Par Frédéric Ambroisine - publié le 28 juillet 2008 à 14h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 16h43 - 2 commentaire(s)
Lors de la deuxième édition du festival Nouvelles Images Du Japon qui a eu lieu du 15 au 23 Décembre 2001, nous avons eu l’occasion de rencontrer un des organisateurs, Ilan N’Guyen, qui visiblement surmené pendant ces 8 jours consacrés à l’animation japonaise, n'a accepter de répondre à nos questions qu'après la manifestation. Flashback…

DVDRAMA : Bonjour, Quel a été votre rôle dans l’organisation du festival et pouvez vous établir un bilan de cette deuxième édition?

Ilan Nguyen : Je fais parti de l’équipe du festival, j’ai rejoint l’équipe de la DAE (Délégation à l’action éducative) au sein du forum des images pour la première édition en 1999. Il y avait un projet de festival autour du cinéma japonais d’animation depuis un moment au sein de cette équipe et j’ai donc été contacté pour y participer. Au départ, je suis un peu journaliste et je suis une formation en langue japonaise. Cette deuxième édition a été décidée après coup, par rapport aux échos qu’avait rencontrée la première édition.

En ce qui concerne la question de Bilan, il est sans doute trop tôt pour en établir un. Pour savoir notamment ce qu’il convient de choisir comme orientation… mais en terme de fréquentation et d’impact, on est clairement au-dessus la précédente édition. Ce sont des signes qui incitent à continuer, mais il va falloir se poser les questions de savoir si on le fait, comment on le fait.

DVDRAMA : Pourquoi 2 ans d’écart entre les deux éditions ?

Ilan N’Guyen : La décision a été prise assez rapidement après la première édition de vouloir tenter à nouveau cette aventure. Au départ, l’une des idées était effectivement d’enchaîner directement l’année d’après. Ça ne s’est pas fait pour un tas de raison. Ça a rapport avec le rythme même, la façon dont les films sont produits. Il valait mieux laisser un petit peu de temps entre les deux, de façon à présenter de façon plus consistante ce qui s’est produit dans l’intervalle. Moi je ne pouvais pas personnellement participer à une deuxième édition qui se serait déroulé un an après. Je suis parti au Japon et je suis revenu il y a quelques mois seulement. Il y a eu tout un tas de facteur… on s’est dit que le fait de faire ça sur un rythme biennal, pour cette deuxième édition du moins, avait un sens, et apportait quelque chose à la manifestation.
DVDRAMA : Vous semblez avoir une connaissance assez fournie du cinéma d’animation. Ça vient d’une passion personnelle où vous avez du faire des recherches et apprendre par cœur les biographies des animateurs etc.… ?

Ilan Nguyen : Ça démarre effectivement d’une passion, qui a commencé par Miyazaki, il y a quelques années déjà. Le fait de rencontrer certaines de ses œuvres en vidéo, d’assez mauvaises qualités en version japonaise m’a donné un petit peu envie d’en savoir plus sur ces films là. Et petit à petit, j’ai eu envie de pouvoir travailler de façon plus précise sur ce cinéma là. J’essaye maintenant depuis 4, 5 ans, de compiler le plus d’information possible, dans une perspective globale sur ce qui ce fait au japon en animation et sur ce qui s’est fait.

Ce qui est le plus difficile à obtenir, c’est de saisir finalement où se placent les œuvres et les auteurs les uns par rapport aux autres. C’est très facile de démarrer des théories avec une connaissance de trois films et deux auteurs, mais ça ne peut pas marcher dans l’absolu. On se retrouve à mouliner à vide. A raconter des bêtises souvent… Et le gros problème effectivement, c’est que sur l’ensemble de ce qui a put s’écrire en France, et même en langue anglaise sur un sujet comme celui là, il est très difficile de faire le tri entre ce qui peut garder une certaine valeur et ce qui se révèle finalement comme des élucubrations. C’est un problème qui rend obligatoire le recours à des sources japonaises, qui elles-mêmes peuvent être encore sujettes à caution. En tout cas, il n’y a pas d’autres moyens, je crois, d’essayer de creuser et d’avoir un accès direct aux sources, pour développer une prise sur les enjeux techniques de ces différents registres de cinéma.

DVDRAMA : Combien de temps a pris la préparation du catalogue qui est très documenté et a visiblement demandé un travail acharné ?

