Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 09 juillet 2008 à 04h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 16h12 - 0 commentaire(s)
Alors que le panda le plus craquant de la décennie fait hurler au génie depuis déjà plusieurs semaines, il semble juste de se pencher sur les réflexions qu’il amène : Kung Fuuuuuuuu Pandaaaaaaaaaa ! En effet, emblématique d’une possible évolution chez des studios récemment rachetés, Kung Fu Panda incite à s’intéresser à l’évolution de son animation au sens large au sein de la structure. Mais il interroge aussi par son positionnement au moins autant que Mulan en son temps : recherche de l’exotisme pour le public occidental ou appétence pour le gigantesque marché asiatique ? Enfin, en terme de ton et de traitement, le presque antihéros qu’incarne notre petit panda amateur en arts martiaux souligne par sa trajectoire une volonté scénaristique de ne pas le limiter à de simples caractéristiques pour mieux le faire évoluer. De fait, parce qu’il apporte de nouveau, Kung Fu Panda signe peut-être le début d’une nouvelle ère pour Dreamworks dans sa lutte fraternelle avec Pixar et consorts.



Une évolution notable dans l’approche technique et scénaristique ou le retour d’un classicisme appréciable et impactant

Tout d’abord, comparativement aux dernières productions Dreamworks, son caracter design et le choix de ses traits opèrent une évolution notable qui fait se rapprocher étonnamment le film du meilleur des productions Pixar et Disney. On songe notamment au chef d’œuvre ultime que fut le Roi Lion au vu de la première séquence introductive du métrage. Par sa composition très théâtralisée, par le choix de ses couleurs ocre et rouge mais aussi par le choix d’une bande son qui souligne et anime comme jamais le jeu des personnages dans leur lutte contre des ombres, on retrouve plus que des accointances avec The Lion King. Les leçons du grand frère ont été parfaitement intégrées et réinjectées dans une vision bien lointaine de celle explorée par Shrek et ses dérivées. Avec Kung fu panda, on se rapproche d’une conception du dessin animé très proche du film classique à la Disney : l’histoire d’un personnage confronté à des limites internes et à des difficultés externes qui progresse jusqu’à pleinement se réaliser. De la même manière, dans sa trame et ses évolutions, on retrouve en terme de scénario des proximités qui tiennent à une narration plus habituelle et linéaire qui ne se centre ni sur un personnage fort et charismatique comme Shrek qui vampirisait par ses frasques l’histoire ni sur une bande d’acolytes complémentaires mais peu développés comme dans Madagascar, Les rois de la glisse ou Happy Feet. Dans Kung Fu Panda, nous sommes dans la logique d’une bande certes polarisée par un héros qui s’affirme. Sorte d’animation d’apprentissage, le dernier Dreamworks semble dégager une tendance à plus de retenue et se tenir à des vertus plus classiques. On est effectivement loin du sublime Wall-E pour son approche très cinéma muet et encore plus loin des Sinbad, et autres Bee Movie précédemment exploités par le studio.



De même, on notera que l’animation n’a jamais été aussi impressionnante pour une production de cet acabit, cherchant à se rapprocher d’une rude concurrence qui conserve néanmoins une certaine avance. Ainsi techniquement, Kung Fu Panda étonne et s’inscrit à l’écran sous des dehors plus fins et des atours plus séduisants que tout ce qu’avait pu faire jusqu’alors Dreamworks. C’est beau, très graphique et plus élaboré que tout ce que le studio avait pu nous proposer jusqu’alors et cela même si des progrès sont encore possibles dans la composition des personnages et leurs attributs. A ce titre d’ailleurs, on remarquera aussi une autre chose intéressante, celle qui fait du panda l’un des rares animaux jamais utilisé par d’autres grands studios anglo-saxons à l’heure actuelle. Volonté de s’affranchir et de revenir au primat de l’histoire, évidence d’une recherche esthétique, technique et scénaristique novatrice et plus appuyée, Kung Fu Panda s’impose d’emblée comme une excellente surprise.


L’Asie comme source d’inspiration et marché potentiel à l’export

L’autre élément qui signe l’originalité de Kung Fu Panda, c’est la forte imprégnation asiatique dont il fait plus que transpirer. En effet, par son sujet et sa recherche – l’exploration du kung fu d’un jeune amateur et ses progrès -, le métrage capitalise sur une voie déblayée en son temps par Mulan puis ouverte en grand par trois facteurs concordants : le diptyque Kill Bill de Quentin Tarantino qui remit en pleine lumière la cinématographie bis de la Shaw avec ses excentricités martiales, l’avènement du DVD comme support de diffusion de cinématographies de genre, exotiques et plus internationales et enfin l’avènement d’une cinématographie américano-asiatique marquée par les arts martiaux et destinée à l’international, allant de Tigre à Dragon à Hero et Forgotten Kingdom. Tout cela concourt vraisemblablement au choix de ce type d’histoire et à sa possible attractivité. L’exotisme des lieux, des situations et le potentiel fou d’histoires reposant sur la naissance de la Chine immémoriale en est un autre, de même que la potentielle hystérie bonhomme que peut provoquer un panda, héros jusqu’alors négligé par l’animation classique nord américaine.



Kung Fu Panda en cela double donc son identité – presque nouvelle dans le genre - d’une révélation, celle d’un monde et d’une mode qui se reconfigurent aux alentours du Pacifique, nouveau centre incontournable de la mondialisation. En soi, Kung Fu Panda cristallise tout les bouleversements actuels et les évolutions de nos sociétés. Mais plus encore que cela s’impose-t-il comme un produit destiné à séduire par son exotisme en Occident et à plaire en Orient par le choix de son traitement et de ses figures. En cela, le métrage réalisé et dirigé par Mark Osborne et John Stevenson marque une nouvelle orientation de la production américaine encline à conquérir l’immense vivier chinois tout en se distinguant très nettement de ses autres concurrents. Ainsi, en comparant Kung Fu Panda et Wall-E, on opère deux tendances contradictoires, la première consiste à raisonner en termes de marchés et de potentialités commerciales quant la deuxième non ignorante de ces deux approches – révélées notamment dans Ratatouille – ose l’audace d’une forme plus radicale encore en insistant sur la force de l’image et la puissance de cette dernière comme aux plus belles heures du muet.



En somme et à sa manière, Kung Fu Panda préfigure peut-être une tendance lourde et ignorante jusqu’alors - dans ses thématiques, ses orientations commerciales et visuelles - de nos amis chinois, tout en proposant de relire l’animation contemporaine à l’aune des grands bouleversements de la dernière décennie. Tout autant, semble-t-il proposer une approche plus classique de son histoire (un héros qui se découvre et se révèle) et une lecture référentielle affirmée (classiques antérieurs, films asiatiques de la Shaw Brothers…) habituelle mais plus insistante et qui sous des dehors traditionnels, impose une nouvelle reconfiguration du modèle Disneyen et déploie une originalité séduisante et très ludique. En définitive, Kung Fu Panda n’appelle qu’une chose : le plaisir renouvelé de voir un panda fainéant et rêveur éclater tout ce qui bouge. Et ça, plus que tout le reste, ça déchire !
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