Peter Jackson a réalisé et produit un film pour Universal Studios que l'on peut voir uniquement dans le parc d'attraction du même nom à Los Angeles : King Kong 360 - 3D. Sensations fortes garanties. Reportage.

Par Julien DUPUY - publié le 07 août 2010 à 00h01
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Le 29 juin dernier est sorti sur grand écran la dernière réalisation de Peter Jackson. Visible dans un seul endroit au monde pour l'instant, King Kong 360 - 3D est la toute dernière attraction des parcs d'attractions Universal Studios de Los Angeles. Après James Cameron et son T2-3D, le réalisateur du Seigneur des Anneaux vient de créer une nouvelle expérience de spectateur aussi immersive que cinématographiquement fascinante.


Depuis son apparition le 14 juin 1986, l'attraction King Kong des parcs Universal était devenue un classique du genre. Créée par le légendaire imagineer Robert Henry Gurr, cette énorme marionnette de sept tonnes pour dix mètres de haut fut longtemps la création animatronique la plus complexe jamais conçue. Avec son haleine parfumée à la banane et ses hélicoptères, le King Kong de Gurr était l'un des instants les plus attendus du Studio Tour embarquant les visiteurs à visiter le backlot de la major à bord d'un petit train. Mais le 1er juin 2008, un terrible incendie réduit en cendre le hangar abritant l'attraction. À quelque chose malheur est bon : Universal choisit de réinvestir l'argent de l'assurance dans un reboot de l'attraction confié à Peter Jackson, déjà réalisateur du remake de King Kong qui rapporta plus de 700 millions de dollars au box-office international : « Comme notre héros meurt à la fin du film, explique le cinéaste, j'ai trouvé là l'occasion de revisiter l'univers de King Kong sans passer par la case séquelle. »

 

Attraction King Kong Universal Studios


Une vieille frustration


Dès son attachement au projet, Peter Jackson fait du passé table rase : « J'ai pensé qu'il serait nettement plus productif de ne pas copier la vieille attraction, mais plutôt de concevoir quelque chose de totalement neuf, basé sur notre propre film. » En l'occurrence, Jackson propose de pousser dans ses derniers retranchements le principe du cinéma dynamique : après avoir pénétré un décor des ruines de Skull Island, le train embarquant les visiteurs dans le studio tour passe quelques minutes dans la pénombre, le temps pour les yeux des passagers de s'acclimater au tout nouvel environnement. Durant cette transition, Peter Jackson les invite à revêtir leurs lunettes 3D stéréoscopiques via une petite vidéo diffusée sur les téléviseurs embarqués dans les wagons. Car l'attraction, comme son titre l'indique, est en relief, façon pour Jackson de combler une vieille frustration, puisqu'il fut longtemps question que son King Kong soit conçu en stéréoscopie. Ce sont mêmes les tests de Weta en ce sens qui permirent à la société de remporter le contrat des effets spéciaux d'Avatar. Mais à l'époque, le relief stéréoscopique reste encore trop aléatoire pour un film au budget aussi imposant : « Cette fois, nous avons pu utiliser une technologie dont nous n'osions même pas rêver à l'époque du film, admet sur ce point Jackson. C'est incroyable ce que les effets spéciaux ont pu changer en cinq ans. »

 

Atraction King Kong Universal Studios


3D géante


Lorsque les seize projecteurs débutent la diffusion du film, les visiteurs se retrouvent propulsés dans une région de Skull Island jamais explorée dans le film. Car l'autre grande nouveauté de l'attraction, c'est que le film de Peter Jackson couvre totalement le champ de vision des spectateurs, par le biais de deux énormes écrans courbés de plus de soixante mètres de long (les plus grands écrans 3D stéréoscopiques au monde selon Universal). Les quatre wagons du train embarquant les visiteurs sont alors placés sur des plates-formes, mues par quatre énormes air-bags. Le spectateur perd alors tous ses repères et a la sensation de se déplacer dans cette jungle antédiluvienne, au milieu d'un faune et d'une flore foisonnante. Entièrement virtuel, cet environnement est bien entendu créé par les artistes de Weta Digital, sous la supervision de Joe Letteri et de Matt Aitken : « Ce film bénéficie des outils créés pour Avatar », explique d'ailleurs ce dernier. Mieux encore, King Kong 360 - 3D est projeté à 60 images par secondes, permettant à la compagnie de se passer de raccourcis visuels utilisés habituellement pour simuler la réalité, comme les flous de mouvements : « Le public est bombardé d'informations visuelles pendant un laps de temps très court. » Pour optimiser l'expérience, Weta et Jackson testeront encore et encore l'expérience, dans une réplique grandeur nature du petit train, avec des écrans de taille équivalente, dans un hangar à avions situé à Playa Vista.

 

Atraction King Kong Universal Studios


Au bord du gouffre


Bien entendu, on ne s'aventure pas dans Skull Island sans danger. Dès les premiers mètres franchis, des Venatosaurus viennent renifler le train (avec des jets d'air dirigés vers les spectateurs), suivi par un puis trois V-Rex, avant que Kong accoure à notre rescousse. Car vous l'aurez compris : notre train est la place d'Ann Darrow dans l'une des scènes les plus mémorables du film de Jackson. Propulsés au milieu du combat entre Kong et la famille de V-Rex, le visiteur peut sentir l'haleine fétide des monstres, et se retrouve même aspergé de salive de dinosaures lorsque le singe géant leur assène une sévère mandale. Et puis Kong reprend l'un de ses gestes les plus connus, en écartelant la mâchoire d'un V-Rex. Bien entendu, le film se poursuit avec la chute dans un gouffre rempli de lianes, avec néanmoins une astuce visuelle géniale imaginée par Peter Jackson : car à l'insu des visiteurs, le film ajoute dès le début de la projection un cinquième wagon au petit train embarquant les visiteurs, un wagon qui n'existe qu'en tant qu'image de synthèse projetée sur l'écran. Et quand le train chute, retenu de justesse par plusieurs lianes, ce wagon virtuel (peuplé de proches du réalisateur) part s'écraser au fond du gouffre. Imparable !

 

Attraction King Kong Universal Studios


Nouveau territoires


Même si le film dure en lui-même un peu moins de trois minutes (dans sa totalité, l'attraction s'étale sur cinq minutes environ), King Kong 360 - 3D aura donc fait l'objet de tous les soins de la part de Jackson, qui va même jusqu'à solliciter les conseils de Valerie Johnson-Redrow. Cette dernière, productrice de l'attraction, eut en effet le privilège de côtoyer des gorilles à dos argenté dans leur milieu naturel et rapporta de cette expérience des images très précieuses dans la conception de l'attraction. Quant à Peter Jackson, il se déclare enchanté par cette expérience, qui le soumit à une expérience filmique inédite puisqu'il dut concevoir une séquence d'action en plan séquence et sans avoir aucune notion de cadre : « C'est une attraction totalement inédite, conclut le réalisateur, qui sollicite tous vos sens, donc je ne peux pas vous décrire ce qui s'y passe réellement, il faut pouvoir le vivre soi-même. »


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