Une sympathique comédie sur la boxe prenant pour cadre la jeunesse du Noble Art dans le San Francisco de la fin du 19ème siècle, avec un Errol Flynn bondissant sous la caméra inspirée de Raoul Walsh, cela vous tente ? Nous aussi.
GENTLEMAN JIMUSA - 1942
Un film de Raoul Walsh
Avec Errol Flynn, Alexis Smith, Jack Carson, Ward Bond...
1h44
Ressortie le 04 octobre 2006San Francisco, 1887. James Corbett est pour l'instant employé de banque et embobineur professionnel, mais il compte bien s'élever à de plus lucratives fonctions. A moins qu'une autre passion ne le rattrape, lui permettant ainsi de joindre l'utile à l'agréable: la boxe. Alors qu'il se rend au flambant neuf Club Olympique de la ville pour commencer à y tisser son un réseau d'influence, il fait la connaissance de Vicky, une fille de bonne famille au caractère bien trempé qu'il ne tarde pas à trouver à son goût. Mais cette dernière ne supporte pas son imputrescible arrogance. Parallèlement, Corbett commence à livrer ses premiers combats, et à remporter ses premières victoires. Sa coquetterie sur le ring lui vaut rapidement un surnom: Gentleman Jim. Peut-être est-il bon de commencer cet article par un rappel nécessaire : il serait faux de prétendre que
Gentleman Jim est un chef d'oeuvre absolu du film de boxe. Force est de constater que le film souffre malgré lui de sa position de quasi-pionnier, en cela qu'il se "contente" de mettre en place les enjeux constitutifs du genre sans en explorer la substantifique moelle comme le feront quelques-uns de ses illustres successeurs (on vous laisse commodément et lâchement remplir l'espace vierge par votre film de boxe préféré). Néanmoins, les aficionados retrouveront leurs repères grâce à une mise en scène diligente et claire, épaulée par un montage étonnamment mobile et syncopé pour un film de cette époque -dans les scènes de boxe tout du moins-.

Qu'on ne s'y trompe pas : ces dernières constituent bel et bien la réussite majeure du film Chaque combat a bénéficié d'un soin particulier, tant du point de vue de la scénographie (pas un ring ne se ressemble, un des combats a même lieu sur une barge flottante) que des rebondissements scénaristiques (chaque combat ou adversaire a une particularité très marquée : un ex-champion d'Angleterre, un tricheur qui s'arrange pour se battre sans ses gants…) en passant bien évidemment par la mise en scène. Certes, on n'atteint évidemment pas les sommets d'un
Raging Bull ou d'un
Ali sur ce point, mais il est évident que Raoul Walsh a bossé sérieusement sur sa copie. L'à-propos de la mise en scène -aucun plan n'est superflu- nous fait ainsi dire que les séquences de boxe ont bénéficié d'une approche comparable aux films d'arts martiaux, où la danse de la caméra et l'angle choisi par le réalisateur participent autant, sinon plus, à la réussite de la chorégraphie. Un réalisme renforcé par le fait qu'Errol Flynn exécute lui-même ses combats, et que de toute évidence, certains coups sont réellement portés.
S'il fallait, sur la distance, émettre des réserves quant à la partie purement sportive du métrage, on objecterait tout de même que les combats manquent de "piquant", tant Jim Corbett semble traverser le film sans jamais être mis en danger, tant physiquement que moralement. Mais le film ayant été avant tout conçu comme une comédie familiale, il pouvait difficilement en être autrement.

Ce qui nous amène à la seconde pierre d'achoppement du métrage : ses scènes de comédie. Disons-le tout de go : elles accusent sérieusement leur âge. Il est d'ailleurs assez fascinant de constater, sur un plan historique, l'évolution des ressorts de la comédie et de la façon de la mettre en scène en plus de 60 ans. Ici, l'humour était gouailleur, démonstratif et espiègle. On ne s'amuse pas tant des tournures de phrases ou des situations que de la galerie de portraits déployée, reflet d'une époque que l'on ne connaît que par procuration et où de vieilles caboches d'irlandais passent leur temps à ânonner à tue-tête des tirades improbables entre deux bagarres homériques où personne ne semble jamais vraiment se faire mal puisqu'elles sont… pour de rire. Le gag récurrent du film est à ce titre emblématique de l'humour un peu trop "conscient" du film : les frères Corbett (ils sont trois) saisissent le moindre prétexte pour retrousser les manches et s'expliquer
mano a mano; moment que choisit invariablement un figurant quelconque pour se planter face à la caméra et mettre ses mains en porte voix avant de claironner un joyeux : "
Les Corbett remettent ça ! Les Corbett remettent ça !"
La partie romantique du métrage n'a pas moins vieilli, entre un Errol Flynn tout sourire en avant et une Alexis Smith en fille de bonne famille qui ne trompe personne avec ses airs-de-ne-pas-y-toucher.
Mais pourquoi bouder son plaisir ? C'est aussi cela qui fait le charme des comédies brillantes des années 30-40. Un charme naphtaliné peut-être, mais agréable au palais, rassurant comme la recette que vous réclamez à votre grand-mère à chacune de ses visites. Un charme enfin qui sait ménager un peu de place pour d'authentiques moments d'émotion, ayant cette fois traversé le temps sans encombres, à l'instar de l'ultime et poignante confrontation entre John L. Sullivan, le vieux champion fatigué, et James J. Corbett, le challenger au cœur pur et fougueux.
Peut-être la meilleure scène du film, et pas un gong ni une paire de gants à l'horizon.