On parle souvent de tournage difficile, celui mené par John Huston est une véritable odyssée, entre les maladies qui touchent principalement ses techniciens, les attaques d’insectes qui ravagent les lieux de repos de l’équipe, les animaux sauvages et les accidents. Le tournage de
African Queen fut laborieux. Lauren Bacall mentionne ce tournage et raconte une anecdote : "
On avait demandé aux indigènes de surveiller le bateau, et ils avaient respecté la consigne, ils ne l’avaient pas quitté des yeux pendant qu’il coulait" (
Seule, collection Michel Lafon). Ces évènements ont profondément marqué le film.
African Queen est l’adaptation du roman de Cecil Scott Forester (sorti en 1935).
AFRICAN QUEENUn film de John Huston
Avec Humphrey Bogart, Katharine Hepburn, Robert Morley, Peter Bull
Durée: 1h40
1914, la guerre vient d’éclater, les troupes Allemandes envahissent un village du Congo où deux missionnaires Anglais, Samuel Sawyer (Robert Morley) et sa sœur, Rose Sawyer (Katharine Hepburn), travaillent à l’éducation religieuse des villageois. Après la mort de son frère, Rose fuit sur l’African Queen, le bateau d’un canadien alcoolique qui répond au nom de Charlie Allnutt (Humphrey Bogart). Ensemble, ils décident de faire couler le Louisa, une embarcation Allemande…Il n’a pas été difficile pour Huston et Sam Spiegel (le producteur) d’engager Hepburn, elle était heureuse de découvrir le continent africain. Bogart était beaucoup plus réticent à l’idée de s’éloigner des Etats-Unis et de son fils pendant huit semaines. Une fois les deux stars enrôlées, elles illuminent les techniciens et le réalisateur par leur professionnalisme. Bogart qui a vécu une fin de tournage difficile a toujours pris sur lui, tout comme son personnage Allnutt, un rustre alcoolisé qui doit supporter celui d’Hepburn, une bourgeoise endoctrinée. Madame porte la culotte et Allnutt n’a qu’à bien se tenir ! Femme soumise à l’autorité de son frère, elle devient forte et indépendante sur l’embarcation. Elle influence Allnutt pour couler les Allemands, elle lui demande de construire des torpilles, elle exige une cabine personnelle sur le rafiot, bref la vieille fille du village devient une reine africaine (quelle coïncidence le bateau se nomme African Queen !).
Huston on a un problèmeLe film subit quelques longueurs, mais les interprètes font leur boulot (Bogart aura l’Oscar du meilleur acteur) et le réalisateur fait ce qu’il peut avec les conditions de tournage qui ont été les siennes. Mais finalement l’histoire importe peu, le film flotte en réalité entre deux univers : mi-fictionnel et mi-documentaire. Par moments on a le sentiment de ne plus voir un récit fictif mais un film de Jean Rouch sur : la survie de deux stars hollywoodiennes dans un milieu sauvage (ça ne vous rappelle pas une émission télé ça ?). Il suffit de voir l’état physique des acteurs entre le début et la fin du film pour s’en convaincre. C’est flagrant, surtout concernant Katharine Hepburn sur qui on voit nettement les traits tirés et les joues creusent. Cette position délicate amène un intérêt supplémentaire au film et à son récit légèrement mou.

Le film fête aujourd’hui ses 55 ans et il faut admettre qu’il a mal vieilli. Il est considéré comme culte tout en étant éloigné des films qui ont marqué historiquement le cinéma comme
Le chanteur de jazz (de Alan Crosland, 1927),
La Chevauchée Fantastique (de John Ford 1939) ou encore
Le Faucon Maltais (de John Huston, 1941). Son succès commercial est dû à l’affiche de rêve (Bogart et Hepburn). Huston n’est pas particulièrement inspiré, peut être trop préoccupé par la chasse à l’éléphant (un rêve entrepris pendant le tournage, mais qu’il ne mènera pas à son terme). Un scénario moyen, de très bons acteurs et des conditions de réalisation extrêmes font de l’
African Queen un film qui comblera un cinéphile averti.