A l’occasion de la sortie de
JCVD, le film de Malbrouk el Mechri en DVD, Dvdrama vous propose de combler un oubli en dressant le portrait en trois parties du célèbre karatéka belge. Une manière de revenir un peu plus en profondeur sur les deux versants de la montagne Van Damme (l’ascension puis la soi-disant chute) mais aussi de comprendre comment un gars, qui partit de rien, monta si haut et surtout de savoir si l’acteur fut, à un moment, réellement mis en péril. Retour sur le mythe.

A la base, l’histoire de la gloire Van Damme tient presque du conte de fées et, à croire que pour bien monter il faut partir de très bas, on pourrait même mettre son incroyable destinée en parallèle avec celle d’un autre poids lourd du cinéma d’action : Sylvester Stallone ! Il y a chez ces deux acteurs, cette même rage de percer, de devenir quelqu’un malgré les coups bas que peut leur balancer la vie. Ainsi, Jean-Claude Van Varenberg est né le 18 octobre 1960 à Berchem-Sainte-Agathe, une commune aux alentours de Bruxelles en Belgique. Fils de Eliana et Eugène, un couple de fleuristes, il passe une enfance essentiellement dédiée à la culture en compagnie de sa grande sœur Véronique. Pas très bon en classe, avec une ossature plutôt chétive, il ne trouve des compensations que dans la musique et la peinture. Passionné par Beethoven, par Jacques Brel et les visites de musées, il fait ses premiers pas dans le sport en s’essayant à la discipline du curling. Mais celle-ci ne convient pas à ses parents qui finissent par pousser le garçon d’une dizaine d’années à aller vers des activités un peu plus viriles. Il n’a que onze ans lorsqu’il est confié au maître Claude Goetz qui le forme et lui apprend les rudiments du karaté. Parallèlement, il prend des cours de danse classique et aide son père à la boutique pour se faire un peu d’argent de poche. Commençant à trouver un peu d’intérêt dans son art martial, il s’inscrit à la musculation pour former un peu plus son corps. Avec cette multitude d’activités, il décide d’abandonner l’école : il se consacre pleinement à la formation de Goetz qui, l’ayant présenté à quelques compétitions s’étant conclues par des défaites, met les bouchées doubles pour faire percer son poulain. Continuant la danse classique, il se fait repérer par l’Opéra de Paris mais il refuse pour atteindre son objectif : devenir une star de cinéma ! Car depuis tout petit, Jean-Claude veut devenir acteur et, pour lui, la seule manière d’y parvenir est d’être polyvalent artistiquement. Il se lance donc dans l’étude du solfège et du trombone mais on lui conseille bien vite d’arrêter!

Continuant les compétitions, il manque cruellement de confiance en lui et il décide de suivre les cours de perfectionnement de Dominique Valera, un multiple champion de France et d’Europe de Karaté et de Full Contact. A dix-sept ans, il s’obstine donc dans la culture physique et finit enfin par avoir sa ceinture noire. Suite à quelques voyages à l’étranger (dont Hong-Kong), il découvre les Etats-Unis à l’occasion d’un championnat du monde. Fasciné par le pays d’où émane le rêve américain, Van Varenberg se fait recaler en tournoi sous les assauts de Patrick Teugels, un autre belge, qui lui finira vice champion du monde. Et même si la défaite semble lourde pour son entraîneur, le jeune athlète, lui, a une toute autre idée : il a repéré quelques méthodes d’entraînement "à l’américaine" et pense qu’il peut faire fortune en Belgique en y aménageant le concept des complexes Gold’s Gym. Il ouvre donc avec ses économies, un club de fitness, profite de ses prix et des récompenses pour agrandir le magasin de ses parents. Bientôt une évidence se fait sentir : le bon air de la Floride l’oxygène toujours autant. Croyant plus que jamais en lui, totalement conscient de ses faiblesses et de ses grandes qualités physiques, Jean-Claude plaque tout et débarque sur le territoire américain avec en tout et pour tout deux mille dollars en poche! Il ne connaît pas un mot d’anglais mais est certain que ses prouesses vont lui ouvrir les portes instantanément. Il en est d’autant plus certain qu’il a participé au tournage parisien d’un film d’action nommé
Rue Barbare et que ça n’a pas donné grand-chose, sa prestation s’étant même vue coupée au montage ! C’est certain, s’il veut devenir une star de films d’action, c’est à Hollywood que ça se joue !
Mais la gloire en Amérique, contrairement aux idées reçues, ne se trouve pas sur les trottoirs et la désillusion se fait vite sentir : seul, fauché, déçu, il est bientôt obligé d’accepter tout et n’importe quoi pour subvenir à ses besoins. Décidé de ne pas baisser les bras et convaincu qu’il a sa place dans l’industrie des gros bras qui est en train de se fonder avec les arrivées fracassantes de Schwarzenegger et de Stallone, il persiste et signe.
