En près de 120 films, Jean-Pierre Marielle a su imposer différentes images. Mainte fois imité, jamais égalé, l'homme a promené sa silhouette de projets en projets, qu'ils s'agissent de comédies, de drames, voire d'oeuvres historiques, sans jamais lasser son public. Parmi ses nombreuses caractéristiques, il en est deux qui ressortent principalement : ainsi, il apparut bien souvent sous les traits d'un redoutable séducteur, bien que parfois looser car « légèrement » matamore, et n'a eu de cesse en conséquence de conquérir les plus belles femmes du cinéma français. Parmi elles, Annie Girardot, Sophie Daumier, Agnès Soral, Emmanuelle Seigner ou bien encore Sabine Azéma.
A l'affiche cette semaine d'une nouvelle comédie signée Denys Granier-Deferre, Pièce Montée, Jean-Pierre Marielle use une fois de plus de ses charmes et de son humour pour attirer à nouveau dans ses filets son grand Amour de jeunesse en la personne de l'excellente Danielle Darrieux. L'occasion de revenir sur la carrière d'un immense comédien.

Jean-Pierre Marielle, le fanfaron
Jean-Pierre Marielle est avant tout un acteur expressif. Il ne cache jamais ses sentiments, qu'il soit triste, heureux, colérique ou simplement épuisé. Il détient une tchatche et une puissance de jeu des plus redoutables, à tel point qu'il fait souvent de l'ombre à quelques partenaires souvent moins solennels (on pense par exemple à Claude Brasseur dans Signes extérieurs de richesse). Mieux encore, la présence de Marielle au sein d'un générique peut aussi sauver certaines entreprises cinématographiques d'un naufrage total. Ainsi, que seraient aujourd'hui ces improbables nanars tels Pétrole ! Pétrole !, Plus ça va moins ça va et Voulez-vous un bébé nobel ? sans son extraordinaire présence ? Pas grand-chose. Car l'énergie qu'il dégage se montre toujours très communicative et l'on n'y résiste donc jamais. L'acteur pousse d'ailleurs parfois le vice jusqu'à l'excentricité la plus totale. Dans Les Grands Ducs, il interprète un vieil acteur qui se voit offrir une nouvelle chance de carrière. Mais celui-ci semble davantage obnubilé par ses soucis familiaux que par les crises disproportionnées d'une prétendue star en totale furie (remarquable Catherine Jacob). Toutefois, dans ce même film, les colères de son personnage peuvent elles aussi se montrer particulièrement virulentes. Ainsi, s'il ne comprend pas les directions d'un metteur en scène peu doué (Olivier Pajot), il n'hésite pas à sortir du plateau pour se jeter violemment dessus et lui demander « des indications claires et précises ». En d'autres termes, Jean-Pierre Marielle aime les personnages extrêmes, forts en gueule, ceux qui n'ont peur de rien et qui disent tout haut ce que les autres pensent tout bas. Sous la direction de Georges Lautner (On aura tout vu), il est un producteur de films pornographiques, utilisant des termes on ne peut plus crûs (mais banals pour lui) à chacune de ses expressions. C'est d'ailleurs ce qui fait toute sa drôlerie. Sur ce principe, il trouve également en Jean Carmet un complice digne de ce nom dans le très méconnu Comment réussir quand on est con et pleurnichard (de Michel Audiard), l'histoire d'un homme qui réussit toutes ses ventes en pleurnichant sur son triste sort. Mais curieusement, ce n'est qu'à partir d'un certain âge que l'homme trouve ses rôles les plus délurés. On le découvre ainsi en 2002 luttant contre des extraterrestres dans l'inclassable Atomik Circus, le retour de James Bataille, ou en conflit avec lui-même (mais aussi avec le public, craignant de ne plus être entendu) dans Les Acteurs. Véritable auguste, il ne sera le clown blanc qu'à de très rares tentatives. Parmi elles, citons Hold-Up d'Alexandre Arcady, dans lequel Marielle interprète un commissaire de police standard, chargé de mettre la main sur un braqueur de banques au contraire farfelu, justement affublé d'une perruque et d'un nez rouge. On constate alors le mal-être du comédien à jouer ce genre de personnage, finalement beaucoup trop en retenue par rapport à tout ce qu'il est capable de faire habituellement.
Jean-Pierre Marielle, le séducteur Un regard, une voix. Jean-Pierre Marielle a tout pour plaire. Il fait en outre partie de ces hommes qui s'embellissent avec le temps. Il plaît aux femmes, et il le sait. Il en joue donc. Il est d'ailleurs amusant de constater quelques titres issus de sa longue filmographie pour le moins révélateurs (et sans pour autant en tenir le rôle-titre) :
Toutes folles de lui,
Le Diable par la queue,
L'Amour c'est gai l'amour c'est triste,
48 heures d'amour,
Les Femmes,
On est toujours trop bon avec les femmes,
Sex-Shop,
Charlie et ses deux nénettes,
Cours après moi que je t'attrape,
Jamais avant le mariage ou bien encore
L'Amour en douce. En somme, pour bon nombre de producteurs, l'acteur semble indissociable de cette thématique, au point de devoir exploiter son personnage jusqu'à la dernière goutte (mainte fois imité par Laurent Gerra et Michel Leeb sur ce registre, au même titre que son vieux complice Jean-Paul Belmondo). Mais à l'arrivée, aucune ne lui résiste. Annie Girardot y est d'ailleurs revenue à deux reprises (
Cause toujours, tu m'intéresses,
Cours après moi que je t'attrape). En outre, le charme de Jean-Pierre Marielle est tel qu'il réussit même à faire fondre le coeur des plus jeunes. Et réciproquement. C'est ce qui lui arrive dans l'excellent film réalisé par Claude Berri en 1977,
Un Moment d'égarement, l'histoire d'un amour inattendu entre un quadragénaire et la fille de son meilleur ami, alors âgée d'à peine vingt ans. Mais le fait d'être un homme à femmes ne se révèle pas toujours une partie de plaisir. Bien au contraire. Preuve en est avec deux longs-métrages, et pas des moindres :
Le Diable par la queue, de Philippe de Broca, suivi huit ans plus tard par
Calmos, de Bertrand Blier. Dans le premier, Jean-Pierre Marielle est un soi-disant play-boy, répondant au nom hautement prétentieux de Jean-Jacques Leroy-Martin et profitant du week end pour amener l'une de ses maîtresses dans un vieux château transformé en hôtel de luxe. L'occasion rêvée de séduire sa nouvelle dulcinée. C'était sans compter le caractère de la femme sollicitée et l'arrivée inopinée d'un gangster particulièrement séduisant (Yves Montand, insurpassable en la matière), si bien que notre homme repartira « brecouille ». Toujours à contre-courant, Bertrand Blier offre un retournement de situation plus fou encore. Dans
Calmos, deux compères (Jean-Pierre Marielle et Jean Rochefort), excédés par les femmes, quittent tout pour aller vivre dans un village où ils se livrent au plaisir de la bonne chère. Bientôt, des milliers de semblables suivent leur exemple. Mais les femmes n'ont pas dit leur dernier mot et comptent bien récupérer ce qui leur est dû. Dans la seconde partie du film, l'homme devient ainsi un pur objet sexuel, dont le seul but sur Terre est de donner du plaisir à la femme. Assommé, dégoûté, il finit par s'enfuir avant de se réfugier dans une grotte qui n'est autre que le vagin d'une femme bronzant sur une plage. Le cauchemar absolu. On croit rêver ! Voilà en somme un film qui vous dégoûterait presque de la « chose ». Malgré tout, Jean-Pierre Marielle conserve cette image de séducteur. Et s'il n'arrive pas toujours à ses fins, la démarche se veut toujours romanesque (tout en frôlant très régulièrement les situations les plus kitches, devenant ainsi l'archétype-même du ringard). Ce personnage entre dans la légende grâce à deux classiques du cinéma français,
Les Galettes de Pont-Aven et
Comme la Lune. Dans ce dernier, l'acteur atteint des summums de trivialité, bien malgré lui. Pour séduire une nymphomane, il illustre avec brio une série de répliques anthologiques, comme « Je suis devenu une bite », « Tu sais quoi dire pour me faire bander », ou « T'es vraiment bien bidochée ». Alors que cela pourrait être jugé vulgaire dans la bouche d'un acteur lambda, Marielle sublime ces quelques phrases tel un poème. De la même façon,
Les Galettes de Pont-Aven développe son personnage de quadragénaire coureur et philosophe. Aujourd'hui encore, et malgré son grand âge, le comédien ne cesse de conquérir le coeur de ces dames, à l'image de Sabine Azéma dans le magnifique
Faut que ça danse !, signé Noémie Lvovsky (en 2007).
Dans
Pièce Montée, en salles mercredi prochain, Denys Granier-Deferre a eu la très bonne idée de rendre hommage à Jean-Pierre Marielle en lui proposant un rôle complet qui mélange son côté fanfaron avec sa force de séduction. Un évènement à ne manquer sous aucun prétexte.