Par Florent Kretz - publié le 10 décembre 2008 à 12h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 20h19 - 3 commentaire(s)
Suite et fin de notre long portrait consacré à la star belge Jean-Claude Van Damme qui se voit remis à l’honneur cette semaine avec la sortie en DVD du film de Mabrouk el Mechri. JCVD est la déclaration sincère d’un metteur en scène à son idole et d’une star à son public, qui relate l’ultime tentative de rédemption d’un homme qui, après avoir fréquenté les cimes, s’est vu quasi unanimement conspué. Mais Van Damme avait il pour autant perdu son mérite ? C’est le mystère que nous tâcherons d’élucider dans cette conclusion.

Si le karateka belge avait déjà connu un grand tournant dans sa vie lorsque, à la suite d’efforts et d’obstination, il était parvenu au rang de star, il s’apprêtait pourtant à devoir affronter la plus grosse crise de sa carrière. Car en 1996, qu’en est il du cas Van Damme ? Après des années aussi percutantes que progressivement décadentes, la carrière de l’acteur semble perdre un peu d’ampleur. Entre un égarement regrettable (Street Fighter) et la mise en place d’une nouvelle corde à son arc (la réalisation de son film The Quest), les choses prennent une drôle de tournure. Les vrais succès à l’ancienne se font de plus en plus rares: l’acteur doit réagir et riposte en débusquant un autre réalisateur asiatique, Ringo Lam. Première collaboration pour les deux hommes qui s'attèle au projet d’offrir à Van Damme un nouveau visage : même si les bases fondamentales du cinéma vandammien se voient conservées, c’est dans l’approche, beaucoup plus froide et profonde, que Risque Maximum surprend. L’acteur si dévoile pour la première fois dans un personnage possédant de véritables failles dramatiques : l’occasion d’étendre un peu son jeu, surtout qu’il y interprète, à nouveau, deux personnages (il y est accompagné de Natasha Henstridge et de Jean Hugues Anglade). Radicale, franc et courageux, le film se détourne des préoccupations coutumières dans le domaine de l’action mais propose un polar froid et implacable. Si le succès artistique sera bien là, la machine Van Damme trouvera ici un premier obstacle à franchir : les résultats sont médiocres et même si les fans sont conquis, le métrage n’a pas les résultats escomptés.

Ravi mais devant absolument changer de registre pour reconquérir un grand public, il décide de se lancer dans un melting pot artistique. Invitant un nouveau cinéaste hongkongais Tsui Hark, Van Damme propose de favoriser l’autodérision. D’ailleurs, Double Team est pensé comme une sorte de parodie des films d’espionnage, les agents secrets en prenant pour leur grade jusque dans une interprétation amusante de l’intrigue de la série culte Le prisonnier ! Entiché d’un Dennis Rodman aussi horripilant que ses multiples looks, Van Damme tâche de se montrer plus délirant mais tout aussi fracassant lorsqu’il s’agit d’une scène de cogne. Has been en devenir s’il ne réagit pas, il fait appel au déchu Mickey Rourke pour interpréter son ennemi juré, Stavros. Malheureusement, le métrage, même s’il est sympathique pour les aficionados hardcores, n’est pas à la hauteur des attentes et l’acteur se ridiculise presque aux cotés du basketteur drag queen et de l’ancienne belle gueule qui s’impose littéralement comme la vraie perle de l’intrigue. Double Team, malgré ses ambitions honorables sent tellement la viande faisandée qu’il se voit couvert de prix au Razzie Awards de 98. Pas de quoi s’inquiéter non plus puisque, aussitôt la promo délirante et franchement festive bouclée, l’acteur tente les combinaisons.
Il demande alors à Steven E. de Souza de rédiger le script d’une nouvelle variation comique de son univers et qui sera à nouveau mise en scène par Tsui Hark. Piège à Hong-Kong portera assez justement son titre puisqu’il se révélera être un grand monument de n’importe quoi. Considéré comme une absurdité, le film de Hark se révèle être une vengeance culottée d’un réalisateur rancunier mais n’est hélas qu’un signe de plus de l’effondrement d’une icône : Van Damme, shooté et coké comme jamais, arpente plateaux de cinéma et de télévision et dessine le nouveau masque qu’il traînera pendant très longtemps. Complètement arraché, il se lance en interview dans des déclarations hasardeuses voir franchement hallucinées et qui le stigmatiseront à tout jamais. Légionnaire s’avère être une tentative intéressante mais pas concluante de l’acteur dans un autre registre et il est bientôt contraint de se plier à l’appel de l’argent : il enquille avec Universal Soldier: le combat absolu qui ne tiendra en rien la comparaison avec son premier volet réalisé par Emmerich. Il s’entoure alors de John G. Avildsen, réalisateur célébré pour son travail sur Rocky et la série Karaté Kid. Inferno se trouve à la frontière de l’actioner traditionnel et du trip existentiel: en découle une histoire certes indigeste mais sincère et dévoilant l’acteur sous son mauvais jour humainement et sous sa bonne étoile dans ce qu’il appelle "l’acting" ! Mais le film ne connaît pas le succès escompté puisque étant directement distribué en vidéoclubs : les scores très mauvais des films de Tsui Hark et la nouvelle aventure de Luc Devreux lui interdisent une sortie en salles.

