Par Helljohn - publié le 12 novembre 2004 à 07h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h11 - 31 commentaire(s)
L'avis du jour concerne l'une des sorties de cette semaine, la suite d'Anaconda, le bien nommé Anacondas. La parole est à Helljohn.

Le premier Anaconda était une serie B qui avait un peu trop tendance à se prendre pour un blockbuster. Avec ses jolis décors et son serpent trop présent à l’écran et trop “numérique” (pas intégré au reste, aux décors et aux personnages, et ce même à l’époque), le film ne faisait pas peur et se prenait trop au sérieux, laissant la place à un Jon Voight anthologique qui volait la vedette à tout le reste du casting et même au serpent. Au mieux, c’était un bon film d’aventures. Alors qu’attendre d’une suite qui ressemble en apparence plus à un direct-to-video et qui nous fait la surprise de sortir sur les écrans ? Réponse : mieux. Et sur ce point, Anacondas : à la poursuite de l’orchidée de sang ne déçoit pas, contrairement à ce que l’on pensait au départ.


C’était sans compter sur Dwight H. Little, réalisateur de quelques excellentes séries B burnées. A son actif, Halloween 4 (l’épisode de la saga le plus productif en terme de meurtres), Le fantôme de l’Opera”(version avec Robert Englund), Désigné pour mourir (un des meilleurs Seagal, barbare et violent), Sauvez Willy 2 (aussi bien que le premier), Meurtres à la Maison Blanche (redoutable thriller politique) et, son chef d’œuvre, Rapid fire (pour moi un des meilleurs films d’action des années 90, une bombe !). Artisan discret, direct et efficace donc, et Anacondas s’intègre parfaitement dans la filmo du réalisateur.

Ce Anacondas (qui passe au pluriel comme pour “Aliens” puisque les créatures sont maintenant plusieurs) ne perd pas de temps : après une scène d’intro qui sert de générique (une première victime, comme pour le pauvre Danny Trejo dans “Anaconda”), on fait un petit détour par New-York deux ou trois minutes histoire de poser le pitch (et de faire une petite comparaison rapide en passant de la jungle naturelle à la jungle urbaine), très simple : des scientifiques en costard partent pour Borneo à la recherche d’une orchidée capable de rallonger l’espérance de vie, trouvent un bateau et son capitaine couillu et se lancent dans la jungle, la vraie. A partir de là, c’est un petit bonheur...


Aucun rapport avec le premier donc (si ce n’est une petite allusion faite par un des personnages), dont l’histoire se situait en Amazonie. Aucun acteur connu alors que le premier se payait un casting de luxe. On trouve dans le lot le frère de Rick “Meurs un autre jour” Yune et celui de James “X-men” Marsden, mais sinon, que des inconnus qui reprennent des personnages semblables au premier film : une sosie de Jennifer Lopez, un black rappeur, le type réfléchi, le gros salaud, la blonde intello, le queutard de service...Rien de bien original de ce coté là, ni de celui de l’histoire. Pas d’acteurs connus, donc impossible de savoir qui va y passer et qui va survivre. C’est plutôt jouissif, d’autant plus que Anacondas se présente comme un vrai survival et surprend à plusieurs reprises, comme dans “Peur bleue”. A l'instar de ce dernier, attendez vous à voir avec regrets vos personnages préférés y passer dans d’atroces souffrances et ceux que vous aimez moins survivre malgré tout. Entre des personnages charismatiques (le capitaine, son second - mon favori, le grand black...) et ceux moins attachants (la blonde, le leader du groupe, la Jennifer Lopez...) voir détestables (le lover, le comique de service, mais qu’ils crèvent !), attendez vous à avoir des surprises. C’est un vrai survival dans la grande tradition. D’autant plus que progressivement, le gros salaud de l’histoire s’impose et s’avère aussi dangereux que la jungle, d’autant plus qu’il fait le mal pour de bonnes raisons (comme la scientifique de “Peur bleue”, dans Anacondas le capitaine dit d’ailleurs : “on peut faire les pires choses pour les meilleures raisons”). Et en face il y a le héros, un vrai, capitaine balèze, antipathique mais héroïque, à la présence marquée. Les personnages changent de comportements, sont plus ou moins intéressants. Un vrai suspense de ce coté là, mais pas seulement de ce coté là...




Le vrai danger, le vrai suspense dans Anacondas, c’est la jungle ! En plus de plusieurs anacondas, le film nous dévoile une multitudes de dangers cachés : un crocodile, des sangsues, une araignée mortelle, des marais, une gigantesque cascade d’eau...Bien plus variées que dans le premier opus, ces épreuves (qui dans “Anaconda” ne se résumaient qu’au serpent et à Jon Voight) nous montrent une jungle vraiment flippante, poisseuse. Dans le premier “Anaconda”, elle était plutôt jolie, mais la majorité de l’histoire se passait sur le fleuve, sur le bateau (c’était plus un huit clos). Dans le second épisode, la jungle est crade, plutôt moche, bestiale et effrayante. Elle est imprévisible, d’où un suspense qui ne se résume pas qu’à la peur des serpents. Qui va y passer, quand et comment ? De plus, toute ces épreuves sont mises en scène dans des séquences ingénieuses, tantôt vraiment spectaculaires (la scène de la cascade, vue de l’intérieur du bateau, on se croirait dans un grand huit !), tantôt bien stressantes (le passage dans les marais, ou l’on entre-aperçoit l’immense serpent dans l’eau avant les personnages). Le film est plein de ressources, tirant profil de la variété de la jungle, du décor, de la peur des vilaines bestioles, de l’inconnu, des phobies (araignées, serpents, noir, eau, claustrophobie...), et on se s’ennui pas un instant. Dommage que les indigènes ne soient pas (plus) dans le coup aussi.


Rythmé, le film propose des mises à morts enthousiasmantes et pour la plupart bien sadiques (notamment pour la mort d’un des personnages, paralysé et face à un anaconda, et la mort du gros salaud, l’une répondant à l’autre), même si le film n’est pas très violent et reste assez économique en nombre de victimes (trop de survivants). Mais il parvient à faire peur, et même les serpents, bien plus impressionnants et “réels” que celui du premier “Anaconda”, provoquent quelques sueurs froides (ils sont souvent camouflés dans le décor, on pense parfois à “Predator”). Les effets spéciaux, discrets, sont d’ailleurs très réussis pour une si petite production. La référence, c’est bien sûr “Les dents de la mer”, même si on pense plus souvent à “Peur bleue” (créatures anormalement plus puissantes et nombreuses, importance de la science dans l’histoire, médecine...). Le requin devient le(s) serpent(s), la mer devient la jungle, les créatures sont sur leurs territoires. Jouant sur les mêmes peurs malgré la différence du contexte, le réalisateur utilise aussi souvent la camera subjective pour voir à travers le regard du serpent, comme pour les si célèbres plans du film de Spielberg. Il y a d’ailleurs un petit clin d’œil sur la fin des “Dents de la mer” à la fin de Anacondas. La filiation est évidente. Anacondas, c’est un peu comme “Les dents de la mer 2” : une suite pas virtuose mais sacrément efficace et stressante.


Bien évidement, Anacondas n’est pas un chef d’œuvre. Y’a ce comique de service très énervant, une musique bien fade loin de la puissance de celle du premier épisode, une histoire bien peu développée (faut pas trop en demander non plus, on est pas là pour réfléchir) et visuellement, le film est plutôt moche : des images pas nettes (on dirait de la VHS), une photo morne et une réalisation peu inspirée de Dwight H. Little (lui qui l’était tant pour “Rapid fire”). Certes, cela contribue à ne pas transformer le film en balade touristique et ça nous met vraiment dans l’ambiance, mais ça aurait pu être un peu plus soigné. Qu’importe, cette vraie série B est vraiment une bonne surprise qui tire mieux parti de son sujet que dans le premier épisode. Si ils veulent faire un troisième opus, je suis d’accord et j’attend cela avec impatience..
Note : 7/10
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