Revenu d'une expérience difficile à Hollywood, où il travailla pour Miramax et les frères Weinstein, le réalisateur du Veilleur de nuit Ole Bornedal s'est refait une santé cinématographique dans son pays d'origine, le Danemark, où il alterne entre le théâtre et le cinéma dit de genre. Son dernier thriller en date, Just Another Love Story, nous éclaire à sa façon sur les conflits qui l'habitent.
A quel genre identifiez-vous votre film ?
Les gens qui sont plus alertes que moi au sujet du Cinéma en général me disent que Just Another Love Story est un film « Noir » parce qu'il met en avant les sentiments humains les plus sombres, une histoire d'amour qui tourne mal, et enfin un personnage guidé par l'amour et la concupiscence qui va tout perdre à la fin de l'histoire. Ce sont apparemment des thèmes récurrents du film « Noir » à ce qu'on me dit. Mais lorsque vous débutez votre film sur le corps d'un homme en train de mourir sous la pluie, et dont la voix-off vous dit « voilà, je suis mort » c'est évidemment une référence à l'ouverture du Boulevard du crépuscule de Billy Wilder, qui est j'imagine un film Noir également.
Cependant votre titre insiste sur la notion de « love story »...
J'imagine que tous mes films se situent au carrefour des genres. J'aime que le récit se joue de l'audience et de ses attentes. En général, j'aime les films qui me mettent dans une situation d'inconfort et où je ne sais plus trop dans quelle direction je me dirige. Et il y aurait des passages de Just Another Love Story qu'on pourrait presque qualifier de comédie, avant qu'ils ne deviennent subitement effrayants. Est-ce que c'est la mécanique du suspense, du thriller qui veut ça ? Je l'ignore. Mais comme vous le reprécisez, le film est effectivement une love story, quoi qu'on en dise. Ce sera donc au spectateur de déterminer précisément le genre selon son ressenti.

Et quelle était cette situation ?
La situation classique ; j'étais avec une autre femme. Ainsi, comme vous pouvez l'imaginer, l'écriture de ce film était donc délicate puisqu'elle me ramenait obligatoirement à mes propres démons, aux différents salauds qui se cachent en moi. Au Danemark, lorsque vous vous retrouvez dans une situation comme celle-ci, qui mêle du mensonge, de la jalousie et qui vous paraît inextricable, l'expression employée est « on se croirait dans un film français » ! Cela pourrait faire de Just Another Love Story une sorte de film français.
... mâtiné de cinéma italien, si l'on en croit l'influence occasionnelle d'Antonioni.
Oh vous trouvez ? J'ai toujours été grandement influencé par les maîtres italiens quand il s'agit de drame et de jeu d'acteur, à la fois comique et trempé. Les personnages danois, dans la tradition de Dreyer, sont toujours très introvertis. Et je crois que les miens ont plus souvent tendance à être extravertis. Fellini et les néoréalistes m'ont beaucoup influencé à ce titre. Si je devais positionner mes penchants naturels au Cinéma, je me trouverais quelque part entre Fellini et Bergman, sous le parrainage de Polanski et d'Hitchcock.

Qu'est-ce que vous avez retiré de votre expérience contrariée à Hollywood ?
Que faire des films devrait être quelque chose de simple. Que lorsque vous vous êtes mis d'accord sur un scénario, tout le monde devrait marcher dans la même direction. La beauté du Cinéma est dans son évidence. Mais avec cinq producteurs exécutifs rattachés au projet, dix autres superviseurs et un président de studio, chacun tirant dans des directions différentes, il n'y a plus rien d'évident. Voilà pourquoi Hollywood en vient si souvent à vous proposer des films dans lesquels beaucoup de choses magnifiques apparaissent à l'écran mais rien qui vous relie à ces choses. C'est un opéra dans lequel chaque personnage chante trop fort ou trop haut dans l'espoir de se faire entendre. Cependant, le cinéma américain moderne, y compris celui à gros budget, semble vouloir se diriger vers d'autres façons de faire. J'ai trouvé que le dernier Batman (The Dark Knight) était un film très intéressant.
Maintenant, ce que cette expérience m'a apporté personnellement, c'est une plus grande facilité à trouver les gens dont j'ai besoin. Disons que j'ai été comme un jeune homme excité qui aurait traîné de lit en lit avant de trouver la femme qu'il pourrait vraiment aimer. Et durant son parcours, il aurait croisé tous les genres de femmes, y compris quelques salopes plus ou moins déséquilibrées. Il en irait de même pour les producteurs de films. (rires)
Oui, j'imagine que les salopes pourraient même être des frères... Et donc vous travaillez toujours avec les Américains mais à une certaine distance ?
Non pas du tout. Je travaille étroitement avec les gens de Focus Features, entre Londres et New York ; c'est une compagnie brillante dirigée par des gens décents. Actuellement je suis sur une adaptation du roman The Husband, de Dean Koontz, pour le bureau new-yorkais et je débute bientôt sur un autre projet pour le bureau de Londres. La communication avec eux est facile et il n'y a pas de salopes...
Propos recueillis par Rafik DJOUMI

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