Après avoir été découvert dans l'étonnante Traversée du Temps, le réalisateur Mamoru Hosoda revient avec Summer Wars (la critique en cliquant ici), superbe ode à la vie et récit épique qui comblera les attentes de tous les fans d'animation.
A l'occasion de la sortie du film sur les écrans, retrouvez l'entretien que nous a accordé le cinéaste. Simple, disponible, à la bonne humeur communicative, Mamoru Hosoda n'hésite pas à revenir sur les liens entre monde réel et monde virtuel, des liaisons dangereuses au goût si excitant.
Rappelons que Summer Wars est joué dans les salles depuis le 9 juin.
Summer Wars se passe en partie dans le monde d'Oz, un super-réseau social. Etes-vous influencé par toutes les nouvelles formes de communication du moment (ICQ, MSN, Facebook ...) ?
Le monde d'Internet est extrêmement vaste. Dans Oz, il y a même un site de cinéma un peu comme le vôtre. Il y a 12 ans, j'avais déjà fait un film sur l'Internet et en 10 ans les modes de communication ont bien changés. Les relations humaines s'en trouvent modifiées. Aujourd'hui il y a même Twitter qui bouleverse la nature de nos échanges, c'est un fait indéniable.
On peut se relier à Oz avec son portable, n'importe quel ordinateur, mais le film garde une identité toute japonaise à mon sens ...
Le monde d'Oz est un monde imaginaire. Souvent les gens me demandent si j'étais attiré par ce type de relations mais ce n'est pas vraiment le monde virtuel qui m'intéresse, plus le mode de communication. L'Internet permet à toute personne qui a un ordinateur de communiquer avec les autres, même s'ils ont un niveau de vie différent. Ils peuvent se parler ensemble sans barrière sociale. Il y a un lien réel entre la vie quotidienne et le monde virtuel. Bien souvent on accuse le monde virtuel de tous les dangers (ce n'est pas la réalité), mais je pense qu'ils sont complémentaires. Nous avons besoin de ça. J'y suis un peu sur mon temps libre, sans oublier de m'occuper de ma propre famille d'ailleurs.
" Quand je fais un film sur le "virtuel", je tiens à montrer tout ce qui se passe autour, la vie réelle comprise "
L'une de choses passionantes du film réside dans l'équilibre que semblent avoir le monde virtuel et le monde physique. Chacun se nourrit l'un de l'autre (L'histoire d'amour de Kenji, le virus d'Oz ...). Peut-on dire que les réseaux communautaires sont vitaux aujourd'hui ?
Oui, tout à fait. Je voulais montrer l'équilibre entre ces deux mondes. Quand je fais un film sur le "virtuel", je tiens à montrer tout ce qui se passe autour, la vie réelle comprise. Au même titre que le téléphone portable, Internet fait désormais pleinement partie de nos vies. Il y a des défenseurs et des détracteurs à ça, mais ces deux types de communication sont, à mon sens, nécessaires.
L'autre thème du film, la famille, est récurrent dans vos oeuvres, d'où vient cette obsession ?
Je crois que c'est effectivement une tradition assez japonaise de montrer le côté très sombre de la famille, surtout actuellement. De mon côté, je souhaitais faire un film plus positif. Moi-même je n'aimais pas particulièrement ma propre famille jusqu'à mon mariage. A partir du moment où j'ai rencontré la famille de mon épouse, j'ai beaucoup changé car j'ai compris qu'on peut aussi s'épanouir dans ce système, y vivre très bien. Et c'est ainsi que j'ai fait ce film en espérant qu'il puisse changer une certaine perception qu'on peut avoir de la famille.
Dans le film, il y a plusieurs confrontations au sein de la famille. Pensez-vous qu'il faille absolument se construire dans l'adversité ?
Ce que j'aime bien dans un film, c'est que les personnages évoluent sur la durée. A propos de la famille, je souhaitais montrer ces petits problèmes qui reflètent les soucis contemporains. Au sein d'une famille, on peut aisément être confronté à des avis différents, des obstacles culturels.
Dans Summer Wars, il y a une famille très uni avec un nouvel arrivant, Kenji. Il prouve sa valeur et se montre digne d'en appartenir. A la fin du film. Il est accepté.
Les hommes apparaissent comme plutôt, sinon soumis, au moins dépendant des femmes (le chef de famille est la grand-mère ...) ...