Van Damme sent qu’il déconne. Au point que pour la première fois, il décroche. Il arrête ses interventions déviantes, cesse la consommation de stupéfiants et prépare son grand retour : près de deux ans plus tard, il réapparaît, le visage marqué, dans un thriller stupéfiant et passionnant. Replicant, qui marque les retrouvailles du belge avec Ringo Lam, sort en salle et ne fait pas de vagues dans le box-office. Il parvient cependant un bel exploit : la double prestation de l’acteur est remarqué par un nombre important de journalistes qui soulignent la justesse de jeu de l’acteur et la finesse du script, empli d’une sensibilité bien à lui. Touché mais hyper actif et remis sur le devant de la scène, l’acteur se remet à tourner sans cesse : The order (à nouveau avec Sheldon Lettich), Point d’impact... Il devient le roi du cinéma d’action indépendant en vue d’une distribution directement dans le commerce, les films étant de plus en plus moyens. In Hell, un nouveau Ringo Lam, passe inaperçu mais dévoile un Van Damme encore plus pertinent que dans Replicant. Mélange habile de réflexion poétique et d’ultra violence rappelant se premiers exploits, le film appuie sa volonté de se rapprocher de l’acteur traditionnel. Et cette volonté commence à se faire entendre : un culte se développe autour de lui, le paradoxe que représentent ses tribulations awares et ses réelles qualités d’interprète impressionnent. La même année, il se met deux fois en abime : une première fois dans Narco, comédie dramatique française dans lequel il fait une apparition et une seconde, géniale, dans la série Las Vegas (épisode 15 de la première saison). Dans celui-ci, il interprète son propre rôle et imagine ce qui arriverait s'il décédait !

Produit et réalisé par Philippe Martinez, un producteur marseillais, L’empreinte de la mort offre à Van Damme un rôle en or : toujours un peu plus humain dans son jeu et son rapport au rôle, il offre une très sombre profondeur à son personnage revanchard. Ringo Lam vient soutenir un peu la réalisation et le film apparaît comme l’un des plus aboutis de sa filmographie : Van Damme parvient à faire oublier son image de gus écervelé et violent pour une image de vengeur maladif et détruit émotionnellement. Il continue à arpenter les rôles plus construits et se révèle d’une sincérité troublante : si des films comme Ultime menace ou The Hard Cops font très clairement partie de ses choix alimentaires, il s’investit à fond dans Jusqu’à la mort dans lequel il n'est pas reconnaissable. Si bien que c’est même la réalisation de Simon Fellows qui ne tient plus la route comparée à la prestance du gars qui véhicule une drôle de sensation. Depuis quelques temps, le regard de JCVD s’est empli de sagesse et d’un regard critique surprenant. Il côtoie malgré tout toujours le marché des DVD et livre un Shepherd pas désagréable. Puis vient le rôle de sa vie dans cette étrange confession fictionnelle que lui propose Mabrouk el Mechri. Il se livre totalement, fait preuve d’une humilité géniale et séduit tous les publics par sa gentillesse innée : à deux pas de la performance exhibitionniste et opportuniste, l’acteur trouve enfin un moyen pour toucher le public. Il lui parle directement! Le résultat étant là et le retour médiatique s’étant bien accomplit, Van Damme retrouve une liberté dont il s’était privé tout seul. Au lieu d’attendre un nouveau rôle à sa (dé)mesure, il se concocte lui-même un personnage dans sa seconde réalisation, Full Love, prévue pour 2009. Film d’action aux élans romantiques inattendus, le projet est suivit par la participation de l’acteur au nouveau Universal Soldier 3, ce nouvel épisode lui semblant plus sérieux que l’invitation au rassemblement des anciens que lui a proposé son ami Stallone (The Expandables)! Tout le paradoxe Van Damme, quoi ! Et c’est pour cela qu’on l’aime…
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