Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 21 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 21 octobre 2009 à 12h14 - 1 commentaire(s)
Qui n’a pas en tête un film où deux compères font tout pour résoudre leurs problèmes, s’entraident ou œuvrent pour pleinement profiter de la vie ? En effet, si l’on y regarde bien, le cinéma est friand des histoires d’amitié, de ces moments d’entente et de partage qui permettent à chacun de franchir les plus insurmontables obstacles. Ainsi, à l’occasion de la sortie prochaine d’Erreur de la banque en votre faveur, le film très réussi du duo Munz-Bitton, il semblait donc opportun de s’arrêter un temps sur ce qu’est l’amitié au cinéma au travers de ses diverses variantes.



Du couple au groupe : l’amitié révèle et unit

Entreprise collective s’il en est, le cinéma est affaire de multitude. Né du génie technique de deux frères, il s’est ensuite diffusé, construit et a su évoluer en réunissant les hommes et les talents. D’emblée, le cinéma semblait donc prompt à parler des relations humaines et à en faire l’un de ses sujets préférés. Avec exagération, on oserait même dire que tel est sa nature profonde. Cependant, s’il est une chose qu’il a traité avec constance, c’est bien l’amitié, l’une des valeurs cardinales qui soude et façonne nos vies. En effet, très tôt et l’on pourrait remonter à très loin, le cinéma a opté pour les duos d’amitié et les histoires qui s’y lient. Ainsi, de Laurel et Hardy à Terence Hill et Bud Spencer, en passant par les frasques de Sonny Crockett et Ricardo Tubbs (Miami Vice) jusqu’aux récentes pérégrinations de Wallace et Gromit, la pellicule a toujours su enregistrer les relations amicales des êtres. Qu’elles soient documentaires, fictionnelles, traitées par l’enregistrement du réel ou l’animation.

De fait, du buddy movie aux films de genre, il n’est pas rare de voir l’amitié sourdre des scénarios, les ensemencer quand elle ne les justifie pas tout simplement. En effet, si l’on s’y penche un peu, aucun genre de cinéma n’y échappe vraiment, qu’il en fasse son centre ou l’aborde à sa périphérie. La comédie s’en régale pour le meilleur et parfois pour le pire. Souvenons-nous de Gomez et Tavarez mais aussi des films où Stallone et Will Smith font équipe avec des chiens (Tango et Cash, Je suis une légende)... Mais n’oublions pas non plus ces morceaux d’anthologie que sont Les Valseuses, Les Bronzés ou Les Sous-doués de Claude Zidi. Consensuelle au possible et rassembleuse, l’amitié sert ainsi de ciment à nombre d’envies cinématographiques. Elle pousse au dépassement les adolescents dans les films d’horreur et les lie les uns aux autres (Sheitan, Le Pensionnat) ; elle les soude contre une autorité comme le professeur et les invite à être unis, tous ensemble tels de véritables garnements (Entre les Murs, Le plus beau métier du monde, L'école pour tous). Elle amène aussi à surmonter les catastrophes de la vie, les provoquent (Gomorra) ou peut appeler ceux qui s’en réclament à l’affrontement, qu’il soit radical ou plus parodique (Les Cerfs-volants de Kaboul, Meilleures ennemies, Le code a changé), en plaçant en son centre, des amants, un péril ou des motifs de mécontentements.



Mêlée avec les thèmes de la jalousie, de l’envie ou de la luxure, son traitement peut aussi souvent amener au drame et à l’étiolement de liens que l’on pensait forts. Liens qui ne résistent pas à leurs distensions et aux diverses évolutions. Mais tout autant, en véritable boîte à outils scénaristique, l’amitié et ses déclinaisons peuvent s’avérer le prétexte à un propos plus singulier, plus critique ou analytique des sociétés dans lesquelles nous vivons. Ainsi, sociologiquement révélatrice, elle peut montrer et comparer des réalités différentes par l’effet de miroir et d’opposition qu’elle construit, (Le Chant des mariés), appeler au dépassement des identités, des antagonismes (Joint Security Area, Gran Torino) ou des appartenances sociologiques ou communautaires (A la recherche de Forrester, La Vie est un long fleuve tranquille).


Parler d’amitié devant la caméra peut tout autant se relier aux films de communauté et sonder les mécanismes qui relient entre eux ses divers membres. Que l’on songe à aux mafias et triades (Le Parrain, Il était une fois en Amérique, Jiang Hu, Election) ou plus simplement aux groupes de potes qui se réunissent pour faire quelque chose en commun (Will Hunting, Les Joueurs, Hooligans). Ainsi, au cinéma, peut-elle trahir une marginalité, une anomie, un manque (Seul contre tous, Dobermann) voire ses dérives pathologiques ou bien souligner la solitude par son absence (Le déjeuner du 15 août, Tatie Danielle). Par ailleurs, elle peut aussi permettre d’aborder l’autoritarisme des codes sociaux contemporains (Mon meilleur ami, Je préfère qu'on reste amis) et tout autant favoriser par son éclosion, la réconciliation (Entre chiens et loups, K, L’Union sacrée) ou l‘entente (Heat) ou par son refus, une impossible concorde (Le sel de la mer, Infernal affairs).



Une thématique transversale et transgenre

A l’instar de thématiques génériques comme l’amour ou la famille, l’amitié est donc idéale pour le cinéma par la quantité de possibilités que son traitement permet. Le plus souvent employée dans la comédie (Supergrave, Rush Hour, Les Bronzés font du ski, Les Charlots), elle sert également de fondement à quantité de films d’action et aux multiples déclinaisons des deux genres. Les comédies sur la jeunesse s’en repaissent (LOL (laughing out loud), Le Péril jeune). Les films de bandes s’en donnent aussi à cœur joie (Vincent, François, Paul et les autres, L’auberge espagnole, Les Randonneurs, West Side story, Ocean's Eleven), qu’ils soient réalistes (Boyz'n the hood), musicaux (Grease), plus conventionnels ou franchement générationnels (Le Coeur des hommes, Friends with money, Mina Tannenbaum).

Cependant, au cinéma, l’amitié n’hésite pas à s’engouffrer partout où elle le peut. Dans le film policier, le cinéma d’action pur et dur, les drames intimistes ou les films plus expérimentaux (Gerry) et cela de tous temps et sur tous les continents. Le western et le polar asiatique s’en font l’écho (Pat Garrett et Billy the kid, Triangle), le documentaire s’y attache (Pourquoi nous sommes nés) quand ce n’est pas la bluette sentimentale qui s’en empare (My Sassy girl) ou le cinéma d’animation, de Rox et Rouky en passant par Shrek ou Kung Fu panda pour parler des plus récents. De sorte que l’amitié par sa dimension universelle et potentiellement dramatique, induit deux choses. Tout d’abord, elle crée du lien sans que l’on ait besoin de l’expliquer et dans un second temps, elle permet surtout de créer par identité avec le spectateur, de l’adhésion et plus surement de l’empathie. En effet, aussi utile à la lecture des histoires qu’à leur progression quand elle n’en est pas elle-même le centre, l’amitié traverse les genres, les pays et les années sans qu’à aucun moment, l’idée ne nous vienne de s’insurger contre une telle hégémonie.



Assurément aussi répandue à l’écran que dans nos vies, l’amitié semble échapper aux effets de mode et s’impose comme un sujet intemporel et familier. Propice à tous les emplois et corvéable au gré de ses utilisations, elle profite de surcroit du dialogue qu’elle entretient avec sa grande concurrente qu’est l’amour. Susceptible de s’achever des plus brusquement, elle s’enorgueillit d’être également la raisons de folles passions et le terminus de nombreuses autres relations, qu’elles soient éteintes (Un couple parfait) ou endormies (Last Chance for love, César et Rosalie). Dès lors, reconnaissons-lui ce mérite lorsqu’elle parait au cinéma, celui d’être aussi présente et nécessaire que discrète et ignorée. Et profitons d’Erreur de la banque en votre faveur, du bonheur des films signés Claude Sautet ou de l’union des amis d’Harvey Milk pour nous en rendre compte et qui sait, la célébrer.
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