Huit ans après sa première mission, Johnny English, espion au service secret de sa Majesté, fait aujourd'hui son grand retour, plus gaffeur que jamais ! L'occasion rêvée de pouvoir nous entretenir avec son interprète, l'excellent Rowan Atkinson, un artiste (au sens noble du terme) décidément beaucoup trop rare sur nos écrans.
Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de vous lancer dans un second « Johnny English » ? Rappelons que le premier volet, sorti en 2003, avait remporté un immense succès à travers le Monde, cumulant près de 160 millions de dollars...
C'est une bonne question. Il est vrai que le succès d'un film amène généralement à la production d'un second volet dans les deux ou trois années qui suivent. Mais en ce qui me concerne, je n'agis jamais ainsi. Tout d'abord, j'aime prendre du temps pour moi entre chaque tournage. Je suis également très exigeant dans mes choix et davantage encore lorsqu'il s'agit d'un de mes rôles fétiches. Prenez par exemple Mr Bean. Nous l'avons adapté pour la première fois au cinéma en 1997 (Bean, de Mel Smith, ndlr). Et c'est seulement dix ans plus tard qu'on a décidé de lui offrir de nouvelles aventures (Les vacances de Mr. Bean, de Steve Bendelack, ndlr). Il faut veiller à ne pas lasser le public. Mieux vaut donc éviter une « overdose » de ces personnages et réfléchir aux meilleurs films possibles, le plus dur étant de trouver LA bonne histoire. C'est ce que l'on a réussi, je crois, avec Johnny English Reborn.
Qu'est-ce qui vous séduit tant chez ce personnage ?
Il me fait tout simplement rire. Johnny English pense être l'un des meilleurs agents secrets de sa génération (si ce n'est le seul), malheureusement au final, il est loin d'être aussi brillant qu'il l'imagine. Au contraire, il est assez idiot et même arrogant... Il vise constamment des objectifs qu'il n'atteint jamais ou presque. Le plus grave, c'est qu'il continue d'y croire... Ceci étant, il ne manque pas de qualités. Il s'agit d'un homme alerte, parfois explosif. Et dans certaines situations, cela peut s'avérer nécessaire voire efficace. La preuve, il termine toujours ses missions, certes tant bien que mal, mais il y arrive. Enfin, malgré tous ses défauts, je dirais qu'il est incroyablement humain. Il a ses limites, comme chacun d'entre nous. Or c'est aussi ça qui le rend très attachant, au point qu'on lui fasse grâce parfois de certaines fautes.
Lorsqu'on analyse votre parcours, on constate une récurrence de ce type de caractères. Vous aimez donc ces compositions que l'on pourrait qualifier d'« extrêmes »...
Oui, même s'il y a toujours un peu de moi dans les personnages que j'interprète. Ainsi je me reconnais beaucoup dans la détermination de Johnny English. Je n'ai pas sa folie qui parfois le rend aveugle et le conduit à l'échec. Au contraire, je suis plutôt du genre à faire attention. Ceci étant, lorsque je veux quelque chose, je m'y dirige. Doucement mais surement... Au-delà de ça, j'espère ne pas être trop proche de mes rôles. Car c'est aussi ça qui me plait dans ce métier. Jouer la comédie.

