Retour sur la carrière de Judith Godrèche, ex-égérie du cinéma d'auteur, à l'occasion de la sortie de Toutes les filles pleurent, son premier film en tant que réalisatrice.

Par Marion THUILLIER - publié le 30 mars 2010 à 16h39
1 commentaire(s)

Actrice depuis l'âge de 10 ans, Judith Godrèche passe enfin derrière la caméra avec Toutes les filles pleurent, en salles le 31 mars. Dans ce film romanesque et très personnel, elle interprète Lucie, une jeune chanteuse un peu perdue, qui se laisse porter par la vie, mais va bientôt devoir se prendre en main et décider quel sens lui donner. L'occasion pour la comédienne désormais abonnée aux comédies grand public de revenir à son premier amour : le cinéma d'auteur.

 Toutes les filles pleurent de Judith Godrèche
 
L'égérie d'un cinéma intellectuel
Née en 1972 à Paris, la petite Judith débute donc dix ans plus tard devant la caméra de Nadine Trintignant dans L'Eté prochain, une fresque familiale portée par Philippe Noiret et Claudia Cardinale. Ce petit rôle va lui ouvrir grand les portes du cinéma. Elle tourne ainsi pour Jean-Pierre Mocky dans Les Saisons du plaisir (1988), une comédie truculente autour de deux centenaires qui profitent d'un séminaire pour chercher parmi leurs employés aux mœurs légères un remplaçant à la tête de leur parfumerie. Puis, elle enchaîne la même année avec La Méridienne de Jean-François Amiguet et Un Eté d'orages de Charlotte Brandström, dans lequel la beauté de son personnage rend son cousin Louis fou de jalousie.
Films après films, l'adolescente un peu frondeuse, qui n'a pas sa langue dans sa poche, devient la muse des cinéastes dits intellectuels. Jacques Doillon lui offre le rôle très remarqué de Juliette dans La Fille de quinze ans (1989). Elle y incarne une jeune fille idéaliste et pleine de contradictions, qui prend le risque de perdre l'amour de son copain Thomas en jouant à séduire le père de celui-ci. Cependant, c'est surtout sa rencontre avec le réalisateur Benoît Jacquot, sur le tournage des Mendiants en 1987, qui va bouleverser sa vie. Elle quitte en effet ses parents dès l'âge de 15 ans pour partir vivre avec lui. Le cinéaste lui offre même la consécration en 1990 avec La Désenchantée. Le rôle de Beth, une lycéenne rêveuse et déterminée qui perd toutes ses illusions sur la vie d'adulte suite à sa rencontre avec trois hommes d'âge différent en quelques jours, lui vaudra d'ailleurs une nomination au César du meilleur espoir féminin l'année suivante.
 
Une curiosité à toute épreuve
La jeune actrice s'essaye désormais à de nouveaux registres. Dans Paris s'éveille d'Olivier Assayas (1991), elle change de couleur de cheveux pour interpréter Louise, une droguée prête à tout pour réussir à la télévision, qui s'installe bientôt avec le fils de son compagnon joué par Jean-Pierre Léaud. Elle tourne ensuite sous la direction de Patrice Leconte dans Tango (1993), une comédie grinçante et misogyne sur les relations conjugales, puis retrouve Olivier Assayas pour Une Nouvelle vie (1993), où elle joue une fille qui entretient des rapports très hostiles avec sa demi-sœur.
Le cinéma d'auteur reste son terrain de prédilection, comme le montre son rôle principal dans Grande petite (1994), le premier long-métrage de Sophie Fillières, qui suit les pas d'une jeune femme pleine d'imagination après sa découverte dans la rue d'un pistolet et d'une forte somme d'argent. Judith Godrèche se tourne néanmoins vers d'autres horizons en participant coup sur coup à deux films plus populaires et en costumes d'époque : Beaumarchais, l'insolent d'Edouard Molinaro et Ridicule de Patrice Leconte. Deux productions historiques sorties en 1996, dont le succès outre-Atlantique lui permettra d'intégrer le casting hollywoodien de L'Homme au masque de fer de Randall Wallace (1998). Aux côtés de Leonardo DiCaprio, la petite frenchy se révèle lumineuse et spontanée dans le rôle de la fiancée endeuillée du fils d'Athos.

 


 
Du drame à la comédie
La comédienne amorce alors un virage à 180 degrés dans Bimboland d'Ariel Zeitoun (1998), en interprétant Cécile, une étudiante sérieuse qui va peu à peu se transformer en ravissante idiote, une « bimbo », pour les besoins de sa thèse d'ethnologie. Puis elle délaisse quelque peu les plateaux de cinéma afin de se consacrer à la mise en scène des spectacles de l'humoriste Danny Boon, rencontré sur le tournage de Bimboland, et de donner naissance à leur fils Noé en 1999.
Son retour à l'écran se fait aussi par le biais de la comédie avec le rôle d'Anne-Sophie, l'épouse coincée et esseulée d'un expatrié français qui va succomber au charme de Xavier, dans L'Auberge espagnole de Cédric Klapisch (2002). Grâce au premier long-métrage de Sophie Marceau, Parlez-moi d'amour (2002), elle renoue brièvement avec les histoires intimistes en interprétant une jeune femme déchirée par sa rupture avec le père de ses enfants.
Cette expérience - elle l'avoue aujourd'hui - a participé à son émancipation et lui a permis de s'affranchir des obstacles psychologiques qui l'empêchaient jusqu'à présent de suivre l'exemple de son alter ego et de passer derrière la caméra. 
En attendant d'avoir le courage de réaliser son propre film, Judith Godrèche multiplie les comédies populaires. Dans France Boutique de Tonie Marshall (2003), elle incarne Estelle, une présentatrice de téléachat blonde platine, sans cesse en train de tester de nouveaux produits aussi inutiles les uns que les autres. Elle poursuit avec Tu vas rire, mais je te quitte de Philippe Harel (2005), une comédie sur les déboires professionnels et sentimentaux d'une actrice sexy quête de célébrité. Fille d'un psychanalyste et d'une psychomotricienne dans la réalité, elle joue le rôle d'un médecin en crise avec son mari artiste peintre dans Tout pour plaire de Cécile Telerman (2005), puis l'épouse d'un psy qu'elle trompe avec l'un de ses patients dans J'veux pas que tu t'en ailles de Bernard Jeanjean (2007).
On la retrouve également dans Papa (2005), un road-movie émouvant sur le thème du deuil réalisé par l'ex-compère des Robins des Bois, Maurice Barthélémy, son nouveau compagnon et le père de sa fille Tess. Home Sweet Home de Didier Le Pêcheur (2008) lui donne ensuite l'occasion de jouer une fille tiraillée entre deux anciens soixante-huitards qui voient ressurgir un vieux secret de famille. Elle fait une brève apparition en journaliste dans la comédie burlesque La Panthère rose 2 de Harald Zwart (2009) et reste dans la même veine avec Fais-moi plaisir ! d'Emmanuel Mouret (2009), où elle interprète la fille libérée du Président de la République.


La comédienne se désole toutefois de ne plus se voir proposer que des rôles de nunuches dans des comédies grand public. Son passage à la réalisation arrive donc à point nommé pour renouveler son attachement au cinéma d'auteur. Toutes les filles pleurent, en salles le 31 mars, fait effectivement la part belle à la personnalité tourmentée de l'actrice et à son style à la fois cérébral et clownesque. 
 


Vos réactions


logAudience