Je préfère quand même Pixar
But inavoué du film, concurrencer le géant PIXAR sur le terrain de l'animation 3D. Car avec le génialissime
Toy Story, le studio de Lasseter avait pour le moins frappé un grand coup et Dreamworks s'est empressé de lancer son propre film d'animation :
Fourmiz. La démarche est donc avant tout commerciale (quoi qu'on en dise), surtout que le studio s'est lancé -oh surprise ! dans une histoire d'insectes (des fourmis surtout) alors que le studio Pixar avait déjà lancé la production de son second film d'animation :
1001 Pattes sur le même thème. Une concurrence pour le moins pénible puisque c'est cette concurrence qui joue (un peu) en défaveur de Dreamworks.
Parce que là où Pixar a pu se rôder en partie sur un premier film, Dreamworks en est encore à son coup d'essai. Ce ne serait pas bien grave si le film avait eu le temps de se peaufiner, ce qui n'est pas le cas puisque, pour mieux devancer Pixar sur son propre terrain, Dreamworks a planifié une sortie du film avant
1001 pattes. Ce sont donc ces impératifs commerciaux, passant avant la création artistique (ce qui est l'inverse chez Pixar) qui sont à l'origine du principal (et pratiquement le seul) défaut du film : une animation un poil bâclée. Car l'animation manque de fluidité régulièrement, avec des mouvements un peu saccadés. Certes, je chipote, mais comparez avec le film de Pixar et vous constaterez la différence. Dreamworks s'est même un peu facilité la tâche avec des personnages avant tout géométriques. Un léger manque de rigueur, quoi.

Ce manque de rigueur est surtout gênant dans la composition générale des plans. En effet, là où on aurait aimé être emporté dans un tourbillon féerique, la composition des plans reste étonnamment plate avec des images trop souvent fixes, privant certaines scènes de la virtuosité qu'elles méritaient. C'est particulièrement frustrant lors de la bataille du premier acte, assez molle et expédiée là où on aurait pu survoler le champ de bataille miniature. Idem lors de l'inondation finale où les techniciens se bornent à filmer en plan fixe une situation dramatique. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si la meilleure scène du film est celle des chaussures, la seule scène où la caméra virtuelle s'affranchit de toutes lois de gravité pour véritablement donner le tournis.
Mais ce défaut, lié à des impératifs commerciaux, ne doit pas masquer les qualités indéniables d'écriture (surtout que visuellement,
Fourmiz remplit quand même honorablement son contrat). Il y a en effet une dimension adulte dans l'écriture, qui se retrouve dès le début avec la métaphore de la fourmilière comparée à New York, véritable lieu organique où les individus sont anonymes et sont classés par ordre social. Inutile de préciser que la voix de Woody Allen, chez le psy, donne immédiatement le ton, faisant pénétrer le spectateur dans un film plus mature et new-yorkais, qu'on a pas l'habitude de voir (la bo est en grande partie composée de jazz). Le héros (nommé Z, ça veut tout dire), aussi insignifiant soit-il, va secouer la hiérarchie de la fourmilière en faisant souffler un vent d'anarchie. Quand l'animation sert de métaphore moderne, ça mérite d'être salué.

On peut également y voir une dénonciation de la guerre par l'intermédiaire du méchant Général, personnage prêt à envoyer à la mort des millions de soldats dans le seul but de mieux protéger la fourmilière d'éventuels agresseurs. Bien vu, surtout si l'on se réfère à l'Amérique va-t-en guerre. Loin de ce monde régi par des obligations, il y a un ailleurs inexploré. Un univers inconnu qui permet d'être totalement libre de travail, de vivre comme on le sent, un monde à découvrir. Bref, le film préconiserait-il un retour à des valeurs simples, à une société non hiérarchisée ?
C'est là que
Fourmiz s'achève par une petite déception : que le méchant soit juste un méchant aux motivations assez confuses n'est pas si grave (compte tenu de ce qu'il symbolise). En revanche, on peut légitimement douter du message final du film ; si le héros invisible finit par séduire la princesse encanaillée, il finit toute fois par fonder sa propre famille, mais il n'en demeure pas moins qu'il trouve sa propre place DANS la fourmilière et qu'ils auront des millions de larves. De la même manière que son besoin de se détacher du groupe où chacun fait toujours la même chose retombe pourtant sur une morale de "l'union fait la force". Bref, on peut se demander si l'anarchie n'est pas retombée dans une autre hiérarchie des choses, puisque même la princesse, qui se plaignait de devoir pondre jusqu'à la fin de ses jours, finit sans doute par l'accepter sans broncher (un peu comme Shrek qui véhicule une morale sur la tolérance tout en faisant finir les monstres ensembles).
Fourmiz n'en demeure pas moins un bon petit film d'animation aux trouvailles visuelles sympathiques (la boule de fourmis, la scène de la loupe...), avec un casting de luxe (Woody Allen, Sharon Stone, Stallone, Christopher Walken...) et suffisamment divertissant pour passer un bon moment.
NOTE : 7/10