A chaque film, Christopher Nolan construit des tours de magie aux rebondissements inattendus, aux constructions alambiquées et utilise les conventions du film noir (personnages ambigus, enquête filandreuse, territoire urbain) pour les développer avec une technicité très poussée. Dans l'immense The Dark Knight, Nolan conciliait la forme (extrêmement travaillée) et le fond (extrêmement riche) avec une cohérence qu'il n'avait encore jamais atteinte. Avant, il y a eu le vampirisme moral dans Following ; le montage amnésique dans Memento ; la déréliction morale dans Insomnia ; le bluff rival dans The Prestige ; la schizophrénie du super-héros dans Batman Begins. Désormais, il y a le vertige paranoïaque d'un as de l'extraction (Leonardo Di Caprio) dans Inception, le film le plus attendu de l'été 2010.
Depuis Following, Christopher Nolan alterne les blockbusters et les productions plus indépendantes pour trouver un équilibre rassurant dans une industrie hollywoodienne qui tend à uniformiser ses talents. C'est une manière de se protéger, un peu à la manière de Steven Soderbergh (Bubble et Ocean's 12) qui enchaîne les gros budgets et les petites expérimentations arty. Entre deux Batman (Batman Begins et The Dark Knight), Nolan a signé The Prestige, "petit film" d'une classe inouïe avec lequel il s'est offert quelques plaisirs (donner un second rôle méconnaissable - celui de Nikolai Tesla, personnage historique et rival d'Edison en son temps - à David Bowie, en totale discrétion) sans changer de grammaire cinématographique. Inception se présente comme un double lointain et prolonge quelques obsessions (la dualité, la culpabilité, le pouvoir, la manipulation, la quête identitaire, la frontière entre le bien et le mal) qui prennent de plus en plus d'ampleur pour atteindre le spectateur jusqu'à la déraison. Un peu comme s'il revoyait un David Lynch à répétition. On peut compter sur Nolan pour rendre l'ensemble addictif avec un casting de stars qui n'ont plus rien à prouver (Leonardo Di Caprio, Michael Caine) et des valeurs montantes (Cillian Murphy, Ellen Page, Tom Hardy).
LEONARDO DI CAPRIO
Dans Inception, Leonardo Di Caprio incarne le patron d'une entreprise, pris pour cible suite à ses travaux sur l'architecture de l'esprit. A moins qu'il ne soit lui-même paumé dans son propre cerveau. Après Shutter Island, de Martin Scorsese, Di Caprio figure dans le second événement cinéma de l'année.
KEN WATANABE
Révélé à une échelle internationale grâce au Dernier Samouraï (Edward Zwick, 2003) et découvert dans des standards dans les années 80 (Tampopo, de Juzo Itami), le Japonais Ken Watanabe a déjà tourné sous la direction de Christopher Nolan dans Batman Begins. Il confirme par sa simple présence que Nolan aime tourner avec les mêmes acteurs de film en film, dans des rôles différents voire opposés.
JOSEPH GORDON-LEVITT
James Duval étant trop vieux pour jouer les bombes androgynes dans l'univers de Gregg Araki, Joseph Gordon-Levitt est devenu la coqueluche du réalisateur de Doom Generation. La révélation se produit dans Mysterious Skin en 2004. Cinq ans plus tard, on le revoit dans (500) jours ensemble. La rumeur veut qu'après Inception, Nolan, réputé pour reprendre ses acteurs, confie à Gordon-Levitt L'homme Mystère dans le troisième Batman.
MARION COTILLARD
Marion Cotillard continue sa lancée post-La Mome. Après Michael Mann, c'est au tour de Christopher Nolan de l'emmener dans son univers. Dans Inception, elle devrait interpréter une femme fatale qui met à mal les méninges du personnage principal. Avec Marion, les rues de Paris se retournent sur elles-mêmes.
TOM HARDY
On avait repéré Tom Hardy en ours moustachu tragicomique qui n'arrive pas à danser sur un morceau des Pet Shop Boys dans l'excellent Bronson (Nicolas Winding Refn, 2009). Dans Inception, qui marque sa première collaboration avec Christopher Nolan, son rôle reste énigmatique.
CILLIAN MURPHY
Dans Batman Begins, Christopher Nolan s'est amusé à faire jouer L'épouvantail à Cillian Murphy, la révélation de Danny Boyle dans 28 jours plus tard. Après un petit clin d'oeil au début de The Dark Knight, l'acteur est de retour chez Nolan dans Inception. Une troisième.
ELLEN PAGE
A l'affiche de Hard Candy - où elle était impressionnante -, Juno et Bliss, Ellen Page a beau avoir manqué un rendez-vous (Drag Me To Hell, de Sam Raimi), elle promet en s'abîmant dans l'univers mental de Nolan. D'elle, aujourd'hui, on attend beaucoup.
THE DARK ACTORS
L'un des grands plaisirs coupables de Christopher Nolan - également l'un des nombreux facteurs de la réussite de ses longs métrages - consiste à confronter des acteurs venus d'univers différents. S'il semble attaché à Christian Bale et Michael Caine (Batman Begins, The Prestige et The Dark Knight), il propose des interactions de comédiens qui provoquent des fulgurances. Dans Batman Begins, la réunion de Christian Bale, Michael Caine, Cillian Murphy, Gary Oldman, Rutger Hauer, Morgan Freeman et Tom Wilkinson suscitait une réjouissance de cinéphile. Dans The Dark Knight, Maggie Gyllenhaal, Aaron Eckhart et Heath Ledger viennent compléter une distribution de pointures qui n'ont pas été recrutées parce qu'elles étaient à la mode. Mais bien parce que leurs confrontations auguraient des promesses. Comme par exemple Maggie Gyllenhaal, loin de réduire Rachel Dawes à une potiche grimaçante, et Heath Ledger, très attaché à son frère Jake depuis Le secret de Brokeback Mountain.
INSOMNIA / ROBIN WILLIAMS
Dans Insomnia, le rôle du flic déphasé en proie à de sérieuses crises d'insomnies (provoquées par le soleil de minuit, le démon de midi et un lourd traumatisme), Al Pacino, formidable, reprenait différemment un rôle jadis campé par Stellan Skarsgard (Breaking the Waves). Robin Williams prouvait qu'il était capable d'être inquiétant quand il le voulait bien. Et Hilary Swank (Million Dollar Baby) explosait déjà.
BATMAN BEGINS / RUTGER HAUER
Il a suffi d'une simple apparition de Rutger Hauer dans Sin City pour rappeler à quel point l'acteur de La Chair et le sang et de Hitcher restait encore aujourd'hui un bon acteur. Après des années de traversées du désert, il explosait dans Batman Begins sous la houlette de Nolan. Question : à quand les retrouvailles machiavéliques avec Jennifer Jason Leigh?
THE PRESTIGE / DAVID BOWIE
Bowie qui avait quelques beaux films à son palmarès (Furyo, Twin Peaks), n'avait rien tourné de conséquent depuis Basquiat de Julian Schnabel en 1996, malgré une apparition dans Zoolander. Dans The Prestige, la transformation est telle que l'on met facilement cinq minutes avant de le reconnaître.
THE DARK KNIGHT / HEATH LEDGER
Dans ce grand film de super-héros, ce serait un euphémisme de dire que l'interprétation hallucinée et hallucinante de Heath Ledger en Joker impressionne - l'acteur réussissant l'exploit de hanter les moments où il n'apparaît pas à l'écran. Comme pour suggérer l'obsession mentale du terroriste dans la mégapole Gotham. La triste réalité des évènements a rattrapé le block-buster de Christopher Nolan.