Je pense que la société japonaise actuelle n'est plus comme la période féodale où les hommes dominaient. Ce sont les femmes qui sont plus fortes que les hommes. Dans cette famille, il y a la grand-mère qui gouverne et c'est la réalité du Japon. Ce n'est pas le cas en France ?
Les femmes deviennent clairement l'égal des hommes et prennent parfois même le dessus sur nous.
Les hommes devraient peut-être songer à créer un mouvement comme les féministes ... (il éclate de rires). D'ailleurs même sur l'affiche de mon film, nous voyons d'abord la fille de la famille ! (Mamoru Hosoda montre la grande affiche du film derrière lui)
Exactement, quand on voit cette affiche, on se demande quel film se cache derrière ...
Volontairement, on ne voit pas la grand-mère sur cette affiche et seulement la fille. C'est la digne héritière de l'esprit familial. Mais vous noterez que l'emblème de la famille est représentée sur le drapeau. Les valeurs familiales ne sont jamais loin.
" Ce sont les femmes qui sont plus fortes que les hommes. "
La Traversée du Temps traitaient des failles spatios-temporelles, Summer Wars réunit plusieurs générations d'une même famille, il y a un décompte avant la catastrophe finale ... Etes-vous fascinés par le le temps qui s'écoule ?
Je ne m'en suis pas rendu compte au départ en faisant La Traversée du Temps. Quand j'ai réalisé ce film, je pensais à une histoire sur les lycéennes de Tokyo sans penser au public international. Mais en fait, cette nostalgie du temps, une certaine mélancolie, ce sont des sentiments plutôt universels. Le message a d'ailleurs franchi les frontières (NdR : Primé au Festival d'Animation d'Annecy).
Avec Summer Wars, c'est la première fois que je m'approprie le thème de la famille. On y voit toutes les étapes de la vie, du bébé à la grand-mère. Je me rappelle du film Yi-Yi réalisé par Edward Yang, il y a un garçon de 6 ans et une grand-mère de la même famille, il me semble. Quand je vois ce film, j'ai l'impression de voir une oeuvre sur la vie, très générationnelle, on peut retracer toutes les étapes d'un être. Ca m'a certainement un peu influencé.
Plusieurs images du film me rappellent Paprika de Satoshi Kon et même le style pop-art de Goichi Suda (créateur de jeux vidéo, designer, président du studio de développement Grasshopper Manufacture). Est-ce que ce sont des influences dans votre oeuvre ?
Je ne connais pas les travaux de Goichi Suda, mais je cotoie Satoshi Kon. Nous travaillons au sein du même studio d'animation Madhouse. J'apprécie beaucoup son oeuvre, mais ne pense pas être inspiré par ses créations.
Ma question est plus dans le sens de l'identité graphique du monde d'Oz. La perte des repères physiques, les créatures fantasmagoriques, les symboles, me rappelaient un peu Paprika ...
C'est la première fois qu'on m'en parle ainsi. Satoshi Kon est un réalisateur plus nihiliste, très artistique que j'admire beaucoup, alors que je pense faire des choses plus simples. Je ne peux pas me comparer à un tel cinéaste ... (il rit)
Vous travaillez à nouveau avec Yoshiyuki Sadamoto (Evangelion) au niveau des personnages. Parlez-nous de votre collaboration avec lui ?
En fait, on travaille ensemble sur les personnages. En lisant le scénario, nous discutons beaucoup de nos protagonnistes. Je lui demande parfois de dessiner si je n'arrive pas à lui donner une idée précise de ce que j'ai en tête.
On ne parle pas du tout des détails (cheveux, accessoires ...), mais plutôt de ce qu'il se passe autour des personnages, des sentiments qu'ils peuvent ressentir. On ne parle pas des éléments très physiques à ce stade.
C'est la première fois que vous travaillez sur une oeuvre originale (et non une adaptation de manga). Ca vous tenez à coeur de raconter une histoire inédite ?
L'idée originale importe peu, que ce soit une adaptation ou une création complète. Ca m'est égal. Mon but est de faire un film intéressant. Si je suis touché par une oeuvre jusqu'à vouloir l'adapter, alors je ne me pose pas de questions.
Remerciements tous particuliers à Aurélie Lebrun et Laurent Peroy de Kaze.
Propos recueillis par Vincent Martini.

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