Le film apparait nettement plus spectaculaire que son prédécesseur. Vous réalisez d'ailleurs certaines de vos cascades. Si on ajoute à cela votre passion pour les voitures de sport, une question se pose alors : auriez-vous aimé être une vedette de films d'action ?
(Il sourit) Il aurait fallu que je me muscle davantage... Et surtout, je ne suis pas sûr d'aimer le risque à ce point. Dans Johnny English Reborn, on a d'ailleurs écrit une séquence en rapport avec cette thématique. Lors d'une course-poursuite, je tente de rattraper un terroriste. Tandis qu'il saute au-dessus des murs, moi je me contente d'ouvrir une porte ou de monter sur une échelle afin de le rejoindre. Bref, je vais au plus simple. C'était très drôle à réaliser. Tout ça pour vous dire que je me contente de quelques cascades. C'est déjà pas mal. Et puis sur l'ensemble d'un film, je pense qu'au bout d'un certain temps cela ne m'amuserait plus du tout. C'est d'abord très long à mettre en place. Et je prends davantage de plaisir à jouer la comédie plutôt que d'être suspendu à des câbles ou toute autre technique en rapport. Quant aux voitures de sport, il est vrai que je suis un passionné. Mais là c'est déjà beaucoup moins physique. On est assis et il s'agit seulement de conduire. Bien évidemment, cela n'empêche pas les risques. Preuve en est avec cet accident survenu il y a deux mois (l'acteur s'est crashé au volant de sa McLaren F1, le 4 Août 2011, ndlr). J'ai échappé de peu à la Mort, je crois. Ça ne m'arrêtera pas pour autant, même si à présent je ferais plus attention. En tout cas, cela prouve que je n'aurais pas eu beaucoup de succès dans des films d'action. Jamais un héros ne se plante comme moi je l'ai fait...
James Bond a été mainte fois parodié, que ce soit à travers Flint, Austin Powers ou bien encore Dick Steele. Que pensez-vous apporter de plus avec Johnny English ?
On a toujours cherché à avoir notre propre identité et notamment sur ce nouvel épisode. L'intrigue y est extrêmement sérieuse au même titre que l'univers décrit. L'idée était ici de développer une sorte de thriller à l'intérieur duquel on a ensuite jeté une véritable catastrophe ambulante en la personne de Johnny English. Finalement, tout notre humour repose sur ce seul principe. Et je pense que c'est une bonne idée d'avoir fait cela. Plus l'histoire semble réelle, plus forts et efficaces sont les gags. Alors bien sûr, on s'est aussi amusé à détourner quelques références propres à James Bond, comme certains gadgets souvent improbables. Néanmoins, notre point de vue diffère littéralement de ce qu'a pu faire par exemple Mike Myers avec Austin Powers. En résumé, prenez un long-métrage avec Daniel Craig ou Sean Connery. Et imaginez dans ce même film le héros qui, au lieu de tout réussir, enchaine les gaffes et galère à avancer. Voilà, c'est ça Johnny English.

Détail amusant, vous avez également joué dans un James Bond (Jamais plus jamais, en 1983, ndlr). Quels souvenirs en gardez-vous ?
C'était mon tout premier rôle au cinéma. J'étais très fier. Vous imaginez ! Jouer dans un James Bond, qui plus est aux côtés du grand Sean Connery ! Je me souviens du matin où je suis parti en avion direction les Bahamas... Quand on est jeune comédien, on se fait toujours plein d'idées sur le milieu du show business. Et bien là, tout ce que j'avais imaginé auparavant, je le vivais en direct. Ce fut une très grande expérience pour moi... Malheureusement, lorsque je revois le film aujourd'hui, je ne me supporte absolument pas. Je me trouve mauvais et caricatural. Si je pouvais le refaire, ce serait très différent.
On sait que vous ne voulez plus jouer le personnage de Mr. Bean. En revanche, pensez-vous déjà à un Johnny English Reborn Again ?
Je pense en effet être beaucoup trop vieux désormais pour réendosser le costume de Mr. Bean. Mais concernant Johnny English, un troisième épisode pourrait voir le jour. Il est encore un peu tôt pour le confirmer, mais je l'envisage. On verra. Le temps de trouver un bon script. Rendez-vous donc d'ici quelques années...
Propos recueillis et traduits par Gilles BOTINEAU

L'histoire : Lorsque le MI7 apprend qu'un attentat se prépare contre le Premier Ministre Chinois, le doute n'est plus permis : l'agent Johnny English doit absolume[…]