Ilan Nguyen : Ça a demandé un travail acharné et à la fois trop de temps et pas assez. Si on avait pris une demi-journée supplémentaire, on ne l’aurait pas eu pour le festival. Il fallait gérer les délais de façon drastiques. On n'a pas eu assez de temps par ce qu’il y a encore quelques erreurs. Mais ça a demandé trop de temps d’un point de vu général, du point de vue de l’équipe. Il est clair que le temps passé à ce travail là a représenté plus d’un mois de travail, peut-être deux. Ce type de document est appelé à avoir une vie un peu plus longue que la manifestation elle-même, et à trouver une utilité à plus long terme. Pour moi, il est indispensable que ce type d’outils soit impeccable et donc de mon point de vue, on n'a pas passé assez de temps dessus. Mais le travail a été assez rude, et nous a laissés tous à lui seul assez fatigués..

DVDRAMA : Tous les films n’ont pas été sous-titrés était-ce une question de temps, d’argent?

Ilan Nguyen : Un film a été présenté en version anglaise (Vampire Hunter D) sans sous-titre et un autre en version originale sous-titrée en anglais (Si tu tends l’oreille). Cela était indiqué sur les brochures. Pour la manifestation, on a un budget pour le sous-titrage et il s’agit de faire des choix comme on en a fait il y a deux ans. On avait présenté un film de monstre (Gamera 3) avec des sous-titres anglais. Il fallait choisir si on montrait d’autres films et quels films on traduisait, si on pouvait se permettre ou non de garder certains films avec des sous-titres anglais. Ce choix-là, je l’assume sans problème. Pour moi, ce film était parfaitement montrable tel quel.

Cette fois-ci, on a engagé un nombre de sous-titrages bien plus important . Pour Vampire Hunter D, il a été doublé en anglais de façon antérieure à la version japonaise. Pour lui, il n’était pas forcément indispensable d’avoir des sous-titres. C’est une version qui est d’emblée marquée par une sorte de bicéphalie. Le film a été animé au japon mais pour être doublé en anglais. Le doublage est extrêmement clair et limpide du fait de cette distance. Pour l’autre film qu’on a montré en VO sous-titré anglais Si tu tends l’oreille - un film de 1995 du Studio Ghibli - , la possibilité de le montrer nous est arrivée tardivement et c’était la seule copie disponible. La question qui se posait était : est-ce qu’on le montre ou pas ? Et on a voulu le montrer.


UTENA : La Filette Révolutionnaire de Kunihiko Ikuhara (1999)

DVDRAMA : Concernant les court métrages, la plupart ne possédaient pas non plus de sous-titre. Ce n’était pas super évident pour la compréhension.

Ilan Nguyen : Bien sûr, c’est un autre problème. D’une façon générale, la programmation d’un long et celle d’un court sont des enjeux différents et ont des modalités et des difficultés différentes. La programmation du court métrage demande un travail beaucoup plus important pour des résultats bien plus courts. Il faut compiler des programmes. Ca peut sembler, à première vue, plus facile et plus rapide de sous-titrer les court métrages mais notre budget était prévu uniquement pour les longs métrages et comme vous avez pu le voir dans l’auditorium, uniquement pour des sous-titrages virtuels pour lesquels on a équipé un de nos espaces. Projeter un court-métrages dans cet espace n’était pas possible pour tout un tas de raisons. Cette production est plus encrée sur des supports vidéos que sur des supports pellicule, projeter de la vidéo dans l’auditorium avec la taille n’aurait pas été recommandé. il y a un nivellement des catégories qui fait que nous avons été portés à sous-titrer les longs métrages et à vouloir passer les courts en VO, sachant que la plupart des courts ont été sélectionnés par des gens du Forum qui ne parlent pas forcément japonais. Par exemple, il y a eu des films qui était remarquables graphiquement mais peu compréhensibles qui n’ont pas été sélectionné. Donc, à priori notre programmation reste intelligible dans une certaine mesure.

DVDRAMA : Vous avez participé à la programmation. Quelle est la motivation de vos choix pour la plupart des films ?

