Avant de réaliser son curieux
Marebito, Takashi Shimizu s'est ingénié à réaliser plusieurs versions de
The Grudge, un thriller horrifique pas aussi simple et lisse que prévu.
Tout commence en 1999. Takashi Shimizu signe un petit film destiné au marché vidéo (
Ju-On) puis, l’année d’après, sort une suite (
Ju-On 2). Deux succès qui donnent envie à Shimizu de réaliser un remake pour les salles de cinéma nipponnes. Le film ?
Ju-On : the grudge. En 2003, il fait également un remake de la
sequel pour le marché vidéo (
Ju-On : The grudge 2). Edifions les parallèlismes :
The grudge version Soleil Levant (
Ju-on) raconte presque la même histoire que celle de son remake américain : Rika, une assistante sociale, se rend dans une maison, sur laquelle pèse une malédiction, pour s’occuper de Sashie, une vieille dame alitée. Elle y découvre un petit garçon enfermé dans un placard, avant d’être agressée par un esprit malfaisant. Outre le plaisir immédiat provoqué par le frisson, la relecture est digne d'intérêt parce que Shimizu propose une histoire plus limpide mais pas pour autant moins alambiquée.

En effet, dans le remake, des acteurs américains (Sarah Michelle Gellar, Clea DuVall, Bill Pullman...) sont cordialement invités à venir se perdre au Japon. Dans l’original, il n’y a pas cette dimension corrosive où des étrangers sont perdus faute de repère et de communication. En revanche, dans les deux cas, l’angoisse naît de la répétition et de l’impression que quelqu’un observe. Shimizu exploite des artifices plus ou moins inédits et les recycle avec une certaine efficacité. A ce titre, dans l’original, le travail sur le son, les jeux de lumière et la profondeur de champ ainsi que la précision des cadres suffisaient à instaurer une ambiance oppressante reposant sur l’allusif et les reflets. Des travellings simples et discrets donnaient la sensation que l’horreur était située à la périphérie du cadre et non à l'écran ; ce qui a pour but d’instiller un climat d’angoisse pesant.
Mais, à défaut de constituer une entité propre et linéaire,
Ju on est avant tout un film à sketches qui préfère impressionner sans expliquer les enjeux dramatiques, les motivations des personnages ni même les personnalités. L’efficacité des effets ne pallie pas l’absence d’un scénario qui se contente de répéter les mêmes procédés. Sur une heure trente, c’est rébarbatif mais la tension reste à son comble puisque, même lors de moments de répit, on a la sensation qu’il va se passer quelque chose.
L’intrigue trahit l’influence du cinéma fantastique japonais contemporain dont le nouveau maître est sans conteste Hideo Nakata. Outre qu’elle sied bien au sujet, cette impression de déjà-vu n’est qu’un péché véniel dans une industrie où tout le monde se vole des idées. Mais Shimizu néglige l’émotion et recycle beaucoup d’idées empruntées à d’autres sans la touche innovante qui aurait pu faire la différence. Le fait qu’il récuse toute psychologie ne joue pas à son avantage mais c’est précisément le même traitement qui a été réservé à la relecture de son propre film.
The Grudge : le remake Proposé par Sam Raimi, le remake américain de
The grudge se situe un cran au-dessus du film homonyme dont il s’inspire. C’est l’occasion pour les cinéphiles français de découvrir la copie améliorée du film par le même réalisateur (Takashi Shimizu) avec les éléments du premier (structure narrative filandreuse, intrigues parallèles, distorsion de temps) en mieux. En plongeant des personnages américains dans un environnement nippon auquel ils n’arrivent pas à s’acclimater, Shimizu s’amuse malignement à mettre en scène une sorte de
Lost in translation à la sauce horrifique et agrémente son intrigue originelle d’une allégorie sur la solitude et la peur de l’étranger. La combinaison des deux pays est astucieuse : elle confère de fait une dimension subversive derrière ce remake bâtard qui ne se laisse pas avoir par les sirènes hollywoodiennes et tente d’imposer sa singularité dans un circuit aseptisé.
Autrement, les meilleures scènes sont conservées et les moins pertinentes astucieusement éludées pour ajuster cette fluidité qui faisait cruellement défaut au film japonais. Même si elle reste ténue, la psychologie des personnages est légèrement approfondie. Ce sont des ambitions louables d’autant que les acteurs s’en sortent avec les honneurs, mais
The grudge joue sur le même sentiment de frustration et de mystère et délivre plus une succession superficielle de séquences à exploser le trouillomètre qu’un film à proprement parler. Le spectacle manque d’émotion comme de substance et peut lasser (on finit par trop bien les connaître, ces fantômes aux cheveux longs et au regard maléfique) mais cette relecture pas inintéressante et somme toute efficace reste l’occasion pour Shimizu de se faire un passeport, non seulement pour lui mais également ses acteurs japonais, dont l’excellent Ryo Ishibashi (
Audition,
Suicide club).
En attendant le test complet de l'édition double DVD de
The Grudge prévu chez Metropolitan pour les prochaines semaines nous vous en proposons déjà les menus sur la page suivante