Oeuvre incontournable, Cent mille dollars au soleil ressort cette semaine sur nos écrans dans une version restaurée en numérique haute-définition. Une initiative signée Gaumont qui, chaque mois, nous invite à redécouvrir un grand classique issu de notre cinéma hexagonal, et ce, dans des conditions tout à fait semblables. L'occasion rêvée, donc, de se poser quelques instants et se souvenir ensemble d'une époque aujourd'hui tristement révolue, celle où Jean-Paul Belmondo et Lino Ventura faisaient la loi dans les salles obscures, soutenus par un charisme à toute épreuve et un langage particulièrement incisif signé Michel Audiard, le tout immortalisé par un regard aussi inspiré que bienveillant, celui d'Henri Verneuil...
Le directeur d'une entreprise de transport routier, Castagliano, a pour mission de livrer, par le biais d'un camion Berliet dernier modèle, un chargement de nature indéterminée d'une valeur de cent mille dollars. Pour ce faire, il engage un Américain du nom de Steiner. Tout aurait pu se dérouler sans encombre si l'un des employés, un certain Rocco, n'avait pas mis la main sur ledit véhicule. Fou de rage, Castagliano fait alors appel à Marec, autre routier, dans le but de rattraper Rocco, et ce, en échange d'une fameuse prime. Mais rancunier, Steiner s'incruste également dans le voyage. S'en suit alors une incroyable course-poursuite en plein coeur de l'Afrique...
Un véritable succès populaire
Aussi étonnant que cela puisse paraître, Cent mille dollars au soleilfut sélectionné en 1964, date de sa sortie, pour représenter la France au Festival de Cannes, aux côtés de Jacques Demy avec Les parapluie de Cherbourg et de François Truffaut avec La peau douce, ce qui, à l'époque, provoqua un certain malaise. En effet, la plupart des professionnels mais aussi des critiques présents sur place furent littéralement abasourdis par un tel choix, jugeant le long-métrage d'Henri Verneuil beaucoup trop vulgaire à leur goût et allant même jusqu'à l'assimiler à une « parodie honteuse » (car non-officielle) du célèbre film mis en scène par Henri-Georges Clouzot, Le salaire de la peur. Il est vrai que les points communs ne manquent pas, à commencer par l'importance du camion, personnage à part entière au sein des deux films, ainsi que par le traitement du sujet et les choix de réalisation, souvent proches du western. On y retrouve d'ailleurs certaines thématiques, propres au genre, telle que l'utilisation d'immenses décors désertiques à l'intérieur-même du cadre et l'idée du transport de fonds (ou autre), même si ici la diligence laisse place à des véhicules plus modernes.
Ceci étant dit, les divers rapprochements entre ces deux longs s'arrêtent là ; l'un n'a absolument rien à envier à l'autre, et réciproquement. La haine « anti-Verneuil » se révèle dès lors gratuite et totalement infondée. Malgré tout,

Une oeuvre complète
Cinéaste intemporel, Henri Verneuil avait pour principal talent de savoir tout faire. Sa carrière est ainsi composée d'oeuvres humoristiques, de polars, de thrillers, de films historiques et d'action, sans oublier de drames. Lorsqu'en 1964 il signe Cent mille dollars au soleil, l'homme se présente comme un metteur en scène confirmé, aussi bien par la critique (qui parfois l'encense) que par le public (toujours fidèle). Parmi ses précédents et honorables longs-métrages, on citera par exemple Le boulanger de Valorgue (3 727 977 entrées), L'ennemi public numéro un (3 754 112 entrées), Le mouton à cinq pattes (4 136 853 entrées), La vache et le prisonnier (8 844 000 entrées), Le président (2 785 528 entrées), Un singe en hiver (2 124 000 entrées) et Mélodie en sous-sol (3 513 000 entrées). En somme, Henri Verneuil n'a plus rien à prouver à personne, si ce n'est à lui-même. Amoureux fou de cinéma, il cherche donc à se renouveler chaque fois et à explorer de nouveaux horizons. Troisième collaboration avec Jean-Paul Belmondo, Verneuil se lance petit à petit dans l'aventure et l'action. En 1974, lors du tournage de Peur sur la ville, il atteint son summum, notamment en filmant son acteur principal debout sur le toit d'un métro en marche. Quelques années auparavant, avec La vache et le prisonnier, il fit un premier pas, bien que timide, vers le road-movie. Cent mille dollars au soleil se situe donc entre les deux, ce qui ne l'empêche pas de mettre les bouchées double et de livrer une oeuvre digne des plus grosses productions hollywoodiennes. Au-delà du genre appartenant au western, le film propose également bon nombre de scènes d'action, à différents niveaux : courses-poursuites en plein désert, fusillades et combats à mains nues. En fait, le spectacle, au sens noble du terme, reste la principale préoccupation du réalisateur. Ses différents longs-métrages, et plus particulièrement celui-ci, ne présentent aucun temps mort et chaque séquence se trouve dotée d'un rythme et d'une efficacité à toute épreuve. Ici, un plan, quel qu'il soit, a pour objectif de valoriser le comédien, l'action ou le dialogue, parfois les trois en même temps. Avec Henri Verneuil, rien n'est jamais laissé au hasard. Le moindre détail compte, du premier rôle au plus petit, du plan large au plus serré. Tout est prétexte à rire, à frissonner ou à pleurer. Si Belmondo apparaît d'égal à égal avec Ventura, Bernard Blier quant à lui, réussit à leur tenir tête, et ce, malgré un rôle secondaire. De par sa gouaille, son talent mais aussi celui de Verneuil, chacune de ses apparitions devient une véritable source de bonheur (il est l'un des éléments divertissants principaux du film), qui plus est accentuée par un comique de répétition et un thème musical composés sur-mesure.
Rendons enfin à Audiard ce qui appartient à Audiard, et à lui seul : les dialogues. Sans cet immense artiste, Cent mille dollars au soleil, et un certain nombre d'autres films, n'auraient jamais connu de tels succès. Si les répliques écrites pour Les tontons flingueurs demeurent encore aujourd'hui d'incontournables références, il ne faudrait également pas oublier celles-ci :

L'histoire : Aux portes du désert, Castigliano dirige une entreprise de transports routiers. Hans doit conduire un chargement clandestin de cent mille dollars au c[…]