Ilan N’Guyen : Pour ce travail de programmation, moi j’ai passé un an et demi au japon. J’ai essayé de développer un maximum de contacts et de voir un maximum de films durant ce séjour. J’ai fait ensuite un certain nombre de proposition durant mon séjour et à mon retour. J’ai préparé la programmation de la rétrospective des films de Miyasaki et du studio Ghibli autour de l’invitation de Otsuka Yasuo pour lequel il y a eu là un certain nombre de films que j’ai voulu très personnellement voir et montrer.

Dans la rétrospective Miyasaki et Ghibli c’est en particulier des films comme Laputa, Pompoko, Si tu tends l’oreille. Il y a d’autres films qu’on aurait voulu avoir au sein de ce volet-là. On verra une prochaine fois peut-être. Autour de Otsuka Yasuo, c’est bien sûr les films comme Lupin III, le pilote en particulier, un film comme Fuma qui est très rare. Je ne sais pas si il aura le moindre destin au japon ou dans le reste du monde donc, pour moi, il fallait le montrer à l’occasion de sa venue, c’était une évidence absolue ; Des films comme Tenguri, l’enfant des Steppes qui est un de ses rares films en tant que metteur en scène. Il y a des choses qui était bien plus évidentes autour de Otsuka comme Cagliostro, Conan le fils du futur.




LE COMPLOT DU CLAN FUMA (1987)

Sur le reste de la programmation, j’ai montré au délégué général des films comme Princesse Arete, un film dont on peut être fier de l’avoir montré et d’en avoir reçu le réalisateur, également le long métrage Junkers que j’ai vu au japon et qui a été programmé sans que le délégué général le voit, il a bien voulu me faire confiance. Il y a deux ans, il y a des films qu’on voulait avoir pour soi-même et qui n’étaient absolument pas connu, comme Goshu le violoncelliste ou Panda Ko Panda, des choses qui étaient un petit peu cachées et qu’on voulait pouvoir révéler au grand jour. Cette année, ce sont ces films-là qui ont la place même si il n’y a pas eu un grand bruit autour d’eux, moi je suis fier d’avoir pu les présenter ici.

DVDRAMA : Les films de la Toei assez anciens dont nous avons pu voir les extraits lors de la carte blanche à Yasuo Otsuka, y a-t-il une certaine difficulté à obtenir les copies cinéma ? (NDLR : Certains comme Le Chat Botté ou Hols, Prince du Soleil dont les extraits ont été projetés à la Carte Blanche d’Otsuka ont l’air vraiment exceptionnels ! )

Ilan Nguyen : Oui, ce sont des films qu’on a voulu programmer. Là aussi, je les ai présentés à Xavier Kawa Topor et on a essayé de les avoir. Ça n’a pas été possible pour des raisons de mauvais contact. On n’a pas obtenu de réponse positive. Ils n’avaient pas vraiment la volonté de nous suivre dans ce projet, ça ne les intéressait pas beaucoup. Donc on va voir si on peut revenir vers eux pour tenter de projeter un volet de films lors d’une prochaine édition éventuellement. C’est clairement un ensemble de films remarquables et qui, au japon même, sont un peu oubliés. Ils font partie d’une période pas forcément bien connue et qui a été occultée par notamment la production télévisée qui s’est imposée par la suite. Ce sont des films qui ont vraiment une stature dans le dessin animé, je pense, mondiale, qui représentent quelque chose et une époque qu’il faut pouvoir montrer. J’espère que ce sera possible un jour ou l’autre d’avoir un ensemble de films conséquent autour de ce studio et de cette époque-là.

DVDRAMA : C’est la télévision qui a un peu mis fin à cette période avec l’apparition de l’animation limitée, mais pensez-vous qu’il existe, tout de même, des produits télé de qualité.

