The Proposition a bien failli ne jamais être vu en salles. Comme tout un tas d'autres films, il aurait été condamné à devenir une surprise inattendue du rayon DVD. Parce qu'il ne faut pas oublier d'être curieux, retour sur quelques objets cinématographiques relativement inconnus qui méritent un détour - et qui auraient facilement pu faire le tour des cinémas.
Henry Poole is here
C'est quoi ? Conte métaphysique en banlieue américaine.
The Informers
C'est quoi ? Adaptation du Zombie de Brett Easton Ellis.
Au bord d'une piscine éclairée dans la nuit, au milieu d'une fête et sur le New Gold Dream de Simple Minds s'ouvre l'étrange adaptation du Zombie de Bret Easton Ellis, destins croisés d'une poignée de personnages vides et narcissiques dans le Los Angeles des années 80 : une rock-star, un producteur, une présentatrice télévisée, un vampire, etc. Du moins c'est ce qu'aurait dû être The Informers. Après avoir travaillé sur le scénario pendant trois années, Bret Easton Ellis avouait à la sortie du film « C'est difficile à expliquer mais ça aurait dû être des gangsters et des vampires, des jolies filles et des jeunes... Il y a des choses que je reconnais et d'autres, non. Mais c'est la vision du réalisateur, et c'est comme ça ». La violence, le sexe et le cynisme indissociables de ses histoires ont été plus ou moins gommés, conférant au film une atmosphère d'apocalypse lointaine, omniprésente mais laissée de côté, et le segment vampirique - porté par Brandon Routh - a simplement été coupé du montage final. Tout le monde s'en retrouve encore plus paumé et misérable, coincé dans un monde minuscule où chaque gala de bienfaisance vous met sur la route de l'autre, où la famille est forcément la raison de tous les maux, et où chacun répète le schéma auto-destructeur de son entourage. Rien n'est précis, tout est flou voire inconsistant la plupart du temps, et pour être franc, la narration fragmentée relève davantage de l'erreur que de l'exercice de style. Pourtant, lorsque le générique de fin arrive en laissant la totalité des choses inachevées, The Informers rejoint lentement le rang des objets filmiques marquants, ces œuvres bancales dont l'étrangeté envoûtante laisse une empreinte indélébile. Le pessimiste clinquant et l'absence totale de raisons d'être - autant pour les personnages que le film lui-même - en font un des films les plus nihilistes de ces dernières années. Le concept étant beaucoup plus fort que le film lui-même, The Informers est condamné à être oublié.
House of sand and fog
C'est quoi ? La tragédie humaine de l'american dream.
C'est qui ? Jennifer Connelly et Ben Kingsley.

La preuve qu'Oscars ne rime pas automatiquement avec sortie en salles. Malgré trois nominations - Ben Kingsley, Shohreh Adhdashloo, James Horner - le premier film de Vadim Perelman - La vie devant ses yeux, et prochainement, le remake de Poltergeist - est passé inaperçu. Chose réellement dommage puisque House of sand and fog est une tragédie humaine aux dimensions surprenantes menée par un casting impressionnant - du duo de stars hollywoodienne aux seconds rôles - et brillamment écrite. Tout démarre par la vente accidentelle d'une maison qui va bouleverser l'existence de deux personnes. La propriétaire déjà, noyée dans la dépression et la solitude depuis que son mari l'a quittée. Et un ancien colonel iranien qui a fui son pays, perdant au passage son rayonnement social. Tout semble les opposer - caractère, origine, âge, sexe, conception de la vie - et pourtant, tout les rassemble - mensonge, mépris, peur de la fracture sociale. C'est ce double portrait de personnages tiraillés par la haine et le besoin d'amour qui confère une dimension épique à une histoire a priori sans grand intérêt dramatique. House of sand and fog est en tout cas un des films les plus déprimants de ces dernières années.
Adventureland
C'est quoi ? Feel-good movie pas si superficiel.
Laurel Canyon
C'est quoi ? Apologie de la liberté intellectuelle et sexuelle.
C'est qui ? Frances McDormand, Christian Bale, Kate Beckinsale, Alessandro Nivola et Natasha McElhone dirigés par l'indé Lisa Cholodenko.
Lisa Cholodenko est considérée comme une valeur sûre du cinéma indépendant américain depuis son High Art en 1998. Quatre ans après, elle s'arme d'un casting de destruction massive pour raconter la même histoire. La trame narrative est moins rigoureuse, exploitant des tas de possibilités amoureuses et sexuelles là où High Art condensait tous les choix dans une relation unique, mais le principe reste le même. Comment réagir face à un monde inédit, au fonctionnement nouveau, qui entrouvre des portes inconnues ? En orchestrant la confrontation entre deux univers archi-codés - la science et la musique, l'ordre et l'instinct, l'ambition et la vie - Lisa Cholodenko évite de tomber dans l'intrigue amoureuse à géométrie variable - charme, drague, adultère, culpabilité. Sous ses airs de bluette intello, Laurel Canyon fonctionne avec une autre énergie, et tout comme High Art, c'est la volonté de création qui mène le récit. Les questions sont simples - que faire de sa vie, écouter sa raison ou son cœur, lutter ou accepter - et les ficelles, souvent visibles. Pourtant, il y a un grain de folie et une vision débridée de la vie qui en font un fantastique film sur l'abandon de soi et la force des évènements. C'est cette volonté de ne pas nier le rôle primordial de la sexualité et du désir qui font de Lisa Cholodenko une cinéaste passionnante. Les corps sont filmés avec envie - la scène du bain de minuit à trois restera dans les esprits - et les barrières sociales n'ont plus de raison d'être. Dans la dernière scène, l'agressif et coincé Christian Bale accepte l'absurdité de sa vie et avec lui, Lisa Cholodenko admet le joyeux non-sens de l'existence. Les relations, le travail, la famille, le sexe, tout est compliqué, mais ce n'est pas une raison pour en pleurer. La preuve.

L'histoire : Dans l'arrière-pays australien, à la fin du XIXème siècle, deux hommes situés aux deux extrémités de la loi passent un marché secret et décisif. Le […]
