder (Amour & Amnésie) ou bousculer l’ordre établi de son ancienne personnalité en provoquant soi-même sa seconde chance (A propos d’Henry, Memory of Love) ou sa rédemption (Jason Bourne). Tout ceci est largement mis en avant dans le magistral Dark City dans lequel des extra-terrestres usent d’expériences radicales pour percer à jour le mystère de la nature humaine qu’ils croient pouvoir déceler uniquement dans les réminiscences de leurs cobayes. Grave erreur. Le personnage central John Murdoch ne sera jamais la marionnette (un tueur en série avide de filles de joies) que ses tireurs de ficelles veulent le voir devenir.

 

Viggo Mortensen History of Violence

 

A l’inverse dans A History of violence – autre brillante plongée dans la noirceur de la psyché – Tom Stall (Viggo Mortensen) sera impitoyablement condamné à affronter les démons de son ancienne vie de criminels violent et psychotique caché sous l’apparence rassurante du citoyen modèle qu’il s’est fabriqué. Pour briser ses chaines, Stall devra tuer toutes les personnes pouvant le rattacher au fameux Joey Cusack. Mais une question subsiste : qui réintègre la cocoon familial à la fin du film ? Tom ou Joey, le fou ? Quoiqu’il en soit dans un cas schizophrénique de ce genre, il y a forcément reniement d’un des esprits habitant l’enveloppe charnelle. Que ce soit pour renier une trop forte culpabilité (Norman Bates dans Psychose, Trevor Reznik dans The Machinist, Wil Atenton dans Dream House) ou s’accomplir personnellement et dépasser les frontières imposés par la société (le fantasmagorique Tyler Durden dans Fight Club)

 

Fight Club de David Fincher

Pas besoin forcément d’être dérangé du bulbe pour s'approprier l'existence d'un autre, ou le contraire. Changer d’identité pouvant s’avérer une option consciente aussi illégale qu'accommodante dans certaines situations : pour accroître son niveau de vie (Plein Soleil et son remake Le Talentueux M. Ripley, Arrête-moi si tu peux), mieux connaître son ennemi (Volte Face ayant poussé l'interchangeabilité des corps jusque dans ses derniers retranchements) ou un proche (Freaky Friday), dissimuler un meurtre (Troubles), mener en bateau tout le monde (Usual Suspects), pour l'espionnage industriel (Cypher) ou défier la science d'un monde eugéniste (Bienvenue à Gattaca). En sachant que comme pour la perte de mémoire et le dédoublement de personnalité, le danger d'une désorientation existentielle menace à chaque seconde. D’où la nécessité de d’obéir à l’injonction de Socrate « Connais-toi, toi-même » qui décidemment n'est pas qu'une vaine parole en l'air.


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