Dans City Island, Andy Garcia hérite d'un de ses meilleurs rôles et livre une prestation exceptionnelle dans la peau de Vince Rizzo.

Par - publié le 18 janvier 2010 à 16h12
0 commentaire(s)

Voici quelques années qu'il se fait rare, qu'il a seulement joué ces derniers temps les seconds rôles dans des machines filmiques rôdées comme La Panthère rose 2 ou Ocean's 13. Lui, c'est Andy Garcia, acteur ayant fait ses classes chez Brian de Palma, Mike Figgis ou Francis Ford Coppola, incarnation de la classe devenue une icône très populaire. Mué en réalisateur en 2005 pour Adieu CubaAndy Garcia trouve dans City Island (sortie le 20 janvier) l'un de ses meilleurs rôles. Celui d'un père de famille qui va voir son cocon imploser sous le joug de secrets révélés.  

 

City Island de Raymond De Felitta


Qu'en est-il de la succession de mensonges dans la famille Rizzo ?
Je crois que c'est dans la nature humaine de garder des secrets les uns pour les autres. Pour différentes raisons... Mais cela fait partie de nous. Dans le cas de City Island, le mensonge devient un dispositif de comédie. Vous faites ressortir les secrets, vous les compliquez et vous arrivez à une conclusion convulsive. Les choses arrivent tellement vite qu'elles se résolvent d'elles-mêmes.
 
Les scènes à table sont très révélatrices de l'état des lieux de cette famille...
Il y a beaucoup de repas qui commencent bien puis qui se terminent dans une toute autre énergie. Cela arrive quand vous avez de jeunes enfants à la même table. C'est ce qui rend le propos du film si universel. City Island montre une famille italo-américaine mais je crois qu'il parle à tout le monde.
 
Parlez-nous de vos premières impressions quant au scénario ?
Quand vous vous engagez sur un projet, vous devez être motivé par le scénario. Si ce n'est pas le cas, vous devez trouver autre chose pour vous satisfaire. Le réalisateur par exemple. La stimulation débute le plus souvent avec le scénario. Dans ce cas, le script était très bon mais je voulais savoir comment il pouvait être articulé par un réalisateur. Qui est cet homme ? Ce n'est pas parce qu'il l'a écrit qu'il va savoir le mettre en images. Puis j'ai rencontré Raymond, j'ai aimé sa nature. Nous avons compris que nous avions la même sensibilité au sujet du film. J'étais très curieux de le rencontrer et de discuter de son histoire avec lui. A Hollywood, les films sont faits pour un public très ciblé. Les raisons, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, sont commerciales. Ce commerce pousse les fabricants à réunir le plus de monde possible en quelques jours. Un vendredi soir, trois mille écrans... Lorsque vous avez ces nécessités et que vous distribuez une œuvre, vous être très limité sur le film que vous allez faire. Un film comme City Island et comme beaucoup de films indépendants naissent grâce à la passion, l'art et une idéologie romantique du cinéma. Cela ne veut pas dire qu'il ne peut pas être un succès commercial... Sur le papier, c'est un charmant petit script, un charmant petit film, une charmante petite comédie. Mais ça reste toujours « petit ».  


Le lien musical entre Raymond de Felitta et vous semble très important...
Il y a beaucoup de similarités entre City Island et un précédent long-métrage de Raymond, Two Family House. C'est l'histoire d'un homme qui rêve de devenir chanteur. Nous partageons la même sensibilité et j'étais très heureux de rencontrer un pianiste de jazz. Quand vous êtes un musicien et plus spécifiquement un joueur de jazz, vous êtes habitué à l'improvisation et à la collaboration. C'est ma manière de travailler. Il faut rester ouvert aux idées des autres, au partage. Il faut se sentir libre d'explorer la matière sans se sentir jugé. Le jugement n'est pas bon pour le processus créatif. Il y a une grande partie subconsciente dans la construction d'un film. Vous pouvez réaliser que ce qui ne marchait pas avant dans votre travail est exactement ce dont le film a besoin à un autre moment. Vous ne réalisez pas forcément que les personnages parlent pour eux-mêmes.  

 


Vous êtes plutôt du genre vieille école dans votre approche du travail ?
Tout à fait. Je suis à l'image de mon père et je suis son exemple... Je suis quand même un peu plus moderne que lui. Quand je dis que je suis de la vieille école, je ne dis pas que je ne suis pas capable de faire un truc fou pour un film. Il y a certaines lignes de ma carrière que j'ai dessinées dans le sable et qui m'ont tenu éloigné de certains projets.
 
Pouvez-vous nous parler de la scène de l'audition où vous imitez Marlon Brando ? A-t-elle été improvisée ?
En partie oui. Dans le script original, le truc avec Brando n'était pas vraiment présent. Il s'articulait plus autour du fait que c'était une audition pour un film Scorsese/De Niro. Mais j'ai pensé qu'il pourrait être obsédé par une autre mythologie, c'est-à-dire la sienne, Marlon Brando. Scorsese/De Niro sont les dieux du mont Olympe mais Brando est le vrai Dieu, c'est Zeus. Vous voyez ce que je veux dire... J'ai dit à Raymond : « Et si, au moment de passer l'audition, il se sentait tellement instable, peu sûr de lui, qu'inconsciemment il voudrait simplement plaire à ces gens et imiter Marlon Brando. » J'ai commencé et Raymond a rigolé. Pour moi, Vince a les qualités d'un comique classique. Il n'est pas certain de ses capacités. Il a tellement de choses à gérer qu'il ne sait pas quoi faire. Il incarne un humour à la française, à la Jacques Tati.
 
Avez-vous vécu ce genre d'audition dans votre carrière ?
Beaucoup ont été horribles. Pour un acteur peu expérimenté, c'est une chose naturelle que de vouloir bien faire et de vouloir plaire. Quand vous entrez dans la pièce, vous voulez que les gens vous aiment. Et vous vous perdez... Il y a beaucoup d'acteurs très talentueux avec qui j'ai travaillé qui anticipent leurs performances. Ils jouent une scène et lorsque vous leur demandez de la rejouer, ils vous font la même chose. Certains sont très bons à ce jeu là mais pour moi, cela reste juste de la performance. Ceux que j'admire sont les acteurs qui comprennent les personnages et les deviennent. Vous ne devez pas pré-formater les réactions car la nature de l'histoire veut qu'elle se déploie avec ses actions et ses réactions. Chaque prise est différente.
 
Comment préparez-vous vos rôles et peuvent-ils avoir une influence sur votre vie à l'extérieur des plateaux ?
Oui, ils peuvent. Vous êtes dans la peau d'un personnage dans un espace temps réduit et votre subconscient est constamment en éveil. Quand je dors, je fais des rêves qui sont connectés à mon travail. Vous pouvez rentrer chez vous, vous mettre à table. Quelqu'un essaye de vous parler mais votre esprit est dans un autre monde. Etre dans cet autre univers est un état naturel pour moi...


 
Propos recueillis par Nicolas SCHIAVI


Vos réactions


logAudience