Jean-Luc Godard, un jeune turc déroutant...
Au fil de ses plus de cinquante années de carrière, JLG s'est imposé à tous comme un créateur d'exception et l'un des plus illustres cinéastes que le septième art ait engendré. Sans souci d'exhaustivité, on lui doit pêle-mêle des chefs d'œuvre comme A bout de souffle, Week-end, Bande à part, Détective ou encore Notre Musique, sans parler de sa monumentale fresque Histoire(s) du cinéma...
Cinéaste contemporain et francophone le plus étudié à l'étranger, Jean-Luc Godard fut également dans sa jeunesse l'un des piliers des Cahiers du cinéma et l'un des hérauts d'une Nouvelle Vague qui bouscula son époque avec fracas. Et pourtant, qui ose parler de Godard se heurte toujours aux mêmes écueils. L'homme vit pour le cinéma, son cinéma respire de chaque moment de son existence et l'ensemble forme un maelstrom des plus complexes. Il a aimé les femmes de ses films d'Anna Karina à Anne-Marie Miéville, et tous respirent leur époque, ses tourments et ses luttes. Antoine de Baecque par exemple dans sa monumentale somme sobrement appelée Godard a ainsi besoin de plus de 800 pages pour le raconter, du moins le cerner, lui et son œuvre.
En effet, notre homme a toujours su se renouveler et n'a jamais hésité à sidérer, surprendre, s'impliquer ou exaspérer. Capable de réaliser des films accessibles à tous comme Alphaville, il n'en reste pas moins un cinéaste porté sur l'expérimentation et l'innovation qu'elle soit narrative ou formelle. Sa propension à user de la vidéo et son emploi du numérique en témoignent tout autant que ses œuvres plus radicales tels que La Chinoise, celles réalisées pour le compte du groupe Dziga Vertov ou ses films-tableaux comme Vivre sa vie, Passion ou Je vous salue, Marie. Et cela sans parler de ses écrits, de ses saillies provocantes, de ses aphorismes ou du vent de contestation qu'il fit gonfler au printemps 1968 dans les arrières salles d'un Festival qui devait s'arrêter.
.. .qui demeure un cinéaste incroyable et résolument moderne
En somme, soucieux de toujours susciter une réaction et suffisamment talentueux pour en provoquer à chaque film, Jean-Luc Godard n'a eu de cesse d'alimenter la chronique médiatique et plus sûrement d'enchanter ceux qui aiment le cinéma et celui qu'il nous propose. Pour autant, il ne s'est jamais laissé enfermer ni même engloutir par son passé ô combien riche et tumultueux. Preuve en est qu'aujourd'hui, même reclus et trop rare pour les cinéphiles, il sait encore surprendre son monde et surgir là où on ne l'attendait pas.
Ainsi, Film Socialisme, son dernier métrage, est-il à peine proposé en sélection à Cannes, neuf ans après Eloge de l'Amour, que déjà il attire davantage l'attention que tous les autres films en lice. Tout d'abord, il a su bénéficier d'une promotion inattendue en étant rendu disponible par le maître lui-même sur l'usine à contenus qu'est Internet dans une version accélérée qui laisse augurer du meilleur. Ensuite, non content d'avoir attiré les regards avec une telle astuce, ce dernier sera rendu disponible en VOD au moment même où il sera projeté pour le Festival et cela deux jours avant sa sortie en salles. Une première en soi.
Godard n'a donc pas vieilli ni même changé, il demeure fidèle à lui-même. Toujours actif, vif et stupéfiant. Prêt à bondir et à faire vriller autant nos esprits que nos pupilles. Par conséquent, il y a fort à parier que le Festival de Cannes sera cette année la plus familière des tribunes et la plus grandiose des scènes, pour celui qui s'impose depuis tant d'années comme un virtuose de l'image et de sa mise en scène.

L'histoire : Il y est question d'Europe, de jeunesse et de liberté. Mais aussi du berceau de notre civilisation, la Méditerranée, et de ses rapports avec le monde […]
