Avec sa prise de finition
Attitude Ajustement et son
You can't see me devenu une véritable expression populaire en Amérique, John Cena fait partie des catcheurs actuels les plus importants de la WWE, au point que les producteurs hollywoodiens s'intéressent depuis plusieurs années à lui. Cependant, les figures majeures du sport de divertissement que représente le catch n'ont jamais véritablement réussi à trouver leur place dans l'industrie culturelle cinématographique. Et ce n'est pas
Dwayne Johnson alias The Rock qui va relever le niveau, hormis
Southland Tales de Richard Kelly, sa carrière n'a jamais volé très haut. Cependant, la dimension très cinématographique des shows de la WWE pourrait être un tremplin idéal pour ces catcheurs/acteurs, auquel s'ajoutent une carrure impressionnante et une popularité très forte chez les plus jeunes. Pourtant, ces éléments ne font pas de ces gladiateurs modernes des acteurs bankables. Est-ce que John Cena pourrait changer la donne ? C'est moins sûr au vu de la qualité relative de
12 Rounds, dernière réalisation de
Renny Harlin qui n’a visiblement pas réussi à franchir les années 1990.
John Cena - The Doctor of ThuganomicsDe son vrai nom John Felix Anthony Cena Junior, le catcheur John Cena est actuellement à l'affiche de
12 Rounds, un thriller teinté d'action qui s'avère efficace, mais sans éclat. Hélas pour Cena, la carrière du cinéaste
Renny Harlin bat de l'aile depuis près de dix ans. Il a quand même mis en boite l'épouvantable
Driven avec Stallone en 2001, alors qu'il reste pour beaucoup le réalisateur de
58 minutes pour vivre et
Cliffhanger. Sur le papier,
12 rounds était un moyen idéal pour l'acteur/catcheur de faire ses preuves et pour Harlin de revenir sur le devant de la scène. Cependant, les films mettant en scène les stars de catch américaines n'ont jamais été de véritables réussites,
12 rounds se plaçant parmi le haut du panier. C'est dire ! Il est d'ailleurs toujours aussi étonnant que la barrière soit aussi grande entre le cinéma et ce sport atypique qui utilise de nombreuses mises en scène directement inspirées du cinéma. On peut évoquer le cas d'Hulk Hogan, une des figures majeures de l'époque qui voulut profiter de sa grande popularité pour mettre un pied au cinéma. Il suffit d'évoquer Rocky III, l'oeil du tigre. Toutefois, le passage dans le film lui valut quelques problèmes avec Vincent James McMahon, le patron de la WWE qui refusa que son poulain joue à côté de Sylvester Stallone, persuadé que les lutteurs n'avaient pas leur place au cinéma. Il mit par la suite Terry "the Hulk" Boulder sur la touche quelques années, avant de le réintégrer. Actuellement, le catcheur retraité poursuit son émission de téléréalité
Hulk Hogan académie sans véritablement rencontrer de franc succès, car, sorti du cadre normatif des combats télévisés de catch, l'aura dont il bénéficie s'amenuise dramatiquement.

Cependant, avec la révolution numérique, l'Internet et la médiatisation accrue du catch américain, la popularité de ces colosses aux musculatures impressionnantes prend un véritable essor au point qu'actuellement il n'est pas rare de croiser plusieurs fois dans une même journée de nombreux enfants dans l'hexagone arborant fièrement un t-shirt de leurs catcheurs favoris. Pire, on constate une recrudescence d'accidents parfois très graves chez les mineurs un peu partout en Europe et évidemment aux Etats-Unis alors qu'ils voulaient imiter leurs catcheurs favoris. Conscients de cela, à chaque émission de Raw et Smackdown, des spots de préventions sont diffusés de manière insistante afin de sensibiliser le jeune public. Et, face aux nombreux détracteurs qui ne voient que dans ces combats hyper médiatisés, un simulacre de sport mettant en scène des bodybuilders, on a pourtant affaire à des sportifs professionnels. Bien qu'ils s'entraînent de manière drastique, ils se blessent régulièrement. Les accidents sont fréquents et parfois graves, même mortels. À ce titre, John Cena en 2007 eut le muscle pectoral entièrement déchiré suite à un match dans lequel il exécuta une prise, le hip Toss, l'équivalant en judo d'un tour de hanches. Une blessure qui obligea le catcheur à se mettre au vert pendant près de six mois. À l'extrême, l'exemple funeste d'Owen Hart, mort à la suite d'une chute d'une trentaine de mètres au-dessus du ring fait partie des événements dramatiques de ce "sport divertissant". Et l'on ne compte pas le nombre de catcheurs décédés d'une crise cardiaque avant la cinquantaine (Eddie Guerrero, The British bulldog, etc.). Évidemment, par rapport à la CZW et ses Tournament of Death, la comparaison s'arrête là. Les catcheurs de cette catégorie extrême finissent systématiquement en sang, les chairs lacérées, pouvant utiliser de nombreuses armes dont le tube de néon qui est devenu le véritable symbole de la CZW avec les fils barbelés qui remplacent les habituelles cordes du ring. Afin d'être politiquement correcte, la WWE participe activement à l'instruction pour les enfants en difficulté scolaire.
Bien entendu, John Cena ne s'aventurerait pas à défigurer son visage de vainqueur ni sa plastique surdéveloppée dans des combats où les punaises, le feu et autres armes de poing sont légion. Trop extrême, cette fédération ultraviolente est réservée à un public averti tant certains matchs sont des boucheries, au point qu'elle reste "underground" et privée de diffusion télévisée en Europe. Le monde du Catch tel qu'il nous parvient évite le plus souvent de médiatiser ce genre de fédération et l'on comprend assez bien les raisons. Alors, un circuit parallèle est mis en place via des DVD, et autres channels sur Internet. De plus, la carrure de ces catcheurs de l'extrême n'est pas d'une plastique aussi travaillée que celle d'un John Morrison ou d'un John Cena. Dans ce domaine, il est étonnant de constater l'évolution de l'image de Cena par rapport à ses débuts. Car, en moins de dix ans, le bonhomme n'a plus rien à voir avec l'image ultra-lisse et policée de ses débuts, et son physique de catcheur fébrile. En gagnant plus de 20 kilos de muscles, du haut de son 1m88, il a développé un physique impressionnant lui permettant de déployer une puissance musculaire spectaculaire avec ses 120 kilos. De plus, il est passé par plusieurs styles vestimentaires pour les affûter et les perfectionner au point d'arriver à un équilibre qui fait de lui le
good guy par excellence actuel. Le bonhomme s'essaya même au rap, réalisant un album avec son frère dont le thème actuel de son entrée est extrait.
Toutefois, John Cena reste extrêmement rare en dehors de la sphère du Catch, ne participant qu'à deux longs-métrages. Le premier
The Marine fut un lamentable échec, et pour cause, le film est digne des plus indigestes D.T.V. tendance actionneur du pauvre des eighties. Alors que
12 rounds, malgré ses nombreux défauts, reste le "meilleur" produit estampillé "catcheur de la WWE". Les fans de Cena seront ravis, alors que les amateurs d'action sévèrement burnée un peu moins. Toutefois, on ne serait en tenir rigueur tant l'acteur assure et nous offre des séquences musclées percutantes qui fleurent bon le défouloir régressif. Paradoxalement, ce
12 rounds sort sur grand écran en France, chose rarissime pour ce type de film plutôt destiné avant tout au D.T.V. en DVD et Blu-Ray. Alors, amateurs d'expériences gonzos, pourquoi pas une séance
12 rounds divertissante à prendre avec du recul.