Amie de Jean-Michel Basquiat, Tamra Davis a livré un documentaire très riche et divertissant sur le peintre devenu légendaire.

Par Julien LOUBIERE - publié le 12 octobre 2010 à 19h09 ,
MAJ le 13 octobre 2010 à 08h50 - 0 commentaire(s)

Réalisatrice de plusieurs long-métrages (Guncrazy, Crossroads), de nombreux clips (pour NWA, Sonic Youth ou encore Depeche Mode) et d'épisodes de séries télévisées telles que My name is earl ou Grey's Anatomy, Tamra Davis est désormais connue pour son formidable travail d'investigation et son approche originale - tant dans la forme que dans le fond - de l'oeuvre de Jean-Michel Basquiat dans le documentaire Jean-Michel Basquiat : The Radiant Child. Excessif a rencontré la documentariste.

 

Quelles relations entreteniez-vous avec Jean-Michel Basquiat ?


Il était mon ami ; Je l'ai rencontré à Los Angeles.  Je travaillais dans une galerie et fréquentais l'école de cinéma.  Ce sont mes études qui nous ont rapproché car Jean-Michel adorait le cinéma. Il voulait étudier avec moi, nous avons vu de nombreux films ensemble. Il venait d'arriver à Los Angeles et ne connaissait aucun endroit où sortir. Nous sortions donc ensemble aussi ! 

Qui était-il ?


Personne ne le sait vraiment puisqu'il se comportait différemment avec moi et avec d'autres amis. Il était très mystérieux. Je me suis efforcée de montrer le Jean-Michel que je connais dans Jean-Michel Basquiat : The Radiant Child.

 

Jean-Michel Basquiat: The Radiant Child de Tamra Davis

D'où est venue l'idée de réaliser ce documentaire ?

 

Je savais que le contenu des images dont je disposais était de qualité. Mais j'ai mis pas mal de temps à réaliser combien l'interview que j'avais pouvait être intéressante d'un point de vue strictement historique.  Jean-Michel est devenu de plus en plus célèbre et j'ai trouvé qu'il demeurait mal compris. Certains le considéraient comme un artiste naïf, devenu célèbre un peu par accident. Je voulais que les spectateurs perçoivent combien il était ambitieux, brillant et attachant.

Pourquoi avoir réalisé un film sur Basquiat en 2010 ? Ce film s'adresse-t-il aux nouvelles générations ?

 

Après son décès, j'étais triste et j'ai rangé les bandes. J'ai appris que Jean-Michel Basquiat avait été blessé par le fait que certains de ses amis avaient revendus nombre de ses travaux. Je ne voulais donc pas tirer profit de son travail. C'est pour cette raison qu'il m'a fallu du temps pour comprendre que les rushs dont je disposais avaient une valeur historique, et qu'il aurait sans doute voulu que je montre ce film. J'ai demandé la permission à son père ; j'ai mis longtemps avant d'oser l'aborder. Puis le documentaire s'est fait rapidement. Ce film est dédié aux jeunes générations mais aussi aux personnes qui connaissent l'artiste. Je ne disposais pas du budget d'Avatar pour le faire mais nous sommes habitués à voir des images en basse définition sur Youtube...

 

Jean-Michel Basquiat: The Radiant Child de Tamra Davis

Peut-on voir le film comme une lueur d'espoir pour les nouvelles générations d'artistes ?

 

Quand quelque chose est vraiment nouveau et se démarque de l'establishment, c'est difficile de rassembler, de se faire accepter tant par les galéristes que le grand public. Cela ne veut pas dire que ce que vous faites n'est pas bon. Les nouvelles générations doivent savoir que dans cette situation de jeunes artistes novateurs il ne faut pas désespérer et surtout ne pas sombrer dans la drogue !

Vous êtes-vous inspiré des films de Julian Schnabel (Basquiat) et de Downtown 81 de Edo Bertoglio ?

 

J'ai vu les deux films, le premier lorsqu'il est sorti et une partie du second même si ma priorité était de faire un film sur le Basquiat que je connais. Julian Schnabel avait une relation différente avec Jean-Michel Basquiat.  J'ai aussi lu de nombreux livres sur l'artiste, sur l'histoire de l'art... Aussi, certaines choses que j'ai pu lire ne montraient pas le Basquiat que j'ai connu. C'est pour cette raison que j'ai réalisé mon film : Pour montrer Jean-Michel tel que je voudrais que les gens s'en souviennent.



 

Y a-t-il des choses que vous montrez dans le documentaire avec lesquelles vous êtes pourtant en désaccord ?


J'ai voulu montrer qu'il ne faisait pas l'unanimité. Il était rejeté par une partie de la critique, les galéristes  mais était tout de même soutenu même si tout le monde ne croyait pas en lui. Il devait fonctionner avec tous ces aléas, ce qui était très complexe. Kurt Cobain, Britney Spears ou Mike D (le père de ses enfants) ont du composer avec ce que le monde médiatique ou les gens disaient sur eux, parfois en désaccord avec leur personnalité.

Votre lecture de ses peintures a-t-elle changé après avoir tourné ce documentaire ?


Pour moi, il était extrêmement talentueux. Son travail est unique, il est un modèle à suivre pour les nouvelles générations. Marque des grands artistes, on peut retrouver une histoire de l'art dans ses peintures. J'ai voulu montrer également cela dans mon film.


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