Par - publié le 16 décembre 2007 à 15h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h32 - 11 commentaire(s)
Dans Alpha Dog et prochainement Black Snake Moan, Justin Timberlake dévoile un talent d’acteur qu’on ne lui soupçonnait pas. A 26 ans, l’icône des jeunes est la révélation masculine de ce début d’année au cinéma. Sans déconner.



Soyons francs : Justin Timberlake est le prototype même de l’icône ado qu’on adore détester. Qu’on ne voudrait pas voir ailleurs que dans un clip sur MTV. Qui a priori n’avait pas de quoi atteindre les sphères cinéphiles. Nous voilà un rien floués par les préjugés : qui aurait cru que derrière ce tombeur de minettes d’une vingtaine d’années singeant Michael Jackson dans ses chorégraphies se cacherait une authentique graine de comédien capable de beaucoup ? Surtout pas ses détracteurs officiels qui doivent sans doute croire en nous lisant à une bonne blague. Malheureusement, non : Justin a vraiment du talent, un cerveau opérationnel et surtout un talent pluriel. Pas dans le sens d’une Britney ou d’une Mariah qui se sont lancées avec le brio que l’on sait dans des expériences cinématographiques d’une vacuité abyssale (les respectifs Crossroads et Glitter). Première raison de ce démarquage : Justin n’a visiblement pas envie de se mettre en scène dans des films entièrement voués à son ego mais préfère se fondre dans des personnages complexes, taciturnes, torturés ou faussement rebelles qui ont un minimum d’épaisseur psychologique. Il le prouve dans les films qui vont débarquer dans les salles.

Tout d’abord, aujourd’hui, avec Alpha Dog, de Nick Cassavetes, chronique adolescente qui à défaut de posséder le trait incisif et le regard désabusé d’un Larry Clark vaut essentiellement pour l’abattage de ses interprètes, tous très bien ; et très bientôt, avec le remarquable Black Snake Moan, de Craig Brewer (le réalisateur d’Hustle & Flow), film rutilant construit, rythmé, monté, filmé comme un morceau de blues désespérément mélancolique où dans un élan cathartique tout le monde fredonne le même spleen existentiel. Dans ce dernier, Timberlake incarne le chéri névrosé in the army now d’une nymphomane jouée par une Christina Ricci retrouvée (bien revenue de l’abîme Cursed) et parvient avec une économie de moyens assez sidérante à retranscrire une palette d’émotions variées. Un rôle qui demande non seulement beaucoup d’investissement perso mais surtout un minimum de vécu.



Alors, questions : aurait-il pris des cours dramatiques en compagnie de sa nouvelle chérie Cameron Diaz ? Aurait-il une faculté innée à magnétiser la caméra avec laquelle il joue sans cesse ? Aurait-il compris qu’il fallait passer la seconde et frapper un grand coup pour convaincre les sceptiques ? Sérieusement, vous vous y attendiez ? Nous non plus.


En soi, le phénomène sur les passerelles désormais étroites entre cinéma et musique est passionnant. Comme en témoigne l’oscar de la meilleure actrice décernée à Jennifer Hudson, révélation criarde de l’insupportable Dreamgirls, de Bill Condon. Aujourd’hui, dans un monde du spectacle en miroir aux alouettes où un artiste de rien peut être estampillé nouvelle star, pousser la chansonnette signifierait donc décrocher une statuette dorée et avoir la reconnaissance éternelle de la profession ? Pas si simple. Il y a encore deux ans, ce brave gars né en 1981 n’était qu’un chanteur de pop et de R&B prompt à exhiber ses biscotos pour exciter un public féminin transi qui a commencé dans un groupe de boy’s band (*NSYNC) avant de se lancer dans une carrière solo fructueuse (il a vendu 7 millions d’exemplaires de son premier album Justified). Aujourd’hui, il cartonne aux hits machines avec un nouvel album Future sex/Love Songs dont sont extraits les morceaux My Love et SexyBack que l'on entend à chaque fois qu’on a le malheur de pousser le bouton de l’autoradio. Parallèlement, le chéri de ses dames et des nouveaux petits clous performe une carrière cinématographique avec des résultats somme toute probants. Fini le temps où Justin écrivait des chansons pour se lamenter sur ses ruptures conjugales (le très pop et très entendu Cry me a river sur sa relation amoureuse avec Britney Spears). Aujourd’hui, Justin est la star polyvalente que rien ne laissait entrevoir.



Mieux, ce crooner funk qui se prend pour l’enfant improbable de Michael Jackson et Prince aurait pu rimer au cinéma avec argument commercial toc, prestation musicale obligatoire et performance ostentatoire. En réalité, Timberlake est un argument piège : à l’exception d’une babiole (Edison, de David Burke, aux côtés de Kevin Spacey et Morgan Freeman), les films qu’il choisit s’inscrivent plus dans une tradition de cinéma indépendant loquace qui sous des apparats trompeurs vise une certaine exigence. Southland Tales, de Richard Kelly, est à ce titre un beau cadeau empoisonné dont il pourrait avoir cerné le discours ironique. Sous son apparence mode bubble gum, ce film (de) malade n’est rien de moins qu’un coup de griffe teinté de nostalgie à toute une génération rock/pop à laquelle Justin Timberlake comme son pendant féminin de Britney Spears (transformé en actrice porno reine du tube cathodique et incarné pour l’occasion par une vraie actrice, Sarah Michelle Gellar) appartienent. Ici, Justin incarne un soldat mystérieux, enfant des guerres menées par Bush, chargé de veiller au rythme des marées, premier témoin privilégié d’une apocalypse imminente dans un écrin factice.



Richard Kelly lui a offert une interlude musicale lors d’une reprise réussie des Killers où les chorégraphies sont limitées et dans laquelle la musique, dénaturalisée, ne signifie plus grand-chose. Quand on repense à l’étrange mélancolie nichée dans son regard dans ces différentes expériences, que ce soit Alpha Dog ou Black Snake Moan, on a l’impression qu’il mérite bien mieux qu’une pluie de superlatifs barbares et plus de considération sérieuse. Désormais, après ces coups d’éclats en forme de promesses, on adorerait le voir prendre encore plus de risques : se perdre chez un Terrence Malick, un Hal Hartley, un Peter Greenaway ou un Gregg Araki. A la différence des nouvelles stars popeuses, il en serait capable. Hachons menu les préjugés : Justin Timberlake ne s’adresse donc pas qu’aux pisseuses mais à tout le monde (cinéphiles compris). Point barre.
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