Dans La Comtesse, Daniel Brühl torture les sentiments contrariés de la Comtesse Bathory (alias Julie Delpy). De quoi donner envie de le passer à la question.
"Je n'ai rien contre la violence au cinéma. Mais je préfère regarder un suspens à la Hitchcock que Massacre à la tronçonneuse."
Que saviez-vous de la Comtesse Bathory avant de commencer le tournage ?
Quelques jours avant de recevoir le scénario de Julie, je lisais un article sur la comtesse Bathory dans un magazine en me disant justement que ce mythe ferait un excellent film. Interprétez-le comme vous voulez : c'était peut-être un signe du hasard ou une pure coïncidence. Je connaissais Julie Delpy depuis Two Days in Paris, qui était un film totalement différent, et je lui faisais confiance : il fallait quelqu'un d'assez intelligent pour s'atteler à un projet aussi gueule. Si je devais décrire la comtesse Bathory, je la définirais comme une femme vampire, un peu comme l'ancêtre de Dracula. Surtout, elle était moderne et émancipée, pourvue d'une forte détermination, en même temps qu'elle était capable de commettre le pire. Son parcours m'a un peu fasciné et révulsé. Mais comme Julie, je pense qu'il était nécessaire de la montrer avant tout comme une femme meurtrie, blessée de l'intérieur, viscéralement romantique dans sa conception des relations humaines. On n'a pas cherché à la rendre plus sympathique, juste à rendre son humanité tant décriée.
Lorsqu'elle vous a proposé le rôle, vous ne pensiez pas jouer dans un film gore avec des scènes de tortures et d'orgies sanglantes ?
Le traitement est heureusement tout sauf gore. La Comtesse est ce qu'il est : dérangeant, inconfortable, malsain aussi... Je ne suis pas spécialement intéressé par le genre et je préfère la réinterprétation de Julie qui est plus sentimentale, plus empathique. Ce que j'aime dans le film, c'est cette manière de dire finalement au spectateur qu'avec le cinéma, il est possible de donner sa propre version d'une histoire sans nécessairement affirmer qu'il s'agit de la vérité. Un peu comme lorsque Tarantino revisite à sa manière la Seconde Guerre Mondiale dans Inglourious Basterds. J'adore cette audace de point de vue. Je n'ai rien contre la violence au cinéma. Mais je préfère regarder un suspens à la Hitchcock que Massacre à la tronçonneuse.
Julie Delpy est à la fois scénariste, réalisatrice, musicienne... Selon vous, dans quelle catégorie est-elle la plus douée ?
Par-dessus tout, j'aime l'élégance de son écriture. Elle a une folie qui n'est pas affectée mais douce et naturelle. Surtout, elle a un sens de l'humour imparable. La première fois qu'on s'est rencontré, il nous a suffit de cinq minutes pour qu'on explose de rire tous les deux. Je suis surpris qu'elle ne soit pas assez connue en France. Je ne me l'explique pas. Elle est douée, belle, sensible... Je ne pourrais pas tout assurer comme elle. Cela renforce mon admiration pour son travail. Les acteurs nourrissent toujours le fantasme secret de passer à la réalisation. Moi-même, je ne le cache pas, j'y pense, évidemment... Mais j'attends d'avoir une aussi bonne idée que Julie sur La Comtesse. Accessoirement, le temps et son talent.
Vous fonctionnez à l'instinct dans le choix des scénarios ?
Oui, beaucoup. C'est souvent simple, facile. Le déclic qui fait que l'on sait que c'est un bon scénario, c'est que tu n'as pas envie d'arrêter la lecture. Quand ça se passe comme ça, c'est déjà gagné pour moi. Ensuite, il faut qu'il y ait un minimum d'implication et aussi un rôle passionnant, qui ne ressemble à ce que l'on t'a proposé à maintes reprises. Après Good Bye Lénine, je recevais plein de script où je jouais un adolescent qui a des rapports complexes avec sa mère. Il est hors de question que je refasse la même chose. Parfois, il arrive l'inverse : que ce soit bien écrit mais que tu sois incapable de te connecter au film ou au personnage. Mon rêve, par-dessus tout, ce serait de jouer dans un film français. Ce qui va arriver prochainement mais je ne peux pas encore vous en parler...
Quel est votre regard sur le cinéma allemand actuel ?
On sort d'une crise artistique sans précédent. Il faut savoir qu'avant Tom Tykwer (Cours Lola Cours), le cinéma allemand dans les années 90 se résumait essentiellement à de mauvaises comédies. Je ne sais pas pourquoi, en Allemagne, on cultive ce goût pour la comédie alors qu'on est exécrable dans ce domaine. Une bonne comédie en Allemagne est souvent synonyme d'oxymoron. Heureusement, depuis quelques années, on voit l'émergence de cinéastes doués comme Fatih Akin (Soul Kitchen) qui essayent de faire bouger les choses.
Propos recueillis par Romain Le Vern
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