Remarqué avec Dog Bite Dog, Soi Cheang change diamétralement de genre et rend hommage aux thrillers paranoïaques des années 70. Rencontre...

Par - publié le 06 janvier 2010 à 15h07 ,
MAJ le 08 janvier 2010 à 10h48 - 0 commentaire(s)

Remarqué avec Dog Bite Dog (une course-poursuite entre un tueur à gages muet et un flic névrosé qui se situait quelque part entre la catégorie III et le mélodrame), Soi Cheang appartient à une nouvelle vague de cinéastes post-John Woo et post-Tsui Hark, spécialisés dans les néo-polars hongkongais. Avec Accident, son troisième long-métrage, il change diamétralement de genre et rend hommage aux thrillers paranoïaques des années 70.
 
Soi Cheang est devenu cinéaste par hasard. Enfant, il était attiré par la peinture. Après ses études, il a travaillé pour une société où il faisait des peintures de paysages de Hong Kong pour les touristes. Lassé, il démissionne au bout de deux jours. Par le plus grand des hasards, il tombe sur l'annonce d'une société de production cherchant un assistant réalisateur. Depuis, il a beaucoup évolué aux côtés de Johnnie To, connu pour être capable de superviser un film de A jusqu'à Z, Andrew Lau, réputé pour adroitement cibler un public adolescent, Ringo Lam, qui lui a appris à planifier un tournage, et Wilson Yip, qui l'a encouragé à développer sa folie créatrice. Avec trois longs-métrages à son actif dont deux succès (Dog Bite Dog et Accident) et un échec artistique (Coq de combat), Soi Cheang a su imposer son style. 

 

Accident de Soi Cheang

 

Comment êtes-vous passé de Dog Bite Dog à Accident ?
Dog Bite Dog m'a étiqueté comme réalisateur ultra-violent. Je l'ai cherché : c'est un film qui restetrès violent, même si je me suis beaucoup amusé à le réaliser. Là où j'ai déchanté, c'est avec Coq de combat, mon second long-métrage, que je ne sentais pas dès le départ et qui est totalement raté. C'est un échec personnel qui a été très dur à supporter. J'avais accepté de le faire parce que j'adorais le manga d'origine. Suite à cela, j'ai eu envie de faire quelque chose de très différent voire totalement opposé. Tout ce que l'on sait de moi et de mon style n'y est pas. Un jour, Johnnie To est venu me voir et m'a proposé de produire mon nouveau long-métrage. Cette proposition a donné lieu à Accident qui a fonctionné comme une expérience apaisante et réparatrice.
 
L'atmosphère a tendance à prendre le pas sur l'intrigue.
Dans Accident, la musique sert uniquement à accompagner l'humeur et les sentiments du personnage principal et j'avais demandé au compositeur Xavier Jamaux de rester sobre. Je ne voulais pas utiliser la musique pour créer un suspense artificiel. Je voulais être plus attentif aux bruits urbains, aux voitures et aux conversations murmurées.
 
Vous avez orchestré les scènes d'accidents comme des gunfights.
Les scènes d'accidents créent une tension extrêmement brutale pouvant évoquer des gunfights. Elles paraissent très sophistiquées alors que je travaille essentiellement à l'instinct. Bizarrement, pour moi, le plus difficile reste les scènes d'amour. Je suis incapable d'être crédible dans ce domaine. Dans Accident, il y en a une, mais elle est très courte et pudique. C'était l'une des premières prises et c'était la première fois que l'acteur et l'actrice se rencontraient sur le plateau de tournage. Pour moi, il s'agissait d'un test : à ce moment-là, je savais s'ils arriveraient à entrer dans la tête de leurs personnages et si le film serait réussi. 
 

Accident de Soi Cheang


Vous travaillez chaque film comme une expérience où vous testez les limites d'un genre.
Je pars toujours d'une envie d'explorer un genre avant de travailler sur un film. A partir de là, je cherche de nouvelles idées. Le film de genre est un territoire idéal et permet de cibler un public précis. Ce n'est qu'en connaissant les règles d'un genre qu'on peut ensuite les détourner pour trouver un ton à part. Pour Accident, je voulais au départ créer un personnage de tueur à gages noyé dans la foule, que les autres ne remarqueraient pas. Je voulais percer le secret des accidents maquillés et au final, j'ai crée un thriller mental, très axé sur la psychologie. Cette liberté d'expérimentation, je la dois aussi à Johnnie To qui m'a laissé les coudées franches et qui m'a beaucoup protégé lorsque je doutais. Pour moi, c'est un vrai mentor. 
 
Est-il possible de tout savoir ?
Je crois toujours qu'il y a une autre vérité. Parfois, on doute, mais on ne peut jamais avoir les preuves d'un assassinat ou autre. Quand je lis un journal, je m'intéresse aux faits divers et les annonces d'accidents retiennent mon attention. Je cherche toujours une vérité alternative. Le lieu est propice aux ambiguïtés. Une fois la nuit tombée, Hong Kong est une ville très étrange. Tout y est sur-éclairé par les néons et on y voit parfois mieux qu'en plein jour. Derrière ces lumières artificielles, il y a forcément des histoires atroces.


En regardant Accident, on pense beaucoup au cinéma américain des années 70-80. Vous revendiquez ?
Totalement. J'ai toujours aimé les thrillers politiques paranoïaques de cette période qui se déroulaient dans des univers opaques et où l'on avait l'impression que chaque personnage était un pion. Très jeune, le maniérisme et la précision dans la mise en scène de Brian de Palma m'ont beaucoup impressionné.   
 
 
Propos recueillis par Romain LE VERN


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