Voici donc le clash en gestation depuis près de 10 ans que nous attendions tous. Mais après tant d’années d’attente, le spectacle ne peut être que décevant. Ce n’est pas seulement une déception, c’est un beau gâchis. Voyons ça...
Paul Anderson a au moins le mérite de ne pas se prendre pour ce qu’il n’est pas : il ne copie pas les réalisateurs des deux franchises, est bien conscient qu’il n’est pas à la hauteur d’un Ridley Scott, d’un James Cameron ou d’un John mcTiernan. Comme pour
Mortal kombat ou
Resident evil, Anderson adapte un univers qui n’est pas sien à son style.
Alien vs Predator n’est pas un film de “Alien” ou de “Predator”, c’est le film d’un gros fan, d’un artisan techniquement doué. Enfin, techniquement, pas cette fois. Le comble, pour un projet attendu depuis des années, c’est qu’il semble avoir été fait à la va vite ! Le scénario et la réalisation sont bâclés. La réalisation d’Anderson est molle, les plans sont moches, mal cadrés, pas pensés en particulier dans certaines scènes visuellement d’une laideur surprenante (le combat final contre la Reine Alien). On pourrait mettre en cause à cela un planning très serré et un budget minuscule pour un projet d’une telle envergure, mais rappelons que le cinéaste s’en est bien mieux tiré avec bien pire, et ce dans tous ses précédents films, portés par une réalisation simple mais percutante. Aucun impact n’est présent dans
Alien vs Predator sauf en de rares occasions (l’arrivée des Predators, le premier combat entre un Alien et un Predator...), c’est vraiment étonnant de la part d’un Paul Anderson adepte du bon bourrinage punchy et bien fait. On attendait au minimum de
Alien vs Predator un bon bourrinage, on a au final un film bien mou, malgré sa rapidité.
Oui,
Alien vs Predator est rapide, mais pas dans le bon sens du terme : la réalisation est molle, mais le film est très court, ne développe rien, pas même les bonnes idées, bonnes idées pourtant en nombre : l’association entre l’humain et le Predator, le coup du labyrinthe mobile, l’élevage des Aliens, le Predalien à la fin... ce film est une source de bonnes idées très mal exploitées, à peine esquissées. Même le pitch de départ, trés exitant et plutôt bien trouvé pour réunir les deux races de créatures, est bâclé.
Pourquoi le film n’a pas pris le temps de développer toutes ces idées, ou au moins quelques unes d’entre elles (il y en a tellement que du coup, aucune n’a le temps d’être développée) ? Pourquoi s’attarde t-il sur ces humains pendant une bonne demi heure au début avant de passer enfin à l’action ? Même l’aspect survival, récurent et important dans les deux franchises (en particulier dans
Aliens et
Predator), disparaît vite après l’espoir de voir mourir un par un ces humains dans de cruelles souffrances : non, ici ils y passent tous en moins de 20 minutes (!), et en plus on s’en fout complètement parce que tous ces personnages sont caricaturaux et n’ont aucun charisme (à part peut être l’héroïne, très belle bien sûr, et Lance Henriksen, dont la (vraie) mort attendue depuis longtemps ne provoque rien en nous, et en plus il est même pas tué par un Alien ! ), malgré la tentative de leur donner un peu d’épaisseur durant la première demi heure (tentative évidement complètement ratée, les persos ne sont décidément pas attachants), vraiment chiante (elle rappelle un peu l’exposition d’
Aliens, mais en est très loin). Non seulement ils meurent tous très vite, mais ils meurent “mal”. Les mises à morts sont pitoyables : je crois qu’aucune d’entre elles ne nous est vraiment montrées face à la caméra, elles sont toutes hors champs, il n’y a même pas de gore (alors que Anderson promettait le contraire, disant que son film serait “plus gore que les deux franchises réunies” !). Et en plus, elles ne sont même pas originales (même celle de Colin Salmon, dont la mort, hors champ aussi, doit être une référence à la mort de son personnage dans
Résident evil).
En y repensant, ce film possède exactement les mêmes défauts que le
Resident evil Apocalypse (en moins pire, quand même) : trop d’idées (les deux scénarios sont de Paul Anderson, qui pense aussi à glisser un bon nombre de références en bon gros fan qu’il est, mais reste à rattacher tous ces éléments, ce qu’il n’a pas su faire), un mauvais traitement, une réalisation bâclée (par exemple, le début du premier combat entre un Alien et le Predator est filmé exactement comme le combat entre le Nemesis et Alice dans
Apocalypse, c’est-à-dire de façon illisible), des personnages creux, un montage incohérent (à force de passer d’une scène à l’autre, cela désamorce toute tension)... Tout va très vite et (presque) tout est mal fait. Le final de
AVP est à ce titre consternant : le combat entre l’humaine, le Predator et la reine Alien, mal filmé et très moche (le decor est affreux), ni intense et ni épique. Un bon scénario aurait au moins relevé les défaillances de la réalisation, mais il contient beaucoup trop d’éléments.
Quant aux dialogues, n’en parlons pas, c’est simplement nullissime. Les acteurs sont mauvais comme leurs personnages (y compris les seconds rôles, contrairement aux deux franchises dont tous les personnages secondaires sont marquants), mais je souhaite quand même une bonne carrière à la jeune & jolie actrice principale.
Et cette fameuse rencontre entre les deux créatures les plus terrifiantes du cinéma fantastique, qui se devait dantesque, ne se résume qu’à un petit mano à mano amusant mais inoffensif, loin du carnage final d’un
Freddy contre Jason qui voyait nos deux tueurs s’auto-mutiler dans des excès gore jouissifs. Quel gâchis ! Même la musique est mauvaise, loin de la puissance des Goldsmith, Horner, Silvestri & Cie. Même pas le petit thème de
Predator ou d’
Alien, quelle frustration ! Il n’en ressort aucune peur et aucune bestialité. Mais si on commence à comparer
Alien vs Predator à n’importe quel
Alien ou
Predator (tous viscéraux, tripants et traumatisants), on en a pour longtemps. Laissons tomber la comparaison pour s’attarder sur les moindres qualités du film de Anderson...
Finalement, le film, aussi raté soit il, fonctionne sur de petits plaisirs, sur ces petites idées pas développées mais bien trouvées quand même et qui réservent quelques surprises. Et sur des effets spéciaux plutôt convaincants vu le faible budget. A de rares instants, on se rend compte à quel point le projet aurait pu être une tuerie, comme quand un petit flashback nous montre l’histoire des Predators à travers quelques superbes images. Les Predators, qui sont d’ailleurs les stars du film (comme Jason dans
Freddy vs Jason), sont iconisés par un Paul Anderson admiratif, voir fasciné par ces créatures imaginaires. D’ailleurs, toujours comme Jason dans le film de Ronny Yu, on en apprend bien plus sur les Predators que sur les Alien, et c’est franchement plaisant. Leur mode de combat, leur code d’honneur, leur tribu, leur but, etc... ce qu’on entrevoyait à la fin de
Predator 2 est ici bien plus détaillé, et c’est le point fort du film, qui serait plus une suite à
Predator 2 qu’à un quelconque
Alien.
Le film ne fait pas peur, mais avouons que le projet n’etait pas destiné à cela (un film nommé
Alien vs Predator ne peut pas faire peur), le but était de nous livrer un affrontement d’anthologie sans pour autant reprendre les mêmes univers uniques que les épisodes des deux franchises, ce qu’aurait pu nous faire le réalisateur. Mais, trop pressé, il passe à côté de beaucoup de bonnes choses. C’est un fan qui veut tout montrer, qui veut exposer toutes ses idées en même temps, qui est pressé de finir son film... et qui fait tout foirer alors qu’il avait les capacités de relever un tel défi. Décevant, frustrant, gâché, le spectacle sans âme se regarde toutefois mais avec regrets, avec l’impression (et même plutôt la constatation) désagréable qu’on a loupé quelque chose de grand. Le fantasme est terminé, place à la triste réalité. Si le film pouvait au moins permettre la mise en chantier de
Predator 3, ce sera un fantasme perdu pour un nouveau rêve...
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