Nous sommes en 1982 et son premier job à Los Angeles est livreur de pizza. Fréquentant les salles d’Arts martiaux, il y fait des rencontres tout en continuant les petits boulots provisoires : poseur de moquette, serveur, gardien de parking… Le belge expatrié fait des rencontres qui lui ouvrent des premières portes : Lou Ferrigno, avec qui il s’entraîne, puis Chuck Norris qui lui offre de l’entraîner sur
Portés Disparus. Premiers pas sur une production américaine qui lui permettront de commencer à se faire connaître à petite échelle. Une apparition dans un petit film ici (
Break Dance, 1984), un vrai rôle bidon de karatéka homo dans
Monaco Forever par là, il commence à pouvoir parler dans les prestations qu’on lui propose et passe de la figuration à l’interprétation.
Le Tigre Rouge (ou
Karaté Tiger) en 1986 lui offre un premier grand rôle de cinq minutes à l'écran, celui de Ivan le boucher, mais lui permet surtout d’approcher de plus grosses productions.
Embauché par la Fox pour interpréter l’extraterrestre chasseur dans
Predator mis en scène par
John McTiernan, il n’aura même pas le temps de croiser Schwarzy puisqu’il se fera virer quelques jours après le début des prises. Un petit rôle dans
L’Arme Absolu lui permet de vivre quelques temps mais au bout d’un moment l’acteur craque. Tout juste rebaptisé Van Damme depuis
Karaté Tiger, il parvient à localiser le producteur Menahem Golan et l’attend à la sortie d’un restaurant. Lorsque les deux hommes se rencontrent, Van Damme lui fait aussitôt une démonstration avant de parler. Golan étant celui qui avait lancé Michael Dudikoff, il reconnaît dans le jeune homme un certain talent et lui laisse sa carte. Rendez-vous pris, Van Damme devra encore faire ses preuves…
En effet, Jean-Claude se présente le lendemain au bureau mais est tout de suite recalé. Obligé d’attendre, rejeté par une secrétaire peu encline à le laisser entrer, il finit pas forcer le passage et pénètre dans le bureau de Golan. Celui-ci le reconnaît et lui demande seulement de bien vouloir remontrer ce qu’il est capable de faire. Après une démonstration, Van Damme explique son parcours en espérant que le producteur se montre clément. Ce sera le cas puisqu’il lui offrira le premier rôle de
Bloodsport, un énième film d’action d’art martial ultra violent, genre qui fait rage actuellement dans les vidéoclubs. Envoyé quelques mois plus tard en Chine pour tourner le film, Van Damme se voit confronter à une organisation pathétique et à un tournage misérable. Certain que le film ne sortira jamais nulle part, il donne son maximum pour impressionner, ses prouesses étant potentiellement salvatrices pour le métrage. Malheureusement, Golan décide de ne plus sortir le film, le montage dévoilant un film absolument pathétique. Van Damme propose de revoir quelque peu le montage et de le rendre plus nerveux et plus réaliste. Arrivé à un résultat plus sec, il présente la nouvelle copie qui plait énormément à Golam au point qu’il pense pouvoir faire une belle promotion VHS ! Van Damme lui assure que le film a un avenir et arrive à négocier que le métrage sorte en salles mais hélas sans promotion aucune. Pour cela, Golam et Van Damme s’associent sur un contrat de quatre films.
Bloodsport sera un succès phénoménal et le nom du karatéka belge commencera à se faire entendre dans les coursives hollywoodiennes.
Au point qu’il parvient même à imposer certains de ses choix à Golam qui est contraint de céder s’il ne veut pas voir le contrat se casser. Il rédige donc lui-même le scénario de
Kickboxer dans lequel il invente tout un tas de séquences, n’hésitant jamais à se mettre habilement en valeur. Décortiquant les films d’action de ses concurrents, il prépare des scènes impressionnantes dans lesquels il pourra montrer toute sa technique et s’imposer comme la meilleur alternative aux gros bras que sont tous les autres. Le succès est de plus en plus impressionnant et on se met même à parler de phénomène Van Damme tant les salles se remplissent à chaque nouveau film. Au point même que les autres maisons de production cherchent à s’associer avec Golam pour produire de plus gros budgets. Ce sera le cas de
Cyborg, film de science-fiction aux relents d’actioner bien bourrin et pour lequel Cannon mettra une dernière fois la main à la poche… La boite à l’époque connaît de graves problèmes de gestion et décide de tout miser sur le poulain Van Damme. Mais les chiffres quoi que bons ne parviennent pas à convaincre Albert Pyun qui lâche l’affaire, Cannon fermant définitivement l’année suivante. Mais même si le succès, quoi que très satisfaisant, n’est pas tout à fait à la hauteur des espérances pour les financiers, il l’est tout à fait pour le jeune homme qui commence à tout avoir pour lui : une célébrité qui naît, une femme dans la même passion (Gladys Portuges, une ancienne boybuildeuse), un premier enfant (Kristopher), un nouveau projet qu’il vient d’écrire et qui lui tient à cœur (
Full Contact) et surtout les années 90 qui seront assurément "les années Van Damme" !