Ilan Nguyen : Bien sûr ! Le problème, c’est qu’il n’est pas possible de résumer la production japonaise en un mot ou en deux paragraphes. Bien sûr qu’il y a de bons produits télévisuels de qualité. On trouve de tout dans la production télé, que ce soit au niveau de la teneur, de la forme ou de la qualité. Dans chaque catégorie de ce cinéma-là, on trouvera de tout. On n’arrive pas à découper les choses de façon satisfaisante, ce qui donne une vision et des zones un petit peu disjointe. La production télévisuelle est, dans son ensemble, d’un tel volume qu’il y a forcement des inégalités qualitatives. Une très grosse partie de cette production reste d’un niveau technique extrêmement faible voire médiocre pour plus de la moitié de ce qui se fait. On peut dire ça de tout ce qu’on voudra considérer, ce qui importe c’est de pouvoir distinguer et différencier les choses, avoir une idée de ce qui peut être intéressant et pourquoi c’est intéressant. Des titres comme Sherlock Holmes, pour moi, sont des sommets absolus de la production télévisuelle. Ce n’est pas le rythme forcement le plus serré. Les gens qui ont travaillé dessus ont eu un peu plus de temps que le rythme hebdomadaire, et ça se voit clairement, dans une optique qui n’a rien à voir avec les restrictions et les limitations habituelles et par défaut qu’on a dans cette production-là. On était vraiment dans une optique identique à celle du long métrage. C’est ce qui fait que ces épisodes-là projetés sur grand écran passent parfaitement. Dans un registre bien plus proche de la production télévisuelle et de son rythme et de ses contraintes, une série comme Conan est assez claire sur ce qu’il est possible de faire dans ce créneau-là.

DVDRAMA : Parmi la sélection de films il y a quelques films live. Quelle est la raison de leur présence dans ce festival ?

Ilan Nguyen : Effectivement, ça manque de clarté. Il y a deux ans, on voulait avoir quelque chose qui présentait principalement des films d’animation et également des films en prise de vues réelles qui entrent dans l’appellation de cinéma digital ou cinéma numérique. De films qui fassent appel de façon importante et décisive par leur contenu aux techniques numériques. Il y a deux ans, c’était Gamera 3 pour tous les effets spéciaux en particulier et Love & pop, qui a été tourné avec une petite caméra digitale telle que celles qu’on trouve dans le commerce. Une forme de cinéma qui serait à la portée de n’importe qui du point de vue technique. Cette année, on a présenté en particulier, Avalon en prise de vue réelle. Un film qui est marqué par l’omniprésence d’un recours à l’infographie pour la retouche des images.

DVDRAMA : C’est le cinéma d’animation qui vous a amené à la culture japonaise ?

Ilan Nguyen : Non, non. Quand j’ai rencontré les films de Miyasaki, j’étais déjà à l’université en langue japonaise. Moi ce qui m’a amené au japon a assez peu à voir avec le cinéma d’animation.


BOOGIEPOP PHANTOM (2001)

DVDRAMA : Et le cinéma japonais en général, vous vous y intéressez ?

Ilan Nguyen : Je connais un tout petit peu. C’est quelque chose qui m’intéresse mais il me manque encore énormément de connaissance. J’essaye de développer un certain nombre de choses autour de la production d’animation qui elle-même se trouve un peu marginalisée au sein de la production au japon. Finalement c’est très difficile de trouver des passerelles. Plus on essaye de creuser de façon précise et pointilleuse dans le domaine de la production animée, plus on se trouve un petit peu coupé de la production en prises de vues réelles. Et donc, moi, j’avoue une ignorance assez importante de l’histoire des grands studios des différents âges d’or du cinéma japonais. Je sais qu’il existe un certain nombre de choses y compris en français qui sont assez facilement accessibles. Je sais que j’aurai à les rencontre à un moment ou à un autre. Mais je n’éprouve pas le besoin de hâter ce moment-là.

Le cinéma d’animation japonais a une place à trouver dans le cinéma en tant que tel et si on considère l’histoire du cinéma japonais tel qu’il s’est développé en France, on a effectivement tout une histoire de la perception française du cinéma japonais avec ses déformations, avec ses querelles, tout ce que ça représente là aussi, cette histoire-là occulte complètement la production animée donc, moi, le fait de corriger des choses sur la perception française m’intéresse moins que de connaître la réalité de ce qui s’est fait au japon. Finalement on a toutes sortes de déformations sur le cinéma d’animation japonais, aujourd’hui, qui est le fait d’un certain nombre de gens qui écrivent sans avoir ni de prise sur la langue japonaise, ni de prise sur les techniques qui font l’objet du cinéma qu’ils veulent traiter. Je crois que ce n’est pas possible d’aller très loin dans ces conditions-là. Donc, plutôt que de se soucier des questions de perception, moi c’est de savoir quelle a été la réalité de ces films et de cette production-là au japon.

Interview réalisée par Frédéric Ambroisine le 24 Décembre 2001 au Forum des Images
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