Par - publié le 17 février 2009 à 06h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 22h19 - 0 commentaire(s)
Beau gosse? Oui mais pas que. Dans Harvey Milk, de Gus Van Sant, où il incarne l’amour fou du premier politicien US ouvertement homosexuel, James Franco se révèle – enfin – au cinéma comme on avait envie de le voir depuis le début. Il confirme toutes les promesses récemment tenues dans Délire express, la comédie sous acide de David Gordon Green, sortie chez nous l’année dernière. Sous l’impulsion de Judd Apatow, il pouvait lâcher la bride, écorner son image de playboy lisse, rouler des joints, ne plus se laver les cheveux et afficher un sourire plein de dents. Grâce à Gus Van Sant, il a enfin trouvé le bon équilibre entre séduction de belle gueule, mélancolie perçante dans le regard et intensité brute du jeu. La reconnaissance, enfin?



Qui aurait crû, il y a encore un an, que ce Californien de 30 ans, naguère habitué à fréquenter les teen-movies oubliables avec Drew Barrymore, arriverait à trouver un rôle à sa hauteur et serait capable de jouer les amants de Sean Penn chez Gus Van Sant? Pas nous. Et pourtant Dieu sait si James Franco a mis du temps avant de trouver sa voie comme il a mis du temps avant d’assumer son physique avantageux – responsable de sa paradoxale timidité – et de trouver des scénarios qui vaillent la peine d’être creusés. C’est d’ailleurs pour se motiver qu’il a suivi des études de comédie au Robert Carnegie's Playhouse West, convaincu qu’il y avait quelque chose à fouiller dans ses émotions. Il faut revenir pratiquement dix ans en arrière pour prendre la mesure du chemin parcouru. Ce n’est qu’une succession de mauvaises décisions et de chances manquées. En 1999, il décroche le rôle principal de la série Freeks and Geeks qui aurait dû le lancer dans la cours des grands et qui hélas s'est arrêtée au bout d'un an (seulement six épisodes). Pour la télévision, il EST James Dean, une icône dont il épouse les traits au quotidien et un rôle pour lequel il décroche un Golden Globe. Le gratin continue de fermer les yeux, en prétextant la facilité du physique (Franco a toujours été surnommé le «James Dean du pauvre»).



Ce qui le fera tenir, c’est Sam Raimi et les épisodes de Spider-man mais là encore, ça coince : il auditionne pour le rôle titre de cette superproduction et, faute d’avoir une notoriété, il doit laisser le costume de l'homme-araignée à son collègue Tobey Maguire. Le réalisateur, conscient du potentiel qui gronde, se débrouille pour le caser en fils de bouffon vert. Et ça continue, comme dans une descente aux enfers. Michael Caton-Jones lui donne un rôle-piège face au colosse De Niro qui cachetonne, dans Père et Flic. James cabotine en fiston déboussolé et ne parvient pas à se hisser à la hauteur de son partenaire. Autre mauvais choix : Sonny, le premier long métrage heureusement inédit en France de Nicolas Cage, dans lequel il joue un gigolo pour vieilles morues, exploité par sa mère, qui rêve d’une meilleure vie. En roue libre, il ne peut pas sauver son personnage et par la même occasion le film, tiraillé entre tentations glauques et clichés misérabilistes, qui sonne faux du début à la fin. Reste une lueur dans son regard, une volonté louable de défendre des personnages hors des normes, marginaux, loin des conventions Hollywoodiennes, qui vont si mal avec son physique idéal pour jouer avec Shannen Doherty dans la série Beverly Hills 90210. Il y a une belle contradiction là-dessous de virilité et de féminité, mais il faut gratter. Lui qui passe alors pour une endive, lui manque-t-il le charisme?
Après une série de films qui ne connaîtront pas le succès escompté (Annapolis, The Great Raid et Flyboys, que des direct-to-DVD), sans oublier la fresque moyenâgeuse Tristan & Yseult (sortie technique dans l’Hexagone), James n’est pas au bout de ses peines. Il DOIT encore convaincre et surtout, surprendre, arrêter de prendre la pose torturée, refuser les navets cuits dans le bec, tendre vers plus de légèreté et de dérision dans son jeu. S'essayant à la réalisation avec de petits films indépendants pour ne pas renier sa prédilection ("les blockbusters, c’est cool, mais l’indie, c’est encore mieux"), il atterrit presque par miracle dans Délire express, la première vraie bonne nouvelle de sa filmographie. Cheveux longs craspec, sourire de tête à claque à baffer, expressions de teubé dézingué, l’acteur montre enfin qu’il peut casser son image lisse pour plus de désinvolture. Derrière la caméra, il y a le regard attentif et bienveillant de David Gordon Green que l’on sait capable de beaucoup pour écorner les images d’acteur en détresse (se souvenir de ce qu’il a fait avec Jamie Bell dans L’autre rive ou de Kate Beckinsale dans Snow Angels – elle qui s’apprêtait à arrêter sa carrière au cinéma et que même Martin Scorsese ne réussissait pas à transcender dans Aviator).



Probablement sensible aux précédents rôles d’ados vulnérables de James Franco, Gus Van Sant, grand directeur d’acteur, prend les choses en main dans Harvey Milk pour canaliser ses tics, exploiter tout le potentiel en suspension et montrer la mélancolie sous l’écorce. Il fait de lui le personnage qui sert de fil conducteur au récit, celui qui suit l’évolution du politicien envers et contre tous les cons, celui qui rend compte de la propagation du mouvement Milk, qui résume la dimension tragique de ce biopic mélo gay. Un rôle, enfin, où James peut exprimer toute sa sensibilité naguère mal explorée et s’autorise tout : embrasser Sean Penn sur la bouche, plonger dans une piscine intégralement nu pour prendre la posture des minets chéris par David Hockney, changer de coupe de cheveux, écarquiller les yeux d’éblouissement comme au premier jour, traduire l’amour pour un autre homme dans le regard, rivaliser de sourires tristes, trimballer avec lui une nostalgie et une amertume tenaces. La mélancolie faite homme, c’est lui. Il est beau, solaire et Gus le prend en photo comme personne. Il se murmure que Sean Penn, bluffé par son talent, aurait écrit un scénario pour lui. A la fin du tournage, le réalisacteur lui aurait assuré qu’ils se retrouveraient plus tard pour tourner ensemble. De la même façon, Gus Van Sant veut retrouver James dans une nouvelle aventure au cinéma. James est depuis peu égérie Gucci et assume sa fragilité comme un roc. Au bout du tunnel, la lumière fût.
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