Pour ses dix ans de pitreries, Jackass s'offre un troisième film et son plus gros carton à ce jour. Retour sur un parcours aussi chaotique que leurs sketchs...

Par Benjamin MURIOT - publié le 03 novembre 2010 à 07h30 ,
MAJ le 03 novembre 2010 à 09h45 - 0 commentaire(s)

Etre projeté à 80 km/h contre un mur ou boire du sperme de cheval, étrangement, ce n'est pas le genre de choses que l'on aimerait avoir à faire. En revanche, voir quelqu'un d'autre s'y coller nous pose beaucoup moins problème. Pourquoi ? Parce que depuis que l'homme est homme, rien ne le fait davantage rire que le malheur d'autrui. Ayant parfaitement assimilé cette vérité, cela fait dix ans que les casses-cous de Jackass risquent leur vie et s'avilissent pour le plaisir de la nouvelle génération MTV, sevrée à la trash-TV et au cynisme. Un phénomène de société à l'histoire en dents de scie, aujourd'hui de retour avec le long-métrage événementiel Jackass 3D. Derrière les rires, les bosses et les gerbes de vomi, découvrons alors le parcours de ces sales garnements ayant élevé la potacherie SM au rang d'art.

 

Jackass 3D de Jeff Tremaine

 

Bienvenue dans l'ère de la douleur

 

Quand le premier épisode de Jackass est diffusé sur MTV en octobre 2000, les spectateurs ont l'impression de découvrir une version extrême et délurée de ces vidéos où des skaters se ramassent les dents sur le bitume. Non sans raison, puisque l'émission tient justement ses origines de cet univers de trompe-la-mort. Tout part ainsi du magazine Big Brother où plusieurs futurs Jackass dissertent avec humour autour du sport à roulettes, dont le réalisateur attitré Jeff Tremaine, et auquel Johnny Knoxville fait une curieuse proposition à la fin des 90's : tester sur lui différents appareils d'auto-défense puis en tirer un article.

Filmées, ces séquences de masochisme sont intégrées au deuxième film de skateboard monté par la revue et leur plébiscite donne l'envie à l'équipe d'en prolonger le concept. Pour cela, le gang doit recruter à tour de bras. Remarqués pour leur vidéo de cascades, Bam Margera et le "CKY Crew" rejoignent à ce moment les rangs de Jackass tout comme le clown de centre commercial Steve-O et d'autres, tandis que Tremaine fait appel à son ami Spike Jonze pour servir de producteur exécutif. Un surplus de crédibilité pour ces kamikazes des terrains vagues, qui leur permet - en partie - d'attirer l'attention de Comedy Central ou MTV avant que cette dernière n'acquiert les droits du show. 


Image Jackass - le film de Jeff Tremaine

 

Le succès sur la chaîne musicale est alors immédiat, retentissant. Presque trop même. En effet, dès que quelque chose a le malheur de sortir du lot par sa réussite, les détracteurs en mal de publicité ne sont jamais très loin. Et Jackass, provocateur et puéril comme pas deux, ne manque évidemment pas d'énerver. C'est donc le sénateur démocrate Joseph Lieberman qui lance les hostilités début 2001 avec pour cheval de bataille le mauvais exemple que donne la bande de Knoxville à la jeunesse américaine, accidents à l'appui. L'omniprésence des messages d'avertissement ne paraissant pas décourager les adolescents à reproduire les cascades qu'ils voient à la télévision, MTV consent à ne plus diffuser l'émission avant 22h, mais rien n'y fait : Lieberman continue de se montrer des plus vindicatifs et la censure en rajoute une couche, poussant la chaîne à abandonner progressivement son soutien au show. Un an plus tard et trois saisons dans la boîte, Jackass est arrêté. Selon ses créateurs, le format télévisuel n'avait plus rien à leur offrir.
 

Du grand écran à la grosse déprime


 

De l'avis de tous, le passage au grand écran est alors la suite logique et indispensable à cette aventure. Premièrement, cela permettra de lui offrir un point final, un cadeau d'adieu pour les fans. Et deuxièmement, grâce à la classification R, cela donnera l'opportunité à l'équipe de mettre en pratique ses idées les plus trash. Dans la foulée de l'arrêt du show est ainsi tourné Jackass - le film et, sorti en octobre 2002, il s'avère spécialement lucratif avec ses 60 millions de billets verts récoltés sur le sol américain. Une belle façon de clore ce chapitre de leur vie, et chacun s'en va exprimer ses talents dans des projets personnels. Mais si Johnny Knoxville, en tant que leader du gang, parvient à se diversifier en décrochant quelques rôles au cinéma (Men in Black 2, A Dirty Shame...), il n'en va pas de même pour ses confrères, à qui colle à la peau l'image de Jackass. Chacun se retrouve en fait dans des spin-offs plus ou moins réussis de l'émission-mère, de Bam Margera et Viva la Bam à Steve-O et Chris Pontius avec leur Wildboyz, réalisé par Tremaine. C'est d'ailleurs suite à ses nombreuses participations à cette dernière que l'évidence saute aux yeux de Knoxville et du réalisateur : puisqu'on ne peut pas y échapper, autant réunir les potes pour un deuxième long-métrage ! 


Image Jackass Deux - le film de Jeff Tremaine

 

En salles au mois de septembre 2006, Jackass 2 parvient à dépasser les résultats du précédent opus en cumulant un peu plus de 70 millions de dollars chez l'Oncle Sam. Pourtant, en dépit de ces incontestables succès, la durée d'exposition médiatique d'un film est moindre à celle d'une série et ne permet pas de maintenir pareillement vivace un phénomène de société. Et comme ils sont revenus, les Jackass repartent à leurs occupations respectives. A ceci près que celles-ci se font plus rares depuis l'émergence de diverses émissions concurrentes (Dirty Sanchez, Rad Girls...) et l'apparition de YouTube, où des amateurs et semi-amateurs donnent au public largement son comptant de dangereuses prouesses.

Exploitée à outrance par MTV / Paramount, l'image de marque de Jackass est même un brin écornée par un merchandising au rabais, fait de recyclage (Jackass : The Lost Tapes avec ses sketchs disponibles depuis belle lurette sur la toile) et de foutages de gueule (Jackass : The Game, Jackass 2.5). Le fond est cependant atteint quand, courant 2008, Steve-O est condamné et admis en cure de désintoxication pour ses problèmes de drogue et d'alcool, apportant toujours plus d'eau au moulin des anti-Jackass avec cette affaire très médiatisée. Mais comme le veut l'adage, "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort".
 

Comeback en relief


 

De la même façon que Steve-O se remettra donc de ses addictions, les membres de Jackass surmontent cette mauvaise passe et préparent leur retour en fanfare. Tout au long de l'année 2009, des rumeurs font effectivement état d'un troisième long-métrage en préparation et, en décembre, la production annonce officiellement la mise en chantier du projet. Qui, pour marquer le coup, nous dévoilera en relief les outrancières pitreries du groupe. Utiliser la technologie de Avatar pour propulser face caméra de la merde (littéralement). Une riche initiative puisque Jackass 3D, en salles aux Etats-Unis depuis le 15 octobre, frôle déjà la barre des 90 millions de dollars de recettes ! Et se classe même dans le top 10 des meilleurs démarrages pour un film 3D en ayant réuni 50 millions lors de son premier weekend ! 


Jackass 3D de Jeff Tremaine

 

Comme de coutume, la question qui se pose à ce moment est de savoir si nous reverrons bientôt les clowns-cascadeurs se lancer de nouveaux défis absurdes. On parle bien d'un Jackass 3.5 à sortir début 2011 mais quelque part, ce qui compte surtout, c'est que nous les sachions en train de s'électrocuter les testicules ou d'énerver des animaux pas commodes, continuant d'expérimenter ce que nous n'aurons jamais le courage (ou l'inconscience) de faire. Prouver que la connerie peut être un véritable art de vivre. Oui, mais jusqu'à quand ? Comme aime à le rappeler Johnny Knoxville, les Trois Stooges ont fait ça pendant plus de cinquante ans. Alors profitez bien de votre dixième anniversaire les gars, et on se revoit pour le vingtième !


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