En dix ans, Jonas Akerlund est passé du statut de clippeur culte (notamment pour le clip
Smack my Bitch up! des Prodigy qui vomit la culture MTV) à celui de réalisateur cachetonneur des
Cavaliers de l'apocalypse, thriller horrifique de commande pour le compte de Michael Bay, avec Dennis Quaid et Zhang Ziyi.
Le clip de Porcelain, de Moby : on entend ce morceau du Dj New-Yorkais au cinéma, dans
La plage, de Danny Boyle.
Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Jonas Akerlund vient de la musique. Initialement batteur dans un groupe de Death Metal, il a décidé de se diriger vers un autre univers artistique le jour où il s'est rendu compte qu'il n'avait aucun talent dans ce domaine de prédilection. Son obsession sera désormais visuelle. C'est d'ailleurs ce qui lui a permis de signer dans les années 90 des clips remarqués et remarquables. A l'époque, tout le monde veut travailler avec lui. Akerlund commence avec Roxette, Madonna... et creuse en parallèle une mouvance trash/chic branchouille.
Le clip de My Favorite Game, des Cardigans : avant de chanter pour Todd Solondz dans
Palindromes (la "
la la song", c'est elle), la chanteuse blonde de
Lovefool, Nina Persson, égratignait son image. La fin
trash est censurée par MTV et provoque un micro-scandale.
Akerlund persévère dans cette voie et veut déranger. Il commence avec le groupe The Cardigans dont il signe le clip
My Favorite Game. A la fin, la chanteuse blonde Nina Persson finit par se crasher en voiture. Mais le plus marquant de tous ses clips, c'est
Smack my bitch up! des Prodigy qui contient déjà des éléments que l'on retrouvera dans son premier long-métrage de cinéma,
Spun. A savoir du vomi, de l’alcool, du sexe, de l'hystérie, de la violence et un twist final.
Le clip Smack my bitch up! des Prodigy: peut-être l'un des plus marquants avec
Thriller, de Michael Jackson. Il a révélé les limites de diffusion d'une chaîne comme MTV.
Tel quel,
Spun est une bombe d'énergie et de mauvais goût, biberonnée au cinéma trash de John Waters première période (beaucoup de références à
Pink Flamingos). En fait, le défi était passé de mode, aussi risqué que de proposer un film interdit aux moins de 18 ans sans violence ni sexe. Si les visionnages intempestifs ne jouent pas en sa faveur (il s'autodétruit rapidement),
Spun constitue cependant une bonne introduction pour découvrir l'univers de Akerlund (un peu comme
Killing Zoe pour Roger Avary). Pour donner une idée du résultat, c'est comme si avec une bande d'amis vous décidiez de regarder
Requiem for a dream un soir en DVD, que vous baissiez le son de la télévision et que vous vous amusiez à créer des dialogues hilarants en ajoutant des bruitages et des sons décalés.
Le clip de Turn the page, de Metallica : Jonas Akerlund a également signé celui de
Whiskey in the Jar.
La musique hurle, les dialogues dégueulent, les personnages puent, le montage déchire la rétine. En voyant la folie de Jonas Akerlund sur ce coup d'essai, on pense à un nouveau Gregg Araki, plus qu'à un nouveau Darren Aronofsky (certains ayant vu
Spun comme une parodie de
Requiem for a dream, ce qu'il n'est pas vraiment). Hollywood est à ses pieds et les stars veulent s'encanailler à son contact. Mais, rapidement, Jonas ne contrôle plus rien. Par la suite, il crée une association de cinéastes, craint de perdre le contrôle de sa propre organisation et du coup vire 27 metteurs en scène en activité. Avec ceux qui l’aiment et le suivent, il ouvre un bureau de production à Stockholm dont le but consiste à former de jeunes talents. Puis le néant total.
Clip de The Everlasting Gaze des Smashing Pumpkins : Billy Corgan s'est occupé de la bande-son de
Spun et y propose notamment une magnifique reprise de
The number of the beast d'Iron Maiden.
Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Michael Bay vient à son aide en lui proposant
Les cavaliers de l'apocalypse, un thriller de commande calibré pour un faiseur européen, scénarisé par Dave Callaham (
Doom) et interprété par des stars internationales ayant envie de casser leur image publique (Dennis Quaid, Zhang Ziyi). L'histoire est basique (un policier hanté par la mort de sa femme enquête sur un tueur en série s'inspirant des quatre cavaliers de l'Apocalypse) et évoque un ersatz de
Se7en. Ce qui est intéressant, c'est la manière dont Akerlund essaye de se racheter une conduite et en même temps de pervertir un peu les conventions d'un genre éculé en accentuant le gore et en court-circuitant la linéarité de l'intrigue. Les efforts sont presque surhumains. Le résultat, à deux doigts de la parodie, est plutôt amusant à regarder, mais uniquement si on prend en considération tout le parcours d'Akerlund.