Après la trilogie Pusher et Bronson, Nicolas Winding Refn revient avec Valhalla Rising - Le Guerrier Silencieux, une expérience qui plonge des vikings en enfer. La découverte ciné du mois.

Par - publié le 09 mars 2010 à 00h30 ,
MAJ le 09 mars 2010 à 20h59 - 0 commentaire(s)

Il y a un an, Nicolas Winding Refn cartonnait avec Bronson, un biopic présenté comme un film de baston et qui à l'arrivée ressemblait à une œuvre d'art ésotérique qui empruntait beaucoup à Kenneth Anger. Construit comme une suite logique, Valhalla Rising - le guerrier silencieux est présenté comme un film de viking et ressemble à un voyage métaphysique et mental, partant du cliché pour trouver l'icône. Il ne faut pas lui reprocher de se laisser séduire par la pose, c'est précisément là que le cliché est le plus fort, le plus proche de l'icône.

 

 

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«Si on continue de proposer de l'eau tiède au cinéma, c'est le meilleur moyen pour que les gens désertent les salles et se contentent de la télévision.» NWR.


Est-ce qu'à la manière de Bronson, Le guerrier silencieux - Valhalla Rising doit être vu comme un hommage au cinéma expérimental de Kenneth Anger ?

Rien que pour le titre, on peut être tenté d'y voir une résonance. Kenneth Anger a réalisé Scorpio Rising et Lucifer Rising dans les années 70. Je propose Valhalla Rising en 2010. Mais si je devais définir le résultat, ce serait plutôt une combinaison entre New York 1997, de John Carpenter et Baby Cart. Le personnage joué par Mads Mikkelsen s'appelle One-Eye et c'est une référence directe à Kurt Russell. El Topo, de Alejandro Jodorowsky, a également été une source d'inspiration. L'idée avec Valhalla Rising était de proposer une expérience de cinéma sous coke comme il en existait dans les années 70, un peu comme un «Midnight Movie». Mais je n'ai pas réalisé le film sous influence psychotrope. Je ne fume pas, je ne bois pas, je ne me drogue pas, je n'ai pas besoin de ça pour être créatif. Le simple fait de se perdre en Ecosse suffit à rendre fou. Là-bas, la nature possède un pouvoir surnaturel et envoûtant.


Faut-il considérer Valhalla Rising comme un film de vikings?
Surtout pas. A l'origine, Valhalla Rising est conçu comme un voyage dans l'espace, comme si vous étiez sur le toit de votre maison regardant le ciel, observant les étoiles, un soir d'été. C'est en regardant les étoiles que j'ai imaginé cette odyssée de vikings qui évoluent vers les Etats-Unis. Il faut considérer le résultat comme une transe hypnotique. Si on accepte de se laisser prendre, alors on peut prendre de la hauteur. En revanche, si vous essayez d'analyser le film et de chercher une logique prosaïque, oubliez : vous êtes perdus. Il faut s'abandonner à Valhalla Rising, y perdre un peu de soi. Ceux qui s'attendaient à un pur film de viking comme ceux de Mario Bava (Duel au couteau) ou John McTiernan (Le 13ème guerrier) risquent d'être déçus parce que je n'aime pas ça et que je préfère utiliser le concept du viking pour tout bouleverser : les codes, l'environnement, la trajectoire, la nature des rencontres. C'est exactement le même raisonnement que sur Bronson où je détestais déjà le personnage. J'utilisais la façade, l'apparence, le cliché pour emmener vers quelque chose de plus abstrait et mental.

 

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Quels sont les films qui aujourd'hui peuvent jouir de l'appellation «Midnight Movie»?
Bronson peut être considéré comme un «Midnight Movie». Avatar, aussi, que j'adore par-dessus tout. J'adorerais réaliser un film en 3-D. Enter the void, le dernier Gaspar Noé, ferait un excellent Midnight Movie. Antichrist, le dernier Lars Von Trier, dans son genre, entre dans cette catégorie. Je le mentionne avec des pincettes parce que j'aime bien le cinéaste mais il me propose toujours des projets complètement aberrants. Si bien qu'à chaque fois, je prends mes distances. Une fois, il m'avait proposé de réaliser Dear Wendy, sur un scénario qu'il avait lui-même écrit. A la lecture, j'ai trouvé ça tellement nul que j'ai refusé. Finalement, c'est Thomas Vinterberg qui s'en est chargé mais je n'ose pas voir ni même imaginer le résultat.


Vous vous sentez proche de ses expérimentations?
Absolument pas. Je me sens très éloigné de la culture Zentropa, de la même façon que je ne retrouve pas dans le cinéma Danois. Je n'appartiens à aucune mouvance et je ne veux être contrôlé par personne. Je ne préfère pas dire ce que je pense du «Dogma 95». Cela étant, je lui serais éternellement reconnaissant pour des films comme Element of Crime (1985).


Y a-t-il une place aujourd'hui pour les Midnight Movies?
Je pense qu'il y a toujours un public pour les Midnight Movie. Malgré le téléchargement sur Internet, les gens aiment aller au cinéma pour participer à une expérience commune et comparer leurs réactions à celles des autres. La vérité est ailleurs : ce que je pointerais du doigt, ce serait plutôt l'absence de courage des cinéastes qui n'osent pas rivaliser avec John Waters ou Alejandro Jodorowsky. Ces mecs-là ont transgressé des tabous dans les années 70. Aujourd'hui, cette subversion et cette sous-culture ont été récupérées voire assimilées. Comment réussir à proposer un choc comme Eraserhead ? Là où je suis optimiste, c'est que des cinéastes comme Gaspar Noé ou même Lars Von Trier continuent d'expérimenter en ce sens. Aujourd'hui, il faut se contenter de [REC .] qui est construit comme un tour de train-fantôme. Le succès de ce film est légitime : les gens prennent plaisir à frissonner dans une salle de cinéma.

 

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Que pensez-vous de l'évolution des séries télé, par exemple?
J'en visionne beaucoup. Je suis raide dingue de Sur Ecoute, qui est probablement ce qui se fait de mieux. Je ne pensais pas trouver mieux que Six Feet Under après avoir vu les cinq saisons et pleuré toutes les larmes de mon corps devant les deux derniers épisodes. Mais Sur Ecoute m'a fait réviser mon jugement. En ce moment, je rattrape tout mon retard en DVD. Le concept de créer, de réaliser et de produire une série télé me passionne. Au Danemark, j'ai produit et écrit les épisodes d'une série qui s'appelait The chosen 7 il y a maintenant dix ans. Aux Etats-Unis, c'est hallucinant de voir ce qui se propose et à mon avis, ils sont en train d'atteindre un niveau tellement élevé que c'est presque aujourd'hui impossible de rivaliser avec tout ce qui se passe. Je me suis fait la réflexion dernièrement que les séries télé dépassent le cinéma en termes de créativité. En particulier aux Etats-Unis. Bien entendu, la série télé ne remplacera jamais l'expérience provoquée par un film au cinéma. C'est pour cette raison d'ailleurs que le cinéma ne disparaîtra jamais. L'effet bénéfique, c'est que les cinéastes d'aujourd'hui sont obligés de se surpasser pour proposer quelque chose de nouveau et d'inédit au spectateur. Autrement, ce dernier se lasse. Si on continue de proposer de l'eau tiède au cinéma, c'est le meilleur moyen pour que les gens désertent les salles et se contentent de la télévision.


Comment conservez-vous votre indépendance et votre liberté?

J'ai toujours le final-cut sur mes films. Il faut dire qu'ils ne coûtent pas beaucoup et que je les réalise en misant sur l'imagination du spectateur et l'économie de moyens. De fait, je ne connais pas de pression. Certes, il y a toujours une pression quand on réalise un film, mais je me l'inflige, elle vient essentiellement quand je doute d'une idée, d'un effet ou d'un projet.


Propos recueillis par Romain Le Vern


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