John C. Reilly n'est pas une star, mais il est de ces acteurs dont le visage est familier, à force de multiplier les seconds rôles marquants et les compositions solides : Mister Cellophane touchant dans Chicago, flic sensible et humain dans Magnolia, frangin malgré lui de Will Ferrell, époux d'une Julianne Moore étouffée par le quotidien dans The Hours ou assistant de Howard Hughes dans Aviator, son registre est pour le moins étendu. De retour à l'affiche dans l'Assistant du vampire de Paul Weltz (sortie le 2 décembre), c'est l'occasion pour lui d'ajouter une corde à son jeu déjà bien fourni, en abordant l'épouvante. Il a fait partie des projets les plus importants de ces dernières années. Il est un héros certes souvent discret mais assurément incontournable.
Né à Chicago en 1965, c'est très tôt que John s'intéresse au théâtre, se produisant pour la première fois à l'âge tendre de huit printemps. Il trouve ainsi sa voie et orientera son existence pour perfectionner son talent. A l'université, il se forme donc à l'art dramatique au sein de la prestigieuse Goodman School of Drama. C'est alors qu'il envisage sérieusement de consacrer sa vie à sa passion et d'en vivre. Il se joint à des compagnies théâtrales, joue les classiques avec brio.
Sa première apparition d'importance au cinéma a lieu dans Outrages de Brian de Palma en 1990, où il joue aux côtés de Sean Penn un second rôle marquant, dans l'un des films les plus rudes consacrés aux exactions des soldats américains au Vietnam. Le dévouement du comédien au film impressionne le metteur en scène. Il retrouvera Sean Penn dans Nous ne sommes pas des anges de Neil Jordan et surtout dans le très beau Les Anges de la Nuit de Phil Joanou en 1991, où il côtoie également Gary Oldman, au sein d'une communauté irlandaise, unie par les liens du sang et du crime. On le voit une première fois sur les circuits de Nascar, faisant partie de l'écurie de Tom Cruise, pilote de course et irrécupérable tête brûlée dans l'efficace Jours de Tonnerre de Tony Scott.
La réputation de comédien confirmé sur les planches de John C. Reilly et ses premières apparitions au cinéma attirent l'attention des plus illustres cinéastes.
Il participe à la variation expressionniste de Woody Allen intitulée Ombres et brouillard en 1992. Il fait face à Jack Nicholson dans Hoffa de Danny DeVito. Un rôle intéressant lui vient lorsqu'il incarne l'ami secourable de Johnny Depp dans Gilbert Grape de Lasse Hallström. Il y est un monsieur tout le monde sympathique, passionné par le fonctionnement d'un fast food qui vient de s'installer dans leur petite bourgade. C'est précisément cette tendresse qu'il met à dépeindre l'homme du commun qui fait l'originalité de Reilly. Il poursuit sa carrière allant de choix judicieux en performances solides dans Dolores Claiborne par exemple. Il est toujours dans la subtilité et hors de l'évidence, comme en atteste son apparition dans Georgia. Il n'est pas en haut de l'affiche mais campe ses personnages avec une impeccable conviction.

John C. Reilly accompagne également la génération montante de metteurs en scène, comme Curtis Hanson dans la Rivière sauvage en 1995. L'année suivante, il entame une collaboration fructueuse avec un réalisateur alors encore inconnu, Paul Thomas Anderson, pour son premier film, Hard eight. Il y tient l'un des rôles principaux et s'inscrit d'emblée dans l'univers du cinéaste, donnant vie à un paumé touchant, devenant joueur sous la houlette de Philip Baker Hall et se laissant manipuler par une femme fatale, Gwyneth Paltrow.
En pauvre type un peu dépassé par les évènements, Reilly s'avère être auprès de Paul Thomas Anderson un extraordinaire antihéros.
Il fait de nouveau merveille en partenaire de Mark Wahlberg dans Boogie nights. Il incarne un acteur porno qui partage l'affiche avec le glorieux jeune homme, et cultive également une improbable passion pour la magie. La performance est légèrement décalée, à la fois discrètement loufoque et un brin pathétique. Le sens de la nuance de Reilly est assez admirable : il est capable de suggérer le caractère sans éclat d'un personnage et nous attacher tout de même à son sort. Dans cette chorale de grands acteurs (dont Julianne Moore ou Philip Seymour Hoffman), sa justesse ne passe pas inaperçue et le qualifie pour un autre grand film dont tout le monde veut être, la Ligne rouge de Terrence Malick en 1998.
C'est de nouveau Paul Thomas Anderson qui lui offre un beau rôle dans Magnolia en 2000. Dans le rôle d'un flic sympathique, amoureux d'une fille à problèmes, Reilly suggère tous les tourments de son personnage apparemment simple. Il exprime sa volonté de bien faire, sa gentillesse extrême, cette façon dont certains êtres trop bien intentionnés endossent toute la misère du monde et finissent par en souffrir.
Reilly varie surtout les univers, faisant partie de l'équipe de baseball menée par Kevin Costner dans Pour l'amour du jeu de Sam Raimi en 2000. On le voit piégé sur un bateau en péril dans En Pleine tempête, grosse production signée Wolfgang Petersen, avec George Clooney et de nouveau Mark Wahlberg.
Son admirable versatilité le qualifie pour des rôles de plus grande importance.
C'est pourtant encore un ensemble qui lui permet de récolter les louanges, The Anniversary Party en 2001. Après avoir croisé Jennifer Aniston dans The Good girl, il compose de nouveau un beau personnage en 2003 dans The Hours de Stephen Daldry. Il est l'époux un peu terne et extrêmement gentil (jusqu'à en être presque irritant), d'une Julianne Moore en pleine crise existentielle. Ils forment un couple apparemment sans histoires, pris dans le bonheur standardisé de la banlieue américaine des années 50. Reilly incarne l'archétype du bon père de famille avec bonheur.
2003 est une année faste pour l'acteur puisqu'il participe à la fresque depuis longtemps envisagée par Martin Scorsese, Gangs of New York. Même si son Happy Jack est au second plan, sa trajectoire est révélatrice. Il est un ancien du gang de Liam Neeson, constitué d'immigrants d'origine irlandaise se battant pour imposer leur légitimité face aux « natifs » de Daniel Day Lewis. Mais lorsque Leonardo DiCaprio revient pour assouvir sa vengeance, il découvre que ce bon Happy Jack est devenu un gendarme totalement corrompu à qui il faut graisser la patte. On a rarement vu John C. Reilly antipathique, il est ici exemplaire de rouerie et d'hypocrisie. Sa jovialité et son allure avenante deviennent ainsi les marques même de sa traitrise.

Nicolas Houguet

L'histoire : Darren est un adolescent de 14 ans comme tous les autres. Il traîne avec ses copains, travaille pas trop mal à l'école et évite les embrouilles. Mais […]
