Nous parlons d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Un temps où les images de synthèses n'étaient même pas une idée dans la tête de cinéastes qui découvraient à peine les possibilités narratives offertes par les effets spéciaux à grande échelle. C'est pourtant aux moins de vingt ans que s'adresse ce film en priorité. Ainsi qu'à tous les grands enfants sensibles au spectacle d'un personnage lilliputien dansant et chantant avec les jouets de sa chambre sur l'air d'une chanson enjouée…
LES AVENTURES DE TOM POUCE Tom ThumbAngleterre - 1958
Un film de George Pal
Avec Russ Tamblyn, Peter Sellers, Terry-Thomas…
Durée : 1h38
Ressortie le 20 décembre 2006L'adaptation très hollywoodienne du conte des frères Grimm, où un bûcheron et sa femme attendant désespérément qu'un enfant vienne remplir leur vie voient leur souhait exaucé par une fée. Le problème, c'est que l'enfant en question -qui a tout de même la vingtaine bien sonnée- n'est pas plus grand qu’un pouce…La plupart d'entre vous connaissent plutôt le nom de George Pal pour ses prestigieuses productions dans le domaine de la SF, que l'on peut sans exagérer assimiler aux ancêtres de nos blockbusters modernes.
Le Choc des mondes (Rudolph Maté, 1951) et le célébrissime
La Guerre des Mondes (Byron Askin, 1953), c'était lui. Autant de films importants dans l'Histoire des effets spéciaux tant ceux-ci y jouent un rôle prédominant ; et le premier film de Pal en tant que réalisateur, chroniqué ici, ne fait certainement pas exception à la règle. Si ses mises en scène ultérieures, au premier rang desquelles le très réussi
La machine à remonter dans le temps -adapté du roman de H.G. Wells en 1960- sont plus célèbres, celle-ci n'est est pas moins digne d'intérêt et appréciable pour ce qu'elle est : un conte pour enfants diablement efficace et généreux.
Il convient de rappeler l'évidence avant de poursuivre : bien sûr, le film a vieilli. Il serait sot de le nier. Et les bambins un peu trop âgés, sevrés à
L'âge de glace et aux films de Pixar, risquent de rester de glace, justement, devant les standards de production des films pour enfants des années 50. Soyez donc prévenus : ici les numéros musicaux façon
Le Magicien d'Oz sont la norme (comptez-en un toutes les vingt ou trente minutes), les bons sentiments et la naïveté font office de fil rouge pour tous les départements, du scénario à la scénographie en passant par la direction d'acteurs, et les méchants sont plus bêtes qu'efficaces. Quant au message, s'il fallait absolument en extraire un de ce show avant tout visuel, il se limiterait à ceci : "
Il faut toujours écouter vos parents, et voler c'est mal". Mais foin de tout cela, pas plus en 2006 qu'en 1958, on ne va voir
Tom Pouce pour réfléchir sur la condition Humaine. Le but premier est tout aussi louable : se divertir. Et puisque l'on en parle, autant revenir sur un point crucial de l'équation, les fameux méchants.
Ils sont au nombre de deux, et l'on aura tout dit quand on aura ajouté qu'ils sont incarnés par Peter Sellers et Terry-Thomas (souvenez-vous, le pilote anglais dans
La Grande vadrouille). Si Peter Sellers est ici un second couteau et ne peut donc se lâcher comme il le fera dans la série des
Panthère Rose, on retrouve son goût pour les déguisements et les accents à la provenance indéfinie. Quant à Terry-Thomas, il en fait des caisses dans le registre du méchant archétypal grimaçant… et c'est sans doute ce qui permet de faire passer la pilule.
"Excès", un mot qui semble avoir plané telle une éminence grise sur toutes les étapes de la production. Une démesure visuelle qui se retrouve principalement dans toutes les scènes à effets spéciaux, qui ont le charme indémodable des trucages à l'ancienne. Au menu : beaucoup de décors démesurés pour vendre l'effet de la petite taille de Tom, du fond bleu, des
mate-paintings, et une bonne dose d'animation image par image. Tous les jouets qui interagissent avec Tom sont en effet animés de cette façon. Les fans de Ray Harryhausen apprécieront -même si ce n'est pas lui qui s'est chargé de ces séquences-. Bien sûr ces trucages ont un peu vieilli, et notre oeil rompu aux techniques modernes n'aura pas grand mal à les déceler.
Mais qu'importe, cela participe au charme de ces productions, y apporte une valeur ajoutée même. Des questions que ne se sont sûrement pas posées les membres de l'Académie des Oscars en 1959, pour avoir décerné au film la statuette des meilleurs effets spéciaux. Une récompense amplement méritée, tant le métrage a été réalisé avec un soucis évident de perfection et de cohérence filmique. Ainsi, quand Tom Pouce s'exprime, sa voix est très lointaine, comme s'il était réellement tout petit. Il est également filmé comme tel, presque toujours en plongée et en plan d'ensemble, en mettant le spectateur à la place d'un entomologiste qui le regarderait évoluer de haut. Tom n'a ainsi pratiquement aucun gros plan, à l'inverse de ses partenaires à taille humaine.
On pourrait continuer de gloser longtemps sur les qualités intrinsèques du film mais ce serait sans doute vain. Définitivement, certains métrages ne se prêtent pas à la dissection, et
Les Aventures de Tom Pouce est de ceux-là. Qu'il vous suffise de savoir que le voyage que vous propose George Pal sera bigarré, énergique, musical et naïf dans le bon sens du terme, et vous posséderez l'essentiel des clés pour en profiter à sa juste mesure. Précisons enfin que le film ressort aussi bien en VO qu'en VF, et vous n'aurez dès lors plus d'excuses pour ne pas offrir à vos rejetons le plaisir d'une découverte cinéma atypique, à un moment où les films pour enfants paraissent de plus en plus formatés. En tout état de cause, une alternative originale aux pingouins en 3D qui chantent des tubes disco.