Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 12 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 12 octobre 2009 à 11h52 - 0 commentaire(s)
Alors que Les Monstres et Le Fanfaron (de Dino Risi) retrouveront nos salles prochainement, ce début juin semble promis à Ettore Scola et aux grands classiques italiens. Et la ressortie d’Une Journée particulière, produit par l’immense Carlo Ponti, augure du meilleur si l’on se rappelle que dans la riche filmographie de l’homme à qui l’on doit Nous nous sommes tant aimés, le César du Meilleur film étranger 1977 évoque avec un rare brio le fascisme italien et explore au travers de ces noirs tourments, la difficulté d’être homosexuel.

Il était une fois…
UNE JOURNEE PARTICULIERE
Un film d’Ettore Scola
Avec Sophia Loren, Marcello Mastroianni, John Vernon
Durée : 1h45

Sortie le 7 septembre 1977

Entre Histoire et politique

« Une Journée particulière est né de l’histoire de deux personnes isolées, deux victimes, un homme et une femme qui, en se rencontrant et en se reconnaissant comme des exclus, réussissent pendant quelques heures à sortir de leur rôle de citoyen de seconde catégorie dans lequel ils sont confinés et à devenir acteurs à part entière, s’exprimant eux-mêmes. Habitués à écouter en silence les autres, pour la première fois ils parlent et s’interrogent. Accoutumés à se mentir à eux-mêmes, à réprimer leurs élans, ils trouvent ensemble la sincérité à défaut de l’amour. » Ettore Scola



Alors que l’Italie s’enfonce dans un fascisme aux relents de plus en plus abjects, Antonietta et Gabriele vont par le hasard de leur solitude et de leur mise à l’écart se rencontrer. Tout portait pourtant à ce que jamais ils ne puissent ni se parler ni même se croiser. En effet, cette dernière en bonne matrone romaine passe ses journées à s’occuper de ses six enfants tandis que notre homme, ancien journaliste renvoyé en raison de sa sexualité, vit terré chez lui dans la crainte et l’angoisse d’être déporté. Cependant, malgré leur isolement respectif, tous deux vont bientôt se rapprocher et c’est dans une folle étreinte, tout aussi inattendue que passionnée, qu’ils vont goûter à l’espoir de soirs meilleurs, avant que la vie dans toute sa dureté ne reprenne douloureusement son cours…

Décidé à porter à l’écran le sort de deux êtres méprisés et rejetés, Ettore Scola entreprend Une Journée particulière avec une seule envie, raconter le destin d’un homme et d’une femme que tout oppose et qui vont pourtant se trouver et se découvrir. Pour mieux saisir l’ampleur de leur sort et se révéler, et tout autant pour être juste avec eux-mêmes. Or, bien vite et malgré son souhait initial, le cinéaste ambitionne d’inscrire son propos dans une époque aussi trouble que radicale, celle de l’Italie des années 30, cette période ô combien noire pour son pays. Ainsi, choisit-il comme arrière-plan de situer son histoire dans la continuité d’une seule journée, celle funeste du 6 mai 1938 où Mussolini a concrétisé avec Hitler l’axe Rome-Berlin. Et pour parfaire son idée initiale, décide-t-il de choisir deux personnages que tout oppose et isole, une exemplaire matriarche dévouée à son machiste de mari et un intellectuel à l’homosexualité aussi dangereuse que scandaleuse. Naît alors sous les traits du formidable Marcello Mastroianni et de la plantureuse Sophia Lauren, l’idylle impossible entre ces deux êtres que ni les mœurs ni l’époque ne veulent reconnaître comme des êtres susceptibles d’avoir voix au chapitre.

De la tragédie historique à l’envie symbolique du jugement

Récit dramatique et profondément romantique, Une Journée particulière brille donc par son ampleur et sa volonté corrosive, attaquant de front le passé de l’Italie fasciste et la donnant à voir sous les visages de deux de ses plus illustres enfants. Après Nous nous sommes tant aimés et Affreux, sales et méchants, Ettore Scola se pique de livrer un bien amer visage de son pays, restant par là même dans la droite lignée des scénarios qu’il écrivit pour Dino Risi. Mais au-delà de son sujet, de son ampleur et de sa vigoureuse causticité, le cinéaste italien signe avec Une Journée particulière, l’un des films les plus réussis d’une carrière pourtant forte de vingt huit films. En effet, celui qui contribua à donner à la comédie italienne tout son mordant comique et cynique, réussit avec ce film un bien rare amalgame, celui du drame et de l’excès, de la transgression et de son oubli. Mais tout autant il y parvient en surlignant à grands traits les situations paroxystiques et excessives qui rapprochent Antonietta et Gabriele, en faisant des choix qui combinent à la fois la froideur et une certaine recherche de la théâtralité.



Car Une Journée particulière marque alors pour Ettore Scola une véritable obsession pour le récit édifiant et plus encore l’affirmation d’une véritable envie politique, envie qu’il poursuivra d’ailleurs dans ses autres films et qu’il partagera avec d’autres cinéastes de son temps comme Vittorio de Sica (Le Jardin des Finzi Contini) ou plus récents comme Marco Bellochio (Vincere). De fait, s’il est un film qu’il ne faudrait pas manquer avant de se régaler de ceux qu’il écrivit pour Dino Risi, c’est assurément ce mémorable long qu’est Une Journée particulière et qui ressort ce mercredi